SANTÉ ET HYGIÈNE

 

 

APOTHICAIRE       PHARMACIEN

 

 

MÉDICAMENTS

 

 

L'histoire du médicament débute alors même que l'homme n'est pas encore l'homme. Le règne végétal fut sans doute le premier utilisé. C'est ce que nous laisse supposer l'observation de certaines tribus d'Afrique ou d'Amérique latine qui n'ont pas encore eu de contact avec les pays dits "civilisés".

Nous n'irons pas si loin : ce n'est pas notre propos. Avant de voir quelques instruments d'apothicaire, il nous semble intéressant d'évoquer l'évolution de ce métier jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.

Le mot apothicaire provient du grec "apothêkarios", garde-magasin, dérivé de "apoteke", magasin, boutique.

Au milieu du XIIe siècle, "apotécaire et espicier" exercent le même commerce : ils vendent des épices dont certaines ont des vertus thérapeutiques. Ils ne sont pas les seuls : les herbiers, les ciriers, les pévriers, les regrattiers leur font concurrence. Quant aux médicaments, ils sont souvent préparés par les médecins eux-mêmes, bien que cette pratique manuelle, tout comme la chirurgie, soit déshonorante.

En 1336, une ordonnance oblige les apothicaires à soumettre leurs marchandises aux médecins de la faculté.

En 1353, les épiciers-apothicaires sont soumis à des statuts royaux : nul ne peut entreprendre ce commerce s'il "ne sçait lire ses receptes ou s'il n'a entour luy personne qui le sache faire". Nul ne vend " médecines venimeuses ou périlleuses". Tout apothicaire qui a confectionné une "médecine de longue conservation inscrira sur le pot l'an et le mois de la confection". Tout apothicaire vend "à loyal, juste et modéré prix".

Pour l'application de ces textes, un maistre du métier d'apothicaire, assisté de deux médecins, est chargé du contrôle. Si ces obligations sont louables, leur application n'est pas toujours possible tant les prescriptions sont complexes et nécessitent des matières premières soit d'origine lointaine, soit rarissimes.

Tout apothicaire doit disposer de l'Antidotaire de Nicolas, pharmacopée rédigée par un médecin grec du XIIIe siècle, Nicolas Myrepse. Ce document, traduit en latin, comporte 2656 formules ! Il sera la référence jusqu'en 1637. D'autres documents ont été rédigés comme les pharmacopées de Jean de Renou (médecin du roi Henri IV), de Moyse Charas et de Nicolas Lémery, et encore Médicaments simples, Pratique, Secrets (Grand Albert)…

Devant le danger de certaines substances, l'autorité royale, par ordonnance d'août 1484, exige désormais une formation pour être admis à préparer des médicaments. Bien qu'appartenant à la même corporation, apothicaire et épicier n'ont désormais plus les mêmes droits. Cette décision est confirmée en 1514 : "Qui est espicier n'est pas apothicaire et qui est apothicaire est espicier". Cet axiome permet à l'apothicaire de vendre des épices comme le poivre, la cannelle, le gingembre, le girofle, mais aussi le sucre, le riz, les dattes, l'huile d'olive, les confitures et le jambon. D'autres ordonnances précisent les mesures à prendre pour que les préparations magistrales soient de bonne qualité. Malgré ces précautions, la profession est mal vue : les tromperies sont nombreuses. C'est à cette époque que nait l'expression "compte d'apothicaire" qui conduira les patients, à la fin du XVIIe siècle, à ne payer que la moitié de la facture présentée par l'apothicaire (voir Molière et le Malade Imaginaire).

En 1599, le Parlement ordonne de réaliser un nouveau Codex établissant les formules des compositions utilisées pour le traitement de malades. A cet effet, un laboratoire est créé à la Faculté (de Médecine) et 18 médecins, apothicaires… s'attaquent à cette tâche immense qui s'achève en 1637. Tout apothicaire est tenu de disposer de ce nouveau Codex officiel.

En 1624, les apothicaires héritent du jardin botanique de Nicolas Houël.

