HISTOIRE DE L'HABILLEMENT

 

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L'EUROPE – LA FRANCE

VIe siècle av. J.C. – XIe siècle

 

 

 

De par sa situation géographique, l'Espagne, proche de l'Afrique et bordée par la Méditerranée, a reçu, plus que tout autre pays européen l'influence des civilisations orientales (Asie antérieure) et méditerranéennes (Grèce, Étrurie), sans oublier le relais entre les deux, la Crète. Une fois de plus, les échanges commerciaux et, plus tard, les invasions ont joué un rôle important.

Au VIe siècle, les femmes portent une robe longue, soit couvrant les épaules, soit découvrant l'épaule gauche avec bourrelets à l'emmanchure et au-dessus de la taille. Elles sont couvertes d'une pèlerine à capuchon pointu. Un voile peut aussi les envelopper des pieds au sommet de la tête. Le couvre-chef prend un aspect de bonnet d'où émerge un voile court. L'influence extérieure, en particulier au niveau des coiffures et couvre-chef, vient d'Étrurie, de Syrie et des Hittites. Des tuniques longues à volants évoquent le style crétois.

Quant aux hommes, ils portent un caleçon court ajusté, une tunique courte avec ceinture et une pèlerine. On retrouve des influences de soldats étrusques et hittites.

 

Rapprochons-nous maintenant de ce qui deviendra la France.

Parmi les très nombreuses migrations qui s'opèrent entre le premier millénaire avant J.C. et les invasions barbares à partir du Ve siècle, un peuple se distingue, les Celtes. Installés sans doute depuis le IIe millénaire dans une région assimilable à la Bavière actuelle, ils se dispersent dans les quatre points cardinaux, occupant l'Europe du Nord, du Sud, de l'Est, de l'Ouest et une partie de l'Asie mineure. L'arrivée des Romains leur est fatale à partir du IIIe siècle avant J.C. Ils sont repoussés à l'extrême ouest de l'Europe. On y retrouve les langues régionales d'origine celtique : le breton, le gallois, l'écossais et l'irlandais. D'autres sont aujourd'hui éteintes : le gaulois, le celtibère, le cornique et le mannois. C'est à cette époque qu'ils adoptent le pantalon des Perses et des Scythes (Iran actuel) et le font connaître aux peuples germaniques et gaulois. Le costume gaulois pré-romain s'en inspire et sera adopté en grande partie par les Romains. Quelle est l'influence des Celtes sur le costume gaulois ? Nous n'avons pas trouvé de réponse sûre à cette question, peut-être parce que l'absence de découvertes archéologiques en Gaule ne l'a pas permis. Ce que l'on peut dire, c'est que contrairement aux pays méditerranéens, et, en particulier, aux pays latins qui portent des vêtements informes, constitués de draperies "aménagées", les gaulois utilisent un vêtement coupé et cousu, "enfilé" qui reproduit la forme générale du corps.

L'homme porte des braies, culottes longues, flottantes, s'ouvrant par devant, ceinturées, parfois attachées aux chaussures. Elles sont inspirées du pantalon long des nomades Scythes, introduites par les Celtes. La saie est un manteau posé sur les épaules, maintenu par des agrafes, laissant libres le buste et les bras nus ou recouverts d'une légère tunique. Plus tard, la blouse, étroite, constituée de morceaux taillés et ajustés, descend jusqu'aux hanches. Il semble que les gaulois possèdent une réelle maîtrise dans le tissage des étoffes à rayures, à carreaux, à fleurs. Les chaussures sont à empeigne de cuir et semelle de bois, maintenues sur le pied par de grosses lanières. Les cheveux sont tirés en arrière vers la nuque, la barbe est pointue et la moustache longue. A cet ensemble bien ordonné, il faut ajouter l'importance que le gaulois apporte à son apparence et à l'hygiène du corps. D'après l'historien Ammien Marcellin, "Les Gaulois sont toujours propres et soignés ; chez eux, et surtout en Aquitaine, on ne trouvera jamais ce qu'on retrouve si souvent ailleurs, des hommes et des femmes sales et déguenillés". Pline l'Ancien déclare que le savon est une invention gauloise, un mélange de cendres de hêtre et de graisse de chèvre.

 

   

                                    

     
                               Braies et tunique ceinturée                                             Tunique ceinturée et saie  

    

La littérature est plus silencieuse sur l'habillement des femmes qui semble être constitué d'une jupe longue et d'une tunique, en contradiction avec la statuaire romaine. Les étoffes sont de couleur vive : rouges, vertes, bleues… La coiffure naturelle est parfois complétée par une perruque en fibres laineuses qui vient compenser un manque de cheveux. Cette perruque devient ornementale sous la forme de tresses de soie brillante rose, mauve, argentée : notre siècle n'a donc rien inventé en ce domaine !

                                                 

   

 

Les paysans portent une tunique sans manche, le colobe, et des braies en peau de chèvre. Celles des artisans sont en laine.

