SANTÉ ET HYGIÈNE

 

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APOTHICAIRE       PHARMACIEN

 

ANALYSES, CHIMIE & BIOLOGIE

 

 

 

Jusqu'au XVIIe siècle, l'alchimie prédomine dans la recherche des "scientifiques" de l'époque. A la fois matérielle et spirituelle, pourvue d'un langage ésotérique que seuls les adeptes comprennent, elle vise à découvrir l'impossible : la pierre philosophale. A travers cette chimère, elle veut parfaire la nature minérale avec la transmutation des métaux simples en or, végétale en réalisant le remède contre toute maladie et humaine, l'alchimiste cherchant lui-même à atteindre la perfection. Cette philosophie, cette façon de vivre et de croire, cette recherche sont nées en Chine, adoptées ultérieurement en Inde et dans le monde arabe qui la fera découvrir et développer dans le monde occidental vers le XIIe siècle. Elle est considérée par certains comme de la magie, de la sorcellerie, du charlatanisme. Elle est, en fait, beaucoup plus sérieuse qu'il n'y paraît, même si son but nous paraît vain, du moins avec les moyens et les connaissances de l'époque. Elle est à l'origine de milliers de publications, d'articles dont un grand nombre reste encore à décrypter. Lavoisier avait démontré que les métaux étaient des corps simples impossibles à décomposer… "les physiciens nucléaires modernes ont décomposé tous les corps que l'on croyait simples, et vérifié ainsi la théorie alchimique traditionnelle de l'unité de la matière… Aussi d'éminents physiciens, comme Jean Perrin, n'ont-ils pas hésité à reconnaître dans les anciens maîtres de l'alchimie les précurseurs géniaux des magiciens modernes de l'atome."

Ce n'est qu'au XVIIe siècle que va naître ce que l'on va appeler l'iatrochimie, c'est-à-dire la chimie à la recherche de nouvelles molécules (le mot n'existe pas à cette époque) susceptibles de guérir les malades. Et l'un de ses premiers représentants est un maître apothicaire, Nicolas Lémery (1645 – 1715), auteur d'une Pharmacopée et d'un Cours de Chimie. Dans son laboratoire, il présente ses découvertes à toute la société : médecins, apothicaires, aristocrates (femmes et hommes) viennent suivre ses expériences. Il est seul à vendre du bismuth ce qui lui permet de réaliser ses recherches en toute indépendance.

Il faudra attendre le début du XIXe siècle pour que se développe la chimie biologique. Claude Bernard (1813 – 1878), qui commence sa carrière dans le laboratoire d'un pharmacien, en est l'un des initiateurs.

A ce propos, faisons un petit aparté sur la biologie locale. Le Pays du Gier est très proche de Lyon où se trouve la Faculté mixte de Médecine et de Pharmacie. Depuis la création de la profession de pharmacien, en 1777, les élèves participent à la vie de l'hôpital, dans toutes les villes de France disposant d'une faculté et d'un hôpital. Ils sont nommés "internes", sauf à Lyon où ils sont affublés du titre de pharmacien-adjoint. Peut-être parce que la faculté est très récente par rapport à celles de Montpellier, Paris, Toulouse…

En 1842, on peut lire une remarque du Dr Pointe dans son Histoire de l'Hôtel-Dieu : "De tous les départements de l'Hôtel-Dieu, la pharmacie est peut-être le plus imparfait et, sans aucun doute, elle était jadis mieux organisée qu'aujourd'hui. C'est une place très importante que celle de pharmacien d'un grand hôpital ; il faut que celui qui l'exerce possède complètement les connaissances chimiques et pharmaceutiques…" On retrouve, ici, la notion de connaissances chimiques : au fil du temps, elles se développeront par la création, à la Faculté de pharmacie, de chaires de chimie organique, de chimie minérale et de chimie biologique.

La création d'un internat, avec admission sur concours, est réclamée par les étudiants dès 1878. Cette nécessité est confirmée par la presse, l'opinion publique et le Conseil Municipal de Lyon. Le Conseil d'Administration des Hospices civils l'impose, finalement, en 1882. Si certains médecins souhaite cette création, comme Paul Diday, d'autres la refusent, empêchant l'installation de ces jeunes étudiants dans certains hôpitaux, comme celui de la Croix-Rousse où les pharmaciens adjoints ne purent s'installer dignement que 32 ans plus tard…

Petite parenthèse : les religieuses ne voient pas cette création d'un bon œil. Depuis plusieurs siècles, elles se dévouent au service du malade, notamment en préparant les médicaments. Malheureusement pour elles, aucune formation ne leur est donnée et leurs connaissances sont acquises sur le tas, sans connaissance scientifique particulière. Il n'empêche que tous ceux qui ont travaillé avec elles, jusque dans les années 1970, gardent un excellent souvenir de leur collaboration et de leur attachement à l'équipe médicale. Après ce modeste hommage, refermons la parenthèse.

"En juin 1923, …, à la suite d'un vœu émis par le Comité médico-chirurgical. Il fut décidé qu'à titre d'essai, les pharmaciens adjoints suivraient la visite dans les services de médecine, tiendraient le cahier de prescriptions et feraient, sous la direction du pharmacien-chef, les analyses courantes. Au mois de décembre, sur la demande des médecins, cette mesure prit un caractère définitif." Sur la demande des médecins, on appréciera le changement !

Dans sa séance du 10 décembre 1924, l'administration remplaça, enfin, le titre de pharmacien adjoint par celui d'interne en pharmacie.

En 1932, un interne en pharmacie montre l'intérêt de la biologie dans le quotidien : "Aujourd'hui s'est établie une harmonieuse collaboration médico-pharmaceutique… Chez tous, on constate un goût croissant pour la biologie." C'est ainsi qu'au fil des années l'internat se transforme : la plupart des internes se retrouve dans des laboratoires, à pratiquer des analyses de plus en plus nombreuses et complexes, 24 heures sur 24. Leur domaine s'élargit et concerne désormais la bactériologie, l'hématologie, la parasitologie et l'immunologie.

Il est temps, maintenant, de se pencher sur le matériel utilisé en biologie. Sans revenir en détails sur leur fonctionnement, nous vous présentons quelques instruments déjà évoqués dans d'autres articles. Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez vous reportez à ces chapitres que nous vous indiquerons au fur et à mesure.

 

Loupe et Microscopes

1 Triloupe utilisée en "insectologie", ou parasitologie, ou botanique.
         

   

 

 

2 Microscope de contrôle (à tout faire, mais peu performant). En parasitologie, le micromètre permet, par exemple, de mesurer la taille des œufs pour identifier le parasite.                                                      

 

   

 

 

3 Microscope à niche pour botaniste

 

   

 

 

4 Microscope à rotule et crémaillère pour botaniste, parasitologue…

    

   

 

 

5 Microscope C. Verick pour l'étude des plantes qui rentrent dans la constitution des médicaments.

 

   

 

 

6 Microscope Reichert utilisé dans les années 1930 pour la recherche de parasites (filaires) dans les mines de la région stéphanoise. Utilisé, également en hématologie, bactériologie, cytologie urinaire, anatomo-pathologie…

 

     

 

 

       

Pour plus de détails, voir l'article "Microscopes" dans la rubrique "Instruments de mesure".

 

7 Microscope Ernst Leitz Wetzlar à éclairage électrique intégré, utilisé, comme le précédent en hématologie, bactériologie, parasitologie, cytologie urinaire…

 

   

 

 

Polarimètres

Les polarimètres sont utilisés pour le dosage du glucose et, pour certains, des protéines, dans des milieux acellulaires comme les urines.

 

1 Polarimètre E. Hartnack pour dosage du glucose et des protéines (albumine).

  

   

 

 

2 Polarimètre à pénombre de Laurent pour le dosage du saccharose.

 

   

 

 

3 Saccharimètre Soleil pour le dosage du saccharose.

 

   

 

 

 

Ebullioscopes, vinoscope et alcoomètre

Ces trois instruments permettent de doser le degré alcoolique d'un vin. Jusqu'aux années 1950, cette tâche était réalisée par le pharmacien.

 

1 Ebullioscope de L. Levesque

 

   

 

 

2 Ebullioscope de E. Malligand

 

   

 

 

3 Vinoscope correcteur de Contassot

  

   

 

 

4 Alcoomètre J.Salleron

 

   

 

 

Batteries Dujardin

Ce petit laboratoire permet d'évaluer l'acidité du vin.

                            

   

 

 

Pour avoir des détails sur ces instruments, cliquez sur le titre concerné en italique. Vous arriverez directement sur l'article qui traite de ce sujet.

 

Passons maintenant à quelques instruments utilisés pas le pharmacien qui est, aussi, chimiste. Et en premier lieu, La verrerie de base (il en manque !)

 

   
 

                         1 Erlenmeyer   h 13,5   l base 8   200 ml
                         2
Entonnoirs L 10 x l 5   L 12 x l 7

                         3 Agitateur L 19,5

 

 

 

Les tubes sont très nombreux tant par la forme que par la fonction.

 

   
 

                           Tubes à essai
                           Rhône
                           L 20   diam. 2

 

 

 

La couleur provient d'une reste de liqueur de Fehling qui contient du sulfate de cuivre. Ce réactif permet de mettre en évidence des substances réductrices comme les sucres. Bien que non spécifique, cette technique remplaça avantageusement le doigt du médecin qui n'hésitait pas à goûter les urines de son patient pour déceler la présence de sucre.

 

 

   
 

                                       Tubes à décanter
                                       Loire
                                       L 23,5   diam. 3 – 1,4

 

 

 

 

   
 

                       Tube à extraire à col et bouchon rodés
                       Loire
                       L 19   diam. 2,6

 

 

 

Autre instrument indispensable : la source de chaleur. Michael Faraday (1791 – 1867) invente un brûleur à gaz qui est modifié dans les années 1850 par Robert W. Bunsen (ou du moins, son assistant, Peter Desaga, mais on ne garda que le nom du chef de service). Au début du XXe siècle, Georges Meker, installé à Courbevoie, modifie le bec Bunsen en ajoutant une petite grille qui active le passage du gaz en fractionnant celui-ci et permet d'avoir une flamme plus chaude. Le bec est constitué d'une arrivée de gaz (méthane, butane, surtout), un gicleur ou un robinet qui régularise l'arrivée de gaz, une virole perforée pour modifier le rapport gaz/air et, enfin, une cheminée.

 

   

 

 

 

 

 

 
 

                                             Bec Bunsen
                                             Loire
                                             h 20   base 5 / 13,5   arrivée 11  

 

 

A priori, ce bec Bunsen devait être vissé sur la table de travail, ce qui rendait son déplacement impossible. Sa base a été noyée dans une masse d'étain, elle-même contenue dans une coupelle en zinc.

 

   

 

 

 

 


 
 

                                           Bec Meker
                                           Loire               G MEKER & CIE
                                                                     COURBEVOIE
                                           h 13,5   base 8   arrivée 4,5  

 

 

La grille visible sur la photographie de droite accélère la sortie du gaz.

 

L'instrument suivant est dédié à un dosage précis : la mesure du CO2 dissout dans le sang ou dans le… vin. Cet appareil de Van Slyke (Donald Dexter, 1883 – 1971) est composé d'un tube en verre divisé en plusieurs segments : un entonnoir gradué en ml où sont versés le plasma et de l'acide lactique, un tube gradué, une chambre de dégazage, le tout mis en relation à l'aide d'un robinet à deux voies avec un ballon mobile rempli de mercure, relié par un tuyau en caoutchouc. En descendant le niveau du mercure dans le tube, le mélange plasma-acide parvient dans la chambre de dégazage. Le tube est sorti de son portoir et agité. Cela a pour conséquence le dégagement du gaz CO2, sous l'effet de l'acide, du vide créé par la descente du niveau du mercure. On ramène, ensuite, au même niveau le mercure dans la boule et dans le tube. On lit le volume de gaz sur la graduation situé sous le premier robinet. On reporte le chiffre obtenu sur un abaque qui tient compte de la température pour obtenir la concentration en CO2. Ce dosage permet d'évaluer l'équilibre acido-basique, en particulier chez le sujet diabétique.

 

       
 

                                               Appareil de Van Slyke
                                               Loire
                                               L 49  
                                               Graduations 1 : 1 à 6 ml
                                                                    2 : 0,1 à 2,5
                                               Chambre 3       : 7 x 4
                                               Boule 4            : 12 x 8 (250 ml)   tuyau 120

 

 

Nous voyons, maintenant un instrument en étain qui nous pose quelques problèmes. Trouvé chez un brocanteur, il nous a été présenté comme une boîte à coton. En l'observant de plus près, nous avons noté deux anomalies pour ce genre de fonction : d'abord, son poids de 4 kg, ensuite, sa base arrondie qui fait qu'il n'est pas stable en position verticale. Nous avons trouvé une solution en visitant le Musée des Arts et Métiers, à Paris. Le laboratoire de Lavoisier y est présenté ; on y voit de nombreux appareils utilisés par ce célèbre chimiste. Et, dans une vitrine, notre "boîte à coton" présenté comme un densitomètre. Nous avons contacté ce musée qui nous a répondu très rapidement qu'il ne disposait pas d'explications sur l'utilisation de cet instrument. Des questions restent donc posées : Densitomètre ? Comment fonctionne-t-il ? Pour quelle substance est-il employé ?

  

   

 

     
 

                                             Densitomètre (?!)
                                             Loire
                                             h 37 dont poignée 8   diam. 12   poids 4kg

 

 

 

Pour terminer, nous vous présentons de la verrerie du XVIIIe siècle en verre soufflé, "qui provient de la plus ancienne pharmacie de Saint Etienne", d'après son ancien propriétaire.

Ce sont, tout d'abord, deux cornues, en verre très fin, incolore ou vert.

   

   
 

                                       Cornue
                                       Loire
                                       L 40   ampoule 14 x 7

 

 

 

 

   

 

 

 

 
 

                                                 Cornue
                                                 Loire
                                                 L 24   ampoule 32 x 15

 

 

Et pour finir, voici une très grosse ampoule à décanter, en verre épais, munie à sa base d'un robinet, semble-t-il, en étain (à confirmer).

 

 

   

 

 

   





 
 

                                                   Ampoule à décanter
                                                   Loire
                                                   L 62   diam. 16,5   robinet 10

 

 

A noter, au niveau de chaque col, la présence d'une attache en ficelle pour le rangement ou le séchage (?).

 

Pour réaliser cet article, nous avons utilisé "La vie quotidienne des médecins" déjà cité ; l'article de René Alleau dans l'Encyclopaedia Universalis, édition 1984 ; Les Hospices Civils de Lyon, Audin Editeur, 1953 et Le Cinquantenaire de l'Internat en Pharmacie des Hôpitaux de Lyon, Edition G.-L. Arlaud, 1933

 

Nous en avons fini avec l'apothicaire. Le dernier chapitre de ce sujet "Santé et hygiène" est consacré au barbier.

 

 

                                                                                                                                                               A suivre…

 

 

A.R.C.O.M.A. NOS INSTRUMENTS ANCIENS POUR LA SANTE ET L'HYGIENE

APOTHICAIRERIE : ANALYSES, CHIMIE ET BIOLOGIE