En 1638 (ou 1636 ?), la profession a de nouveaux statuts qui vont régir la profession pendant plus d'un siècle. La profession, c'est-à-dire épicier et apothicaire toujours réunis. Mais la formation diffère notablement. Au départ, l'aspirant au titre d'apothicaire, âgé de 14 à 25 ans, comparaît devant les jurés de la corporation "pour connoître s'il a étudié en grammaire, et s'il est capable d'apprendre ledit art" et s'il détient quelques bases en latin, indispensable pour lire les prescriptions du médecin. Chaque postulant doit suivre un apprentissage de 3 ans pour l'épicier, 4 pour l'apothicaire. Cet apprentissage comporte des cours magistraux, avec démonstrations, dispensés pendant 1 an par la faculté de médecine. A noter que dès 1601, à Montpellier, et 1604, à Toulouse, une chaire de pharmacie a été créée.

Devenu compagnon, il poursuit sa formation pendant 3 ans ou 6 ans. A l'issue de ce compagnonnage, l'étudiant apothicaire subit un interrogatoire. Si celui-ci est convainquant, il doit être confirmé par l'Acte des herbes ou reconnaissance de substances médicinales. Enfin, comme pour les autres corporations, l'admission définitive est obtenue après réalisation d'un chef d'œuvre constitué de cinq préparations, accompagnées d'explications sur leur action thérapeutique.

Après un banquet copieusement arrosé et, donc, très couteux, le nouveau diplômé prête serment :

Je jure,

de rapporter tout ce qui me sera possible pour la gloire, l'ornement et la majesté de la médecine ;

de n'enseigner point aux idiots et ingrats les secrets et raretés d'icelle ;

de ne donner aucun médicament purgatif aux malades affligés de quelque maladie aiguë, que premièrement je n'aie pris conseil de quelque docte médecin ;

de ne toucher aux parties honteuses et défendues des femmes, que ce ne soit par grande nécessité, c'est-à-dire lorsqu'il sera question d'appliquer dessus quelque remède ;

de ne donner jamais aucune sorte de poison à personne et ne conseiller jamais à aucun d'en donner, pas même à mes plus grands amis ;

d'exécuter point en point les ordonnances des médecins, n'y ajouter ni diminuer, en tant qu'elles seront faites selon l'art;

de découvrir et fuir comme la peste la façon scandaleuse et totalement pernicieuse des charlatans, empiriques et souffleurs d'alchimie à la grande honte des magistrats qui les tolèrent ;

finalement de ne tenir aucune mauvaise drogue dans ma boutique.

Fort de ce diplôme, l'apothicaire peut commencer sa carrière sous la surveillance étroite de contrôleurs ou gardes chargés de vérifier la qualité des produits, matières premières ou compositions, ainsi que l'exactitude des balances et des poids. Ce contrôle des ustensiles de pesée est réservé à cette corporation qui use de ce droit sur tous les commerçants qui débitent des "avoir de poids", c'est-à-dire qui vendent des marchandises au poids.

L'arrivée du Codex et les nouveaux statuts s'accompagnent de modifications dans la boutique de l'apothicaire. Triste au XVIe siècle, elle se signale extérieurement par une enseigne composé d'un palmier entortillé d'une vipère. Intérieurement, elle s'égaye d'abord avec l'exposition de mortiers, d'amphores, de boîtes ou silènes. Ces dernières sont ornées de "figures joyeuses et frivoles, comme de harpyes, satyres, oysons bridez, lièvres cornus et aultres telles painctures contrefaictes à plaisir pour exciter le monde à rire…, mais au-dedans l'on réservoit les fines drogues, comme baulme, ambre gris, muscq, civette, pierreries, et autres choses précieuses". Ces boutiques deviennent plus vastes, sont ornées de boiseries qui comportent des tiroirs où sont entreposées les substances médicamenteuses. Des alignements de pots de faïences italiennes, de Rouen… montrent l'importance de la profession.

Les apothicaires doivent affronter une concurrence sérieuse : l'automédication, encouragée par certains médecins, comme Gui Patin, président de la faculté de médecine et ennemi juré des apothicaires. Chacun peut trouver des conseils et des recettes dans le Naturalisme charitable, l'Empiric charitable, ou le Médecin charitable.

En 1724, les apothicaires obtiennent le droit de visite des malades en l'absence de médecin.