Quant aux parures, elles sont toujours plus travaillées, profitant de l'évolution des techniques, des outils d'orfèvrerie. Tous les matériaux nobles sont utilisés : pierres semi-précieuses, ambre, corail, bronze, or…L'un de ces bijoux reste spécifique de cette époque, le torque, un collier fermé ou ouvert, orné de motifs très variables (visage, torsade, spirale, oiseau…), parfois émaillé.

Les étoffes de laine sont les plus recherchées, en général très colorées à l'aide de  teintures végétales (airelle, jacinthe, pastel…). Enfin, des boutons en os, en cuir, parfois en émail et des fibules ferment ou maintiennent les vêtements.

Les contacts entre gaulois et romains sont à l'origine d'influences réciproques, en fonction de la hiérarchie sociale. Curieusement, le port de certains vêtements est à l'origine du nom de dirigeants romains. Ainsi, le nom de Caligula provient du port de chaussures, les "caligae", d'origine gauloise. De même, la tunique allongée, fendue par devant, sans col, ni bouton, ni agrafe est dénommée caracalla. Distribuée gratuitement par Antonin Bassien, fils de Septime-Sévère, celui-ci fut désormais appelé Caracalla… Marc-Antoine et Auguste propagèrent la mode et donc l'usage des braies et des gallicae (galoche). Ce "mélange" se retrouve chez les gallo-romains avec un pardessus à longs poils, la lucerna, la penula, la laina, puis le bardocucullus au collet surmonté d'un capuchon, avec des variations régionales.

Dans les classes dirigeantes, les femmes gauloises copient les riches romaines qui accompagnent leurs maris pour administrer le pays envahi. La stola talaire (longue robe) est allongée par le port d'une tunique ordinaire, l'instita. Le pallium, un grand manteau venu directement de Rome, recouvre les deux tuniques. Une écharpe, la palla, fendue pour laisser passer le bras, complète le tout. La coiffure romaine est largement adoptée.

Si ce luxe croissant répond aux exigences d'une classe enrichie par le commerce, il n'est du goût ni des Pères de l'Église, ni de certains empereurs. Pour les prêtres, le port du vêtement drapé venu de Rome est considéré comme un signe de mollesse orientale et de service idolâtre aux faux dieux grecs et romains. Aurélien (215 – 275) et Dioclétien (244 – 311) prennent des édits contre les sarcinatores (couturiers) et les bracarii (tailleurs), précurseurs des édits somptuaires promulgués à partir du Moyen-Âge. De tout cela, il résulte une transformation de l'habillement mêlant, de façon modérée, à partir du début du Ve siècle, les coutumes (costumes !) des gallo-romains à celle des envahisseurs germaniques, alamans, saxons, francs, wisigoths, ostrogoths, burgondes et vandales. Ces "Barbares" portent des vêtements cousus plaquant le corps, une tunique courte, des braies de longueur et de couleur variables, autant d'éléments déjà connus en Gaule.

Le costume romain persiste dans les pays conquis avec deux types : long pour les classes dirigeantes, court pour le peuple. Les costumes des hommes et des femmes sont peu différents. Le triomphe du christianisme dans toute l'Europe à partir du IVe siècle et l'influence byzantine se traduisent, pour l'habillement, par le port de vêtements longs, à l'image des évangélisateurs.

À partir du VIe siècle, les mérovingiens modifient le costume gaulois en lui donnant un aspect plus guerrier. Le costume civil est proche du costume militaire. L'enterrement des mérovingiens fait suite à l'incinération des gallo-romains, une aubaine pour les archéologues qui ont, ainsi, pu retrouver des fragments de tissus : étoffe de lin fin ou épais, plus ou moins serrée. Les premiers souverains francs semblent avoir eu un goût très prononcé pour les vêtements de l'Empire romain. La gonelle est une tunique à manches plus ou moins longues, descendant jusqu'au genou, bordée de gallons et serrée par une ceinture de cuir et de plaques métalliques. Aux VIIe et VIIIe siècles, elle semble être plissée. Les braies, étroites, plaquées aux jambes, descendent jusqu'aux genoux. Plus tard, elles s'allongent, faites de toile ou de cuir souple, comme celles des gaulois et serrées à la jambe par les courroies des chaussures ; elles sont recouvertes, plus tard encore, par des guêtres tricotées, les tibiales. Le manteau, le rhéno, est en peaux de bêtes avec la fourrure en dehors. La saie en laine des gaulois est toujours utilisée. Les cheveux, nattés, sont remontés sur le crâne, rasés sur la nuque. Enfin, les chaussures sont en peau de bête, maintenues par des lacets ou des lanières montant jusqu'au genou.

                                               

   
                                                                                          Tunique franque  

 

    

     
                                                           Habits francs (VIe siècle) : baptême de Clovis  


                          

     
                                          Influence orientale : Habits longs de cérémonie byzantins (VIe siècle)  

 

Les femmes utilisent toujours la stola : une robe longue, sans manches, blousant grâce à une ceinture de cