PAYS DU GIER

 

 

 

HISTOIRE

DES

MENUISIERS,   ÉBÉNISTES

ET AUTRES METIERS DU "MENU BOIS"

 

 

 

Le métier de menuisier est, sans doute, l'un des plus anciens : sans le savoir, un artisan qui posait une porte pour fermer une hutte en branchages était un menuisier. Les civilisations les plus anciennes nous ont légué des objets en bois : petits coffres, meubles funéraires, statues ou, plus simplement, manches d'outils, ustensiles de cuisine… Les outils utilisés étaient proches de ceux que l'on utilisait encore au XIXe siècle : scie, foret, herminette, racloir…

En France, comme de nombreux autres artisans, le menuisier se donne des statuts à la demande du roi Louis IX et du prévôt, Etienne Boileau, en 1268. Le menuisier, ou plutôt, le charpentier se partage en deux catégories : le charpentier de la grande cognée qui construit les charpentes et effectue des gros travaux – on utilise également le terme de "grossier" -, et le charpentier de la petite cognée qui réalise des ouvrages plus "menus", d'où cette appellation de "menuisier" qui sera  utilisée à partir du XVIe ou XVIIe siècle. Entre temps, on retrouve les termes de lambrisseurs (lambris), huissiers (portes), chassissiers (fenêtres) réunis successivement aux huchiers (meubles).

Les statuts fixent l'intervention des jurés (contrôleurs), le rôle du maître, les obligations pour devenir maître, les droits de la veuve du maître, la durée de l'apprentissage, le nombre d'apprentis, les horaires de travail par rapport à la lumière du jour… Ils sont modifiés à plusieurs reprises à l'initiative du roi ou à la demande des artisans : début XVe, 1467, 1580, 1645, 1743, 1776.

 

C'est à partir de 1743 qu'apparaît le terme d'ébéniste : "Les maîtres-menuisiers ayant de tous tems faits les ouvrages connus et distingués aujourd'hui sous le nom d'ébénisterie, marqueterie et placages, et partie de ces maîtres s'étant depuis plusieurs années uniquement attachés à cette sorte de menuiserie, en ont pris le titre de menuisiers-ébénistes, ou simplement ébénistes, sans cependant faire un corps de communauté séparé…" L'emploi de l'ébène est beaucoup plus ancien : le tabletier, au milieu du XIIIe siècle, et le coutelier à partir du milieu du XIVe s'en servent déjà. A la fin du XVIIIe, l'ébéniste est un "ouvrier qui fait des ouvrages de marqueterie et de placage avec les bois de couleur, l'écaille et les autres matières".

 

André Jacob ROUBO (1739 – 1791), compagnon-menuisier, a décrit, avec force détails, dans plusieurs ouvrages le métier de menuisier : "Le menuisier en bâtiment", "Le menuisier en meubles" et "Le menuisier ébéniste" : Le sieur Roubo a compris dans son travail tous les ouvrages en bois qui servent à la sûreté, à la commodité & à la décoration des Maisons & des Appartements ; ainsi il s'est engagé à traiter de la Menuiserie d'assemblage, & de celle de rapport connue sous le nom de Marqueterie & d'Ebénisterie.

La Menuiserie d'assemblage, appliquée aux Bâtiments, se divise en deux parties, savoir ; la Dormante, qui comprend les Lambris, chambranles, Cloisons, Parquets et tous ouvrages qui restent en place ; et la Mobile, qui regarde les fermetures, telles que les Portes, Croisées, Contrevents, etc.

Les Menuisiers en carrosse font partie de cette menuiserie d'assemblage.

Dans la menuiserie de rapport, il distingue les Menuisiers ébénistes ou de marqueterie, les Menuisiers en meubles d'assemblage (armoires, commodes, secrétaires), et les Menuisiers en meubles (chaises, canapés, bois de lits avec pavillon) : à chacun son travail, suivant sa compétence !

Il précise, également, la qualité des bois propres à la Menuiserie : chêne, châtaignier, noyer, orme (bâtis des voitures), hêtre, sapin, tilleul, peuplier. Son ouvrage est extraordinairement détaillé. Nous nous en servirons dans les articles consacrés aux outils de ce métier.

A côté de ces deux métiers principaux, on en trouve d'autres spécialisés dans la fabrication de pièces à base de bois, de petite taille. Ils peuvent faire partie de la corporation des menuisiers, parfois ils ont leur propre corporation ou sont intégrés dans d'autres corporations. Sans entrer dans le détail, nous nous contentons d'en citer quelques' uns avec quelques détails qui nous semblent intéressants.

Le layetier : fabricant de petits coffres faits de planches minces : boîtes ou étuis à chapeaux, boîtes à perruques, baraques et pupitres d'écoliers, chaufferettes et chancelières, trémies à grains pour les oiseaux, souricières, cages à écureuils et à perroquets, crachoirs, boîtes à archives, cercueils, étuis pour instruments…

Le madrelinier : fabricant de coupes et de hanaps en madre, bois divers imitant une pierre précieuse transparente et veinée. Il précède l'écuellier.

L'écuelliers, ou escueillier ou esquellier… : "venderres d'esqueles (écuelles), de hanas de fust (hanaps de bois), et de madre (bois imitant la pierre), de auges, fourches, peles (pelles), beesches (bêches), pesteuz (pilon, battoir) et toute autre fustaille". Ce métier disparaît à son tour, au XIVe siècle, au profit du tourneur.

Le tourneur sur bois, en bois, de blanc boys : il est membre de la corporation des charpentiers au XIIIe siècle. Suite à la reconnaissance de sa spécificité, il obtient des statuts spécifiques à partir de 1467 : "Par cy devant et de très longtemps ilz ont accoutumé de vendre". Sa production est très variée et empiète sur les droits d'autres métiers, comme les vanniers : vans, hotes, bachoes (baquet), chasières (égouttoir à fromage), paniers couverts d'osier blance, cajot et cages à poussins, corbeilles, picotins, paniers à vendengier, mannes et mannequins, hottereaux (petites hottes), chaserez (huches), coulouers (baquet de vigneron), et autres choses qui sont déppendans et apartenans d'autres métiers". Avec de nouveaux statuts, en 1573, la liste s'allonge : "jattes, auges à maçon, pelles, courges, battoirs, échelles, rateliers, quenouilles, fuseaux, cadres de miroirs, mortiers, pilons, râteaux, fauchets, manches de battoirs pour la paume…" Nombre de ces objets sont jusqu'alors réalisés par des écuelliers. Il acquière de nouveaux droits en 1600 : "manches de parasols, billes de billard, boules de pall-mail, chaises garnies de jonc ou de paille…". Celui qui est spécialisé dans la fabrication de chaise est "chaisier".  Il ne peut s'installer à moins d'une lieue et demie d'une forêt. A la fin du XVIIIe, il utilise aussi l'écaille, les matières les plus dures, comme le buis, l'érable, l'ivoire… pour fabriquer des boutons, des rouets, des ornements pour les carrosses, des têtes à perruques, des bras et des jambes artificielles…

Le sculpteur ou ymagier-tailleur : "ce est à savoir taillieres de crucefix, manches à coutiaus et de toute autre manière de taille que on face d'os, d'yvoire, de fust, et de toute autre manière d'estoffe (matière première)". Il leur était prescrit de toujours sculpter dans un seul bloc, de n'ajouter aucun morceau, à part la couronne. Bien que ce soit un artiste, il est considéré comme un artisan et, à ce titre, a ses statuts dans le Livre des Métiers. Son histoire se confond avec celle des peintres (artistes) et non des menuisiers.