Enfin, le 25 avril 1777, ils sont distingués des épiciers et constituent une corporation indépendante, avec le titre de collège de pharmacie dont l'étymologie grecque "pharmakôn" signifie "remède et poison". Dans le même temps, ils perdent le droit de vendre des épices. Ils sont "tenus de se renfermer dans la confection, préparation, manipulation et vente des drogues simples et compositions médicinales".

La loi du 21 germinal an XI (11 avril 1803) institue les trois premières écoles de pharmacie ouvertes en France : Paris, Montpellier, Strasbourg, puis Nancy et des écoles mixtes de médecine et de pharmacie. Toutes ces écoles deviennent facultés en 1920.

 

Après ce survol rapide de l'histoire des apothicaires-pharmaciens, nous allons survoler celle des médicaments, sur la même période. L'affaire n'est pas simple et, dans de nombreux cas, va nous pousser à sourire ou à être dégouttés, sinon même terrifiés. Il faut dire que la "Faculté" (de médecine, de Paris) ne voulait rien entendre, barricadée qu'elle était derrière ses dogmes et ses privilèges. Nous avons déjà parlé de ce problème, de ce véritable obstacle dans l'Histoire des établissements de soins du Pays du Gier.

Le règne végétal est le premier qui est exploité par l'homme pour se soigner. Les gaulois connaissent les vertus du gui, du sélago, de la verveine, de la sauge et de la petite centaurée. Au XVIIe siècle, les simples font l'objet de culture, notamment dans les monastères. La rose rouge de Provins est utilisée pour les lavements. Avec le développement des échanges commerciaux par voie maritime, de nombreuses plantes apparaissent dans les antidotaires : rhubarbe, casse, séné, manne (issue du frêne) pour les purges, quinquina pour les fièvres (mais aussi en apéritif), anis aux multiples effets (essence comme antispasmodique, carminatif, antiglaireux ; en infusion contre l'inflammation gastro-intestinale, contre l'anorexie, la toux et comme stimulant de la lactation) ; camphre, santal, ipéca… Ce ne sont là que quelques exemples : il est impossible d'être exhaustif.

Le règne animal vient compléter cette panoplie du parfait apothicaire. Au premier rang, quelques insectes ou animaux de petite taille sont utilisés entiers : cantharides, cloportes, vermisseaux, fourmis, scorpions, araignées, frelons, lézards, vipères, grenouilles, écrevisses, sangsues, oiseaux… Pour en faciliter la consommation, ces petites bêtes sont transformées en sirops (fourmi, escargot, vipère) ou en huiles dans lesquels on peut rajouter d'autres ingrédients. Les gros animaux étaient partiellement utilisés : poumon de renard contre la phtisie, foie de bouc, "os de cœur de cerf", pied postérieur gauche de l'élan, corne de la licorne… Mais, comme dans le cochon où tout est bon, on n'en reste pas là : graisse, moelle, sang, lait, sperme, poils, ongles, mais aussi bézoards (concrétion calcaire d'origine gastrique), urines et fientes d'origines diverses : chèvre, chien, cigogne, paon, pigeon blanc…sont d'usage courant, pris isolément ou dans des compositions détaillées, prescrites par les médecins. Ajoutons quelques produits beaucoup plus couteux comme l'ambre et le corail. L'homme ne fait pas exception dans ce règne animal : le crâne humain non enterré, provenant d'un jeune homme mort de mort violente ou d'un criminel récemment pendu ; l'extrait de momie (provenant d'Egypte, surtout) appelé mumie, à effet anticoagulant.

Le règne minéral, sans doute plus tardif (encore que Cléopâtre semble avoir consommé des perles…!), n'en est pas pour autant oublié. C'est le cas des pierres précieuses : lapis-lazuli, améthyste, agate… mais aussi saphir, émeraude, rubis. Elles sont utilisées par contact ou en poudres. D'autres éléments sont largement employés : l'or, l'argent, le mercure, le plomb, le zinc, l'arsenic, le soufre… l'antimoine. Cette médecine chimique débute à la fin du XVIe siècle. L'antimoine est certainement l'élément minéral et chimique qui fit le plus polémique, avec une opposition forcenée de la Faculté. Considéré par certains comme "émétique souverain", par d'autres comme poison, "bon pour les héritiers, pour les maris qui veulent être veufs", il est tout de même introduit dans le Codex de 1637 sous forme de vin émétique. En 1658, au cours de la bataille des Flandres, le roi Louis XIV est atteint de fièvres putrides (typhoïde). A l'article de la mort, il est sauvé par un traitement à base d'antimoine. Cette guérison est sans doute responsable de l'approbation de son utilisation par le Parlement en 1666. Il ne peut toutefois être délivré que sur prescription médicale.

Toutes ces matières premières rentrent souvent dans des compositions très complexes. Nous n'en citerons qu'une, la thériaque. Créée par Galien, elle ne comporte pas moins de 70 produits, jusqu'à 100 pour certains auteurs, du moins pour les malades riches. Pour les pauvres, il y a une formule simplifiée ne contenant que 4 ingrédients. La diversité des principes actifs autorise à penser qu'elle possède une réelle activité thérapeutique. Sa préparation fait appel à des spécialistes. Elle se fait en février, en public, sous la direction d'un apothicaire et la surveillance de la Faculté. Elle est ensuite distribuée aux apothicaires de la ville.

Pour être complet, il faudrait parler de la naissance de la médecine chimique au XVIIe siècle. Nous retenons le travail de Nicolas Lémery qui sut allier pratique et théorie, en les vulgarisant auprès d'un large public : médecins, apothicaires, princes, aristocrates des deux sexes… Par ses conceptions sur la chimie, son rejet de l'alchimie, son indépendance vis-à-vis de la pensée théologique, il pourrait être considéré comme le précurseur de Claude Bernard.

L'astrologie et l'étude des nombres ont été savamment utilisées, sans doute parce qu'il fallait chercher dans toutes les directions les causes des maladies et la façon de les guérir. Les charlatans savaient aussi tromper leurs clients...

On ne saurait terminer sans évoquer les empiriques, souvent médecins sans diplôme, ou cherchant à s'évader du moule par leurs innovations. Citons, en particulier Nicolas de Blégny.

 

Nous connaissons maintenant quelques principes actifs. Il faut maintenant les utiliser à bon escient.

A la base de toute thérapeutique, l'affirmation d'Hippocrate, 2 000 ans après sa mort, reste toujours la ligne directrice : "Le corps de l'homme a en lui sang, pituite, bile jaune et bile noire (ou atrabile) ; c'est là ce qui en constitue la nature et ce qui crée la maladie et la santé. Il y a essentiellement santé quand ces principes sont dans un juste rapport de crase, de force et de quantité, et que le mélange est parfait ; il y a maladie quand un de ces principes est soit en défaut (cacochymie), soit en excès (pléthore) ou s'isolant dans le corps, n'est pas combiné avec tout le reste". Il faut avant tout éliminer les mauvaises humeurs dites "peccantes".

La fièvre, aujourd'hui symptôme, est alors maladie, assimilée à "un effort de la nature pour cuire les humeurs corrompues". Un bon médecin peut distinguer une trentaine de fièvres différentes. A chacune d'entre elles correspond un traitement particulier : aliment rafraichissant, saignée, hydratation et bain. Dans les cas plus graves, les fièvres putrides, à côté de l'inévitable saignée, il faut faire ingérer un bouillon de poulet, réaliser un clystère et placer un pigeon égorgé sur la région précordiale. Antimoine et quinquina sont utilisés dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. Enfin, pour les fièvres les plus graves (variole, rougeole, scarlatine, peste), il ne faut pas hésiter : thériaque, mithridate, orviétan, mumie, ventouses, vésicatoires…sans compter purges, saignées, clystères.

Le rhume du cerveau, considéré comme une maladie cérébrale, est traité par des purgatifs, des vomitifs, des ventouses, des cautères sur les épaules, derrière les oreilles et au cou. Il est conseillé de se faire raser la tête pour y appliquer des emplâtres à base d'opium. La migraine est traitée avec de la racine de bruyère cuite dans des cendres. L'épilepsie ou mal caduc est soignée avec la valériane, le glaïeul, le gui de chêne des druides, mais aussi le sang de goujon, le crâne humain en poudre, la fiente de pigeon blanc… Paralysie, apoplexie, mélancolie, la saignée abondante est de règle.