Le tabletier : il joue un rôle un peu à part. En corporation dès le XIIIe siècle, il fabrique des tablettes destinées à l'écriture. Ce sont "de petits carnets composés de feuilles minces en corne, en ardoise, en bois dur, en os, en argent ou en ivoire, qui étaient enduites de cire verte, rouge ou noire sur laquelle on traçait des lettres ou des traits au moyen d'un style. Celui-ci, formé des mêmes matières, était pointu d'un bout et aplati de l'autre ; le premier servait à tracer les caractères, le second à les effacer…" Le bois utilisé est du platane, du buis, du hêtre, du cèdre, de l'ébène, du brésil, et du cyprès. Chaque  feuille a une épaisseur de 7 – 8 mm et est recouverte recto verso d'une couche d'environ 1 mm de cire. A partir de 1507, les statuts regroupent d'autres maîtres dits peigniers-tabletiers-tourneurs et tailleurs d'images d'yvoire. La profession et ses droits évoluent avec le temps, en 1578, 1600 et, surtout, 1741. Le tabletier devient "maître et marchand peignier-tabletier-tourneur-mouleur-piqueur-faiseur et compositeur de bois d'éventails, marqueteur-tourneur et tailleur d'ymages d'yvoire et enjoliveurs de leurs ouvrages". Le travail de l'yvoire lui permet de réaliser de fausses dents. Il est, enfin, autorisé à "fabriquer et vendre, à l'exclusion de tous autres, toutes sortes de jeux de trictracts, damiers, échets, solitaires, trou-madame, quadrilles et toutes sortes de dez d'yvoire, à faire, parfaire, garnir et enjoliver lesdits jeux de toutes formes et modèles". La liste est encore très longue quant aux matériaux travaillés ; notons, en particulier, "le droit de travailler, dépecer et façonner la baleine". Le tabletier qui ne travaille que la corne est dit "cornetier".

Et pour terminer cette énumération qui est loin d'être exhaustive, citons encore : l'escrignier (fabricant de boîtes, coffres, cercueils ; ancêtres des layetiers), le bahutier (fabricant d'enveloppe de cuir ou d'osier entourant des coffres mobiles, puis de coffre couvert de cuir à couvercle arrondi), l'archier (feseres de ars, de fleiches et de arbalestes)… Chacun de ces métiers pouvait avoir ses propres statuts.

Dans les articles consacrés aux outils de ces métiers, nous essayerons, dans la mesure du possible, de préciser leur appartenance à tel ou tel métier.

 

Et dans notre Pays du Gier… Une fois de plus la recherche est difficile dans notre modeste bibliothèque. A aucun moment, nous n'avons trouvé de descriptions détaillées à propos de bâtiments privés. Il n'est fait mention que d'établissements publics ou, surtout, religieux.

L'église la plus ancienne est "Saint-Ennemond", du nom de celui qui vint évangéliser notre bourg et lui donna son nom : c'était au VIIe siècle. La petite chapelle est devenue église paroissiale, jouxtant le château. Incendie, pillages (baron des Adrets au XVIIe, puis Révolution) ont fait disparaître tout le mobilier et les décorations. Aujourd'hui, elle est connue surtout pour sa crèche de Noël. Dans les années 1950, il ne reste qu'un Christ en bois datant de 1600.

 

Vers l'an 980, une chapelle est édifiée à Valfleury, en l'honneur de l'apparition d'une statue de la vierge. En 1052, avec l'arrivée des moines bénédictins de la Chaise-Dieu, la petite chapelle devient église au sein d'un prieuré. Lieu de pèlerinage, elle reçoit de nombreux dons : les boiseries, les statues devaient y être nombreuses. Mais la Révolution passe par là et la belle église romane est ruinée. Seule reste de l'ancien temps la fameuse statue de la vierge, du début du XIIe siècle, conservée dans la nouvelle église consacrée en 1866. Encore, tous les éléments qui la composent ne sont-ils pas d'origine du fait du temps et, surtout, de nombreuses erreurs de restauration suivant la mode de chaque époque.

 

L'église "Saint-Julien", toujours en place et paroisse, date, pour partie, des XIe ou XIIe siècle. De cette époque, il restait, dans les années 1950, un Saint Sébastien, sculpture en bois naïve, rebaptisée par les couramiauds "Chaude-épine" ; il y avait également un portrait de la dame de Jarez, peint sur panneau de bois. Elle subit des modifications dès le XVe siècle et jusqu'à nos jours. Bien que de taille modeste, elle reste l'un des plus beaux bâtiments de la ville. La cure voisine, du XVIIe ou XVIIIe siècle vient d'être vendue pour l'euro symbolique à la condition de la remettre en état suivant un cahier des charges précis. Trois duplex devraient y être créés sur une surface totale de plus de 500 m2. A surveiller…

 

L'église d'Izieux, Saint-André, est contemporaine de Saint-Julien. Elle est reconstruite en 1581. Elle possède alors un tabernacle de bois peint et doré. Elle est démolie en 1864, suite à un effondrement de la voute. L’église d'aujourd'hui date de la fin du XIXe siècle.

 

De la même époque, date la chapelle Saint-Christophe du château de Chateauneuf (disparu aujourd'hui). Visible depuis la vallée, elle s'ouvre par un porche du XVIe siècle et possède deux chapelles latérales, "purs joyaux du XVIe siècle". Elle contiendrait plusieurs statues de bois.

 

Saint-Romain-en-Jarez possède également son prieuré du XI ou XIIe siècle occupé alors pars des moines bénédictins. On a quelques détails sur son mobilier au XVIIe : rien de réjouissant ! Et de l'église, restaurée dans les années 1830 après l'effondrement du plafond en bois, il ne reste que le chœur roman vouté en cul de four et le transept.

 

Les éléments les plus anciens qui nous restent aujourd'hui sont les stalles gothiques et les miséricordes du XVe siècle de la chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez, ainsi que des statues en bois polychrome ou doré. Quant aux boiseries du chœur actuel, elles sont plus récentes, de style baroque savoyard. Les artisans, menuisiers, sculpteurs… ne sont pas connus : toutes les archives ont été brûlées pendant la Révolution.

 

   
            Boiseries de l'église de Sainte-Croix-en-Jarez  

 

     
  Stalles gothiques du XVe siècle de l'église de Sainte-Croix-en-Jarez  

 

     
   Miséricorde et détail d'une sculpture de stalle  

           Photographies transmises par J.-M. C., de l'association de sauvegarde et d'animation de la Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez

 

A Saint-Chamond, du couvent des Capucins construit à partir de 1601, "l'un des plus beaux monastères de Capucins du Royaume", il ne reste rien si ce n'est, peut-être, quelques indications dans les archives de la ville (s'il y en a encore). On peut supposer qu'il y avait des stalles, des boiseries… L'époque était "religieuse" ; les sommes dépensées en ce domaine étaient très importantes. La Révolution en chassa les moines, oubliant les services qu'ils avaient rendus à la population saint-chamonaise lors de la peste de 1628.

 

En 1609, débute la reconstruction de l'église paroissiale Saint-Pierre à partir de l'église Sainte-Barbe qui va lui servir de chœur : c'est le seul bâtiment religieux de cette époque qui nous reste et soit encore en fonction. "De cette époque" est quelque peu exagéré car l'église fut l'objet de nombreux travaux : clocher (1617 – 1645), façade (1655), réhaussement du sol (1673), plafond et porte en façade (1675, par Claude Mercier, maître-menuisier), nouveau mobilier (1676, Pierre Parizot, sculpteur), retable en bois doré (1677, par Gabriel Régnier, sculpteur), chaire (1684, par Claude Mercier, maître-menuisier), retable en noyer pour 120 reliques (1837, par Ruard, menuisier)… Son magnifique plafond à caissons, de style Renaissance, a subi l'outrage du temps. Il est constitué de "2 000 mètres d'une grosse moulure torique Louis XIII (semblable à celle des portes extérieures). Toutes les coupes de cette moulure sont faites sous un angle différent selon le caisson auquel elle devait se raccorder : caisson cruciforme, octogone ou pentagone. Ce plafond est entièrement marouflé (tel un décor de théâtre), les arabesques rose, blanc, bleu et or sont toutes peintes sur toile, puis appliquées et fixées dans chaque caisson…Une merveille de la Renaissance italienne égarée sur les bords du Gier." En cette année 2017, il fait l'objet d'une restauration qui va s'étaler sur près d'un an. On peut s'en réjouir pour notre ville. Les boiseries du chœur sont quelque peu austères et mériteraient, tout comme les nombreux tableaux, un sérieux "rafraîchissement".

   

 

 




 
 

   Portes en chêne, fabriquées par Claude Mercier                        Boiseries terminées en 1779, après reconstruction du chœur
                                                                                                       en 1754. Identiques à celles de l'église St Sulpice, à Paris
                                                                                                       Fabricant inconnu.

 

                                           Photographies transmises par A. Rivory, Président des Amis du Vieux Saint-Chamond

 

En 1622, Gabrielle de Gadagne fonde le couvent des Minimes, en l'honneur de son mari et de son fils mort au combat. Leurs mausolées et la chapelle ont été démolis et dispersés par la révolution. Ce couvent est devenu, après bien des tribulations, mairie de Saint-Chamond. La chapelle, d'accès difficile, a été transformée en bibliothèque, puis laissée à l'abandon dans sa partie supérieure. Le sous-sol a été transformé en salle municipale.

 

La collégiale Saint-Jean-Baptiste nait de la volonté de Melchior Mitte de Chevrière pour recueillir des reliques et sa propre dépouille mortelle. Il fonde à cette occasion un chapitre de chanoines, en 1634. L'église est consacrée en décembre 1642. Sans cesse embellie, elle fait l'objet d'un pillage systématique au moment de la Révolution, malgré l'opposition de la municipalité. Vendue comme bien public, elle tombe en ruines rapidement. On peut encore voir de nos jours sur la colline Saint-Ennemond une portion de l'abside, de l'escalier monumental et surtout du clocher. Un mot sur celui-ci : pour ne pas priver Melchior Mitte de la vue qu'il avait sur le mont Pilat depuis son château, le clocher est en contre-bas de l'esplanade où se trouvent le château et la collégiale. Il a été transformé en habitations. Il semblerait que le toit se soit effondré brutalement et d'un seul bloc. Des fouilles permettraient peut-être de retrouver des éléments qui ont fait l'admiration de ce bâtiment. Mais il manque le nerf de la guerre.

 

L'histoire de l'église Notre-Dame débute au XIVe siècle : elle est alors nommée Notre-Dame-de-Pontcharral : "Poncharral" parce que située à côté d'un pont traversé par la grande route tendant vers Saint-Etienne, "la charrière", en patois, charra. De cette chapelle minuscule, il ne reste rien : son histoire même est controversée. Sans doute servait-elle aux Antonins de Viennois qui avaient bâti à cet endroit un "hôpital" : nous en parlons dans l'article "Santé et Hygiène". La violence des crues du Gier fut fatale à ces deux bâtiments. Une deuxième église Notre-Dame fut construite à quelques centaines de mètres de la première, loin du Gier, au tout début du XVIe siècle. Plus grande, elle pouvait accueillir une population croissante. Elle se révéla rapidement trop petite : elle devint chapelle des Antonins qui, en contrepartie, donnèrent un terrain où fut construite la troisième église Notre-Dame, à partir de 1626. Les chapelles latérales sont décorées de voutes en arcs d'ogive, en bois peint et doré par partie. Les murs de la nef et des chapelles étaient revêtus de lambris de bois ouvrés jusqu'à une certaine hauteur ; ils étaient, comme le plafond, peints et dorés par parties ; toute l'ornementation, rétables, autels, était en bois décoré et doré. En 1630, un certain Louis Faujat, de Lyon, y pose 6 panneaux sculptés ; en 1708, Chana, maître-menuisier local, est engagé pour lambrisser toute l'église de bois ouvrés. Il semble qu'elle possédait un mobilier important, provenant de dons. Une grande partie, ainsi que des œuvres d'art – tableaux, essentiellement -, ainsi que trois retables, de nombreuses statues, les boiseries qui faisaient le tour de la nef disparurent au cours de la Révolution. Comme bon nombre de monuments de notre ville, cette église subit continuellement des travaux de restauration : fondations insuffisantes, pierre friables… Et ce qui devait arriver arriva : il fallut la démolir pour construire une quatrième église Notre-Dame qui fut consacrée en 1885. De la précédente, il ne resta rien : boiseries, œuvres d'art, statues… tout fut vendu et dispersé. La nouvelle église, de style néogothique, est aujourd'hui fermée pour cause de travaux depuis plus de 10 ans : les mêmes causes produisent les mêmes effets..! Les descriptions de l'aménagement intérieur que nous avons trouvées font état de la richesse des éléments de décoration : autel et chaire en marbre de Carrare, panneaux sculptés, peintures, statues... Compte-tenu de l'importance des travaux et de la baisse de fréquentation prévisible, diocèse et mairie ne savent quel avenir donner à ce lieu de culte. Si l'extérieur semble consolider (mais pour combien de temps), tout l'intérieur doit être rénové.

Revenons en arrière, à la deuxième église Notre-Dame : nous avons vu quelle fut donnée aux Antonins en échange d'un terrain pour construire la troisième. Cette église fut reconstruite en 1652 et attribuée à la Confrérie des Pénitents du Saint-Sacrement de l'Autel, jusqu'à la dissolution de cette confrérie, à la fin du XIXe siècle. Elle est gérée à partir de ce moment par la fabrique de Notre-Dame. Boiseries, œuvres d'art, tableaux sculptures embellissaient cette modeste chapelle jusqu'au jour où il fut décidé de la démolir pour construire un immeuble : le maire donna son accord. Tout fut détruit ou volé : les démolisseurs marchaient sur les tableaux… C'était dans les années 1960 !!! Une triste habitude de nos élus et de certains habitants.

 

Rive-de-Gier possède également une église Notre-Dame. Celle-ci est évoquée à la suite de dons dès le XIe siècle. Aux XIVe et XVe siècle sont aménagées des chapelles : on peut supposer que des boiseries, des statues furent réalisées à cette occasion. Fin XVIIIe, cette église romane tombe en ruine, comme toutes celles de la vallée. La décision de construire une nouvelle église est prise en 1816 : elle est consacrée en1823. Nous n'avons aucune indication sur les artisans qui interviennent. Tout juste peut-on noter qu'en 1828, l'église est dotée de 4 confessionnaux neufs en noyer : 2 sont faits par M. Font, 2 par M. Richarme, qu'en 1831, M. Jean Marie FONT, maître-menuisier à Rive de Gier, réalise les boiseries du chœur et les stalles pour 6000 francs et, enfin, qu'en 1834 sont installées les boiseries de la chapelle de la Sainte-Vierge. Une fois de plus, il serait intéressant de consulter les archives de la ville pour en savoir plus sur la construction de la première église.

 

Quelques bâtiments privés ont jalonné notre Pays du Gier : leur devenir laisse quelque peu perplexe.

Le château du Sardon, sur la commune de Génilac, situé entre le Gier et la voie ferrée, est devenu tout simplement un immeuble de rapport ; avec une bonne vue et, surtout, une bonne imagination, on peut le voir depuis l'autoroute. La plupart de ses éléments décoratifs extérieurs, du XVe ou XVIe siècle, ont disparu ; on n'ose pas parler pas de l'intérieur. Parmi ses anciens propriétaires, on trouve, cependant, des avocats ou conseillers proches du roi. La qualité des aménagements devaient bien valoir celles de châteaux que l'on trouve encore dans d'autres régions de France. Alors négligence, indifférence, matériaux de construction de mauvaise qualité, pillage !?

 

Le château de Senevas, sur la commune de Saint-Romain-en-Jarez est décrit en détails par son propriétaire, en 1763. En voici quelques extraits : "Il y a un très beau château situé sur une colline dont la vue est superbe ; elle s'étend à plus de vingt lieues. On pourrait aisément y venir en carrosse, si ce n'est as une demi-lieue à l'approche et au sortir d'un pont sur le ruisseau de Bozançon, laquelle demi-lieue on travaille à y réparer. Le château de style moderne, bâti depuis quelque soixante ans est un très beau corps de logis flanqué de deux pavillons doubles… Au premier étage s'ouvrent à gauche un vestibule, une salle très vaste, une chambre ; à main droite, une salle à manger, une salle à "recevoir compagnie", une chambre et un grand cabinet de toilette. Au deuxième étage, nous découvrons à gauche une grande chapelle et deux chambres derrière ; à droite : quatre chambres… Il ya de bonnes caves sous la cuisine et l'office. Plusieurs chambres sont parquetées, dont une est un chef d'œuvre… Les écuries consistent en un corps de logis double, c'est-à-dire que les deux sont adossés l'un à l'autre. Au surplus, elles sont bien voutées et l'on peut y tenir à l'aise 60 chevaux." Suivent bien d'autres détails, notamment concernant les jardins, les sources, les fontaines… : il n'avait rien à envier à nos châteaux du Val de Loire. Et une fois de plus, la Révolution arriva. Confisqué comme bien national, il est laissé à l'abandon, mis en vente et finalement pillé, en ruines.

 

L'imposant château de Saint-Chamond, qui dominait la ville depuis la colline de Saint-Ennemond, était, sans doute, très bien meublé, riche en boiseries. Son apogée se situe à la fin du XVIe siècle, début du XVIIe, grâce au seigneur de Saint-Chamond Melchior Mitte de Chevrières, ambassadeur du roi de France en de multiples occasions, et, à ce titre, richement doté par le pouvoir. Il fit profiter sa ville de cette fortune, tout particulièrement en construisant des édifices religieux. Outre un intérieur richement pourvu de tapisseries des Flandres, de tapis de Turquie, d'étoffes de soie et de velours, de mobilier Renaissance, on pouvait y trouver une "merveille", le salon doré qui regroupait quatre-vingts blasons peints de tous les seigneurs de Saint-Chamond. La Révolution mit fin à ce bâtiment qui servit de carrière : on a pu voir des manteaux de cheminée utilisés pour la construction de murs. Seules les Grandes Ecuries, construites en 1638, sont restées debout : elles accueillent un lycée professionnel.

 

Le seul château de l'Ancien Régime qui reste sur notre territoire est le château de Lachal, sur la commune de Valfleury. Construit dans les années 1780 sur les ruines d'un ancien château, son propriétaire actuel descend de la famille du Treyve qui acquit le domaine en 1799. La visite n'est pas possible.

 

Pour terminer cette longue liste, il convient d'évoquer l'une des plus belles maisons de Saint-Chamond, située au pied de la colline Saint-Ennemond, la Maison des Chanoines, érigée au XVe siècle et remaniée à l'italienne au XVIe. Elle comporte, notamment, une magnifique loggia et une tour escalier. Elle a été transformée en restaurant, il y a une quinzaine d'années. Avec le changement de locataire, elle subit des travaux de mise aux normes. Le restaurant devrait ouvrir, à nouveau, au plus tard, en septembre prochain (2017).

 

Bien d'autres bâtiments privés embellissent nos villes : Saint-Chamond et Rive-de-Gier, notamment, mais pas seulement. Habitants Saint-Chamond, nous connaissons mieux cette ville et, en particulier, la rue de la République où l'on trouve de magnifiques hôtels particuliers des XVe et XVIe siècles. Certains peuvent être visités à l'occasion des journées européennes du patrimoine. Nous avons vu de magnifiques planchers en chêne ou, même, en noyer. Il serait bon que les élus locaux fassent prendre conscience aux propriétaires de ces maisons la nécessité de les entretenir. L'un d'entre eux rénove depuis des années, à l'identique, une magnifique bâtisse du XVIe siècle, dans cette même rue de la République.