Pour la goutte, on conseille le lait tiède de femme, mais aussi la bouse de vache chaude. Pour les rhumatisants, rien n'est plus efficace qu'un bain de tripes…

La pleurésie est sensible au sang de bouc ou à la suie…

Suivant leur localisation, les coliques sont soulagées par divers traitements allant du mercure doux aux diurétiques. Pour les plus graves, les coliques du miserere, la chaleur, le clystère âcre et purgatif, l'opium sont couramment utilisés. En cas d'échec, on n'hésite pas à réaliser une préparation à base d'intestins de loup et de chardon bénit.

Le sang de bouc, la poudre de cloportes et l'huile de scorpions sont sensés traiter la gravelle ou lithiase urinaire.

Pour les maladies vénériennes, des frictions à l'onguent mercuriel sont à l'origine d'intoxication provoquant une hyper-salivation (jusqu'à 8 litres) salvatrice.

Pour la peste, la lèpre et le choléra, l'isolement était le seul remède non pour guérir le patient, mais pour endiguer l'épidémie.

 

Pour le plaisir, nous vous proposons quelques recettes courtes proposées par "le Grand et le Petit Albert" dans Les Secrets de la magie naturelle et cabalistique, éditions P. Belfond, 1975.

Pour les chauves :

De la fiente de souris : Il n'est rien de plus sûr que la fiente de souris mêlée avec du miel fait revenir le poil en quelque partie du corps qu'il soit tombé, pourvu qu'on en frotte l'endroit avec cette mixtion.

Pour les adeptes de l'astrologie :

Parfum pour le mardi, sous les auspices de Mars :Ce parfum doit être composé d'euphorbe, de bdellium, de sel d'ammoniac, de racines d'ellèbore, de poudre de pierre d'aimant, et d'un peu de fleur de soufre. Vous pulvériserez le tout ensemble et ferez une pâte avec du sang de chat noir et de la cervelle de corbeau et, de cette pâte, vous en formerez des grains, pour vous en servir trois à trois dans les occasions.

Pour les collectionneurs de vieux outils :

Pour nettoyer le fer, les armes et ce que l'on voudra : Prenez du plomb limé bien menu, mettez-le dans un pot avec de l'huile d'olive, bien couvert, laissez-le ainsi pendant neuf jours ; ensuite frottez avec cette huile le fer, l'acier, les armes ou ce que vous voudrez, ils ne s'enrouillèrent point. La graisse des pieds de bœuf bien bouillis est aussi fort bonne pour faire la même chose.

On est bien loin du métier d'apothicaire, même si ces formules nous en rapprochent.

 

Nous arrêtons là cet historique, conscients qu'il nécessiterait un développement beaucoup plus important. Mais, encore une fois, ce n'est pas le but de notre site. Pour ceux qui sont intéressés par ce sujet, nous conseillons vivement la lecture du livre de François Millepierres, La vie quotidienne des Médecins au temps de Molière, éditions Hachette, 1965, dont nous nous sommes largement inspirés. Bien qu'ancien, ce livre se trouve facilement sur certains sites bien connus des internautes. Nous avons également trouvé des informations dans le livre d'Alfred Franklin, Dictionnaire historique des Arts, Métiers et Professions exercés dans Paris depuis le XIIIe siècle, Bibliothèque des Arts des Sciences et des Techniques, imprimerie Hérissey, 2004.

 

 

Notre collection d'objets servant à l'apothicaire pour préparer ses médicaments n'est pas très importante. Nous vous les présentons, tout de même, en espérant faire mieux. On peut toujours espérer de bonnes propositions, et, pourquoi pas, quelques dons !

 

Avant de voir des pots typiques de l'apothicaire, voici deux petits flacons très anciens, sans doute de l'époque grecque ou romaine. Ils pouvaient être utilisés par l'apothicaire pour des parfums ou des onguents. Tout complément d'information sera "copier-coller" ici.

 

 

 

   
 

                                               Flacon à parfum (?) en verre
                                               Rhône (Proche-Orient)                                            
                                               h 9,5   diam. 3

 

 

 

 

   
 

                                               Flacon en argile
                                               Rhône (Proche-Orient)
                                               h 7   diam. 4

 

 

 

Revenons au XVIIe siècle. On a vu que les pots à pharmacie en faïence prennent une grande importance à partir du XVIIe siècle. C'est une question de prestige. Leur décoration est particulièrement recherchée. Leur forme est variable suivant la consistance du produit à conserver : chevrette, bouteille, cruche, vase de grande taille. Les faïenceries trouvent là une source de profits non négligeables grâce à la fabrication du récipient et à sa décoration : Narbonne, Rouen, Nevers, Nîmes, Montpellier, Besançon, Paris…

 

A titre d'exemple, nous ne possédons que ce pot-canon ou albarello, à décor de Lille, malheureusement récent.

 

   
 

                                               Pot-canon ou albarello
                                               Loire           ACONIT
                                               h 18   diam. 10   base 9,7

 

 

A cette époque, l'étain est très utilisé dans le secteur de la santé. Il a la réputation d'avoir une action bactéricide. Nous en verrons dans le chapitre 12. En voici un qui est ancien.

 

   

 

     

 

   
 

                                                     Pot à pharmacie en étain
                                                     Alpes-Maritimes
                                                     h 14,5   diam. 8,5   L poignées 5,5

 

 

Le poinçon est usé, en forme de couronne.

 

Cet autre pot est beaucoup plus récent. Pot d'apothicaire décoratif ?

 

 

   

 

     

 

   
 

                                                 Pot à pharmacie en étain
                                                 Moselle
                                                 h 24   diam 12   L poignées 7

 

 

Le poinçon est double : une fleur surmontée d'une couronne et un ange couronné sur le corps duquel sont inscrites quelques lettres : SDECOR.. ?

 

Au XIXe siècle, le verre semble avoir pris le pas sur la faïence. Ce verre, soufflé, prend une forme standard, cylindrique. Seules changent les dimensions et la couleur. La fermeture est double : bouchon en liège surmonté d'un couvercle en fer blanc peint.

 

   
 

                           Pots en verre soufflé bleu
                           Rhône
                           h 19   diam. 8

 

 

Produit végétal

CONIUM MAC: PULV:   Poudre de Conium maculatum ou Grande ciguë

 

Produits chimiques :

PHOSPHAS SODICUS ou Phosphate de sodium

BI-CARBON: POTASSIC ou Bicarbonate de potassium

 

 

   
 

                                      Pots en verre soufflé ambre
                                      Loire
                                      h 26,5   diam. 11,5

 

 

PAST. EUCAL. MENTHOL Pastilles d'eucalyptol et de menthol

FLEURS DE PÊCHER

NOIX DE KOLA

ROSES DE PROVINS

 

Les étiquettes sont intégrées dans des fenêtres aménagées dans l'épaisseur du verre. La couleur ambre peut être utilisée pour les substances sensibles à la lumière.

Chaque flacon comporte en relief la marque du fabricant. Pour ceux qui sont destinés à un élément végétal, une étiquette indique le poids à vide, la tare (dans l'ordre, de gauche à droite : 800, 840, 870 g).

 

   
                                                                                  PARIS . P. L   DEPOSE  

 

Sur le fond de l'un d'eux, une étiquette indique des coordonnées (pharmacien, fabricant, herboriste …?). Tout renseignement sera le bienvenu.

 

   

 

 

 

   
 

                                                 Pots en verre ambre
                                                 Loire
                                                 h 26,5   diam. 11

 

 

FLEURS DE GENÊT

PIPPERMINT

SULFATE DE MAGNESIE

Cette deuxième série est plus simple. Pas de fenêtre ; la tare est plus faible (650g) pour ceux de gauche et du centre, plus élevée pour celui de droite. Sur l'étiquette, on découvre le pris au Kg (150,00) et au détail (0,50).

 

   

 

 

D'autres flacons en verre, sans décoration, servent au stockage et sont plutôt dans l'arrière-boutique.

 

   

 

 

 

 

 

 

 


 
 

                                             Flacon en verre simple
                                             Isère
                                             h 18,5   diam. 6,5

 

 

La transformation des matières premières en poudre nécessite l'utilisation du mortier. Celui-ci est en pierre, en marbre, en fonte, en bronze, pour les plus récents en céramique ou en verre. En voici deux en bronze.

 

   
 

                                         Mortier en bronze
                                         Rhône
                                         h 9,5   diam. 14,5   L pilon 18

 

 

 

 

   
 

                                            Mortier en bronze à deux anses
                                            Manche         1825
                                            h 10   diam. 11   L pilon 18,5

 

 

On peut se poser la question sur la signification du chiffre 1825. Est-ce la date de sa fabrication ou une date anniversaire ?

 

Les matières premières sont ensuite transformées en formes galéniques : sirop, soluté, comprimé, suppositoire, ovule…

Le soluté peut être contenu dans des ampoules :

 

 

   
 

                                   Ampoules pour soluté
                                   Isère
                                   L de 25 à 17

 

 

Le réservoir est effilé à ses deux extrémités. Une fois remplie, l'ampoule est scellée à la flamme.

 

La fabrication des ovules nécessite un moule en bronze.

 

   
   

 

     
 

                                               Moule à ovules
                                               Isère      Ets MABILLE
                                                                 PARIS

                                               22,7 x 4,6 x 4,7

 

 

 

Pour terminer, nous vous présentons quelques sustenteurs, encore appelés marmites ou pots à bouillon, des pots en étain ou en porcelaine et étain qui permettent de réaliser un extrait de viande. Ce genre de récipient peut être utilisé à l'hôpital, mais aussi chez le patient. Dans ce dernier cas, il est, sans doute, vendu par le pharmacien (au XIXe siècle).

 

Comment procéder ? La marque "Au Coq" nous donne la recette :

 

 

   

 

 

   

 

 

 

 

 

   
                                              Sustenteur                      
                                            Loire            (Coq)
                                                                    2
                                            h 14,5   diam. 13,5  

 
Le coq pourrait être le poinçon de Meunier Martin, maître potier d'étain à Lille, au XIXe siècle, d'après le "Tardy".

 

Les deux sustenteurs suivants appartenaient vraisemblablement à l'Assistance Publique de Paris. Nous n'avons pas trouvé à quel potier d'étain pouvait correspondre le soleil et la grappe de raisin.

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

   
 

                               Sustenteur                                                    
                               Loire                A (Soleil) P                          
                                                       A (Raisin) P
                                                              N° 1
                  

                               h 13,5   diam. 12,5

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

   
 

                          Sustenteur 
                          Loire            90 - 10
                                          A (Soleil) P
                                          A (Raisin) P
                                               N° 1
                          h 13,5   diam. 12,5


 

 

 

   

 

 

 

 


   
 

                      Sustenteur
                      Loiret       L (Abeille) C
                                               2
                                       L (Abeille) C

                      h 15 (hors poignée)   diam. 14

 

Le seul à avoir une poignée mobile, il a été primé en 1875. Le "Tardy" indique, pour ce poinçon à l'abeille, le potier d'étain Lucotte qui a exercé à Paris de 1860 à 1885.

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   
   

               Sustenteur 
               Pyrénées-orientales       LAURENT FRERES
                                                                FAB TE
                                                                       TOULOUSE
              
h 13,5 diam. 12

 

Grâce au "Tardy", le poinçon des maîtres potiers nous permet de dater ce sustenteur ente 1850 et 1860, période d'activités des frères Laurent, à Toulouse.

 

Le dernier que nous vous présentons est moins fréquent : il allie porcelaine et étain.

 

   

 

 

 

 

 

 

   
 

                                        Sustenteur
                                        Loire           (Cheval ailé)
                                                      
MARQUE DEPOSEE
                                                                     0
                                        
h 13 (hors poignée)   diam. 11

 

 

Dans le prochain chapitre, nous verrons des instruments que le médecin laissait volontiers à l'apothicaire qui les confiait, à son tour, à son assistant : les clystères.

 

 

 

                                                                                                               A suivre…

 

 

A.R.C.O.M.A.  NOS INSTRUMENTS ANCIENS POUR LA SANTÉ ET L'HYGIÈNE

APOTHICAIRERIE : MÉDICAMENTS