 

Nous arrêtons là cette longue énumération. Nous aurions pu la compléter en citant tous les châteaux construits au XIXe siècle et toujours en place. A la Révolution de 1789 qui a tout détruit, fait suite la Révolution industrielle qui permet la construction de demeures importantes, à l'échelle de la réussite de leur propriétaire, réussite dans la métallurgie, le textile, le charbonnage… On peut citer, en particulier, les châteaux des Marrel, de Dugas-Montbel, d'entreprises comme Creusot-Loire avec le château du Jarez…

 

Merci à tous ceux qui sont arrivés à lire cet article  jusqu'ici. Nous sommes loin du métier de menuisier.  Loin, pas tout-à-fait car la richesse de toutes les constructions énumérées laisse supposer qu'il fallait de nombreux artisans pour réaliser ces églises et ces châteaux. Nous en avons cités quelques' uns. Certains venaient de Lyon ou d'ailleurs, d'autres, peut-être moins connus et plus "basiques" vivaient dans notre vallée.

La rédaction de cet article nous laisse septiques : que faut-il penser de l'intérêt des ligériens pour leur patrimoine ? On peut se poser cette question pour de nombreuses époques, la Révolution en premier. Mais ces dernières décennies n'ont pas été très favorables non plus. La liste des démolitions depuis 50 ans est impressionnante. Il semble que les responsables n'aient pas vu le profit financier qu'ils pouvaient tirer de ce patrimoine. Le tourisme n'a jamais été promu correctement. Bien souvent, des décisions définitives ont été prises sans concertation avec les associations concernées. Aujourd'hui se développe un tourisme tourné vers le patrimoine industriel : on fait avec ce que l'on a – encore.

 

 

       

                                                                                          Panneaux gothiques (44 x 16)

                                                 

Ces trois panneaux gothiques du XVe siècle ont été réunis dans un cadre en noyer servant de porte à un placard (75 x 69). Sans doute appartenaient-ils à une chapelle royale ou apparentée si l'on en juge par la couronne, les fleurs de lys et le dauphin (Dauphiné ?). Des connaissances en héraldique seraient les bienvenues pour en donner l'origine et l'époque exacte.

 

   

                                                                        Statue polychrome du XVIIIe siècle (h 34)

 

 

 

 

Bibliographie

1 J. Condamin, Histoire de St Chamond, A.Picard 1890 réédition Reboul Imprimerie 1996

2 Alfred Franklin, Dictionnaire Historique des Arts, Métiers et Professions exercés dans Paris depuis      le treizième siècle H. Welter éditeur en 1906 réédition Bibliothèque des Arts, des Sciences et des Techniques, 2004

3 François Gonon, Notre Vieux Saint-Chamond, 1944, réédition par les Amis du Vieux Saint-Chamond, Reboul Imprimerie 1992

4 G.Gardes, Grande Encyclopédie du Forez et des Communes de la Loire, Editions Horvath, 1986

5 Claudius Chomienne, Histoire de la ville de Rive-de-Gier, Le Livre d'histoire-Lorisse Paris 2003 – Réédition du livre paru en 1912

6 C. Chorel, Histoire de la paroisse et de l'église Notre-Dame de Rive-de-Gier, Imprimerie C. Perret, 1984.

7 F. Jeanty, Sainte-Croix-en-Jarez Ancienne Chartreuse, Imprimerie Pionchon

A.-J. Roubo, Le menuisier en bâtiments, Bibliothèque des Arts, des Sciences & des Techniques, 2006 Réédition du livre de 1769.

9 P. Charles Plumier, L'art de tourner, 1747  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86265636/f1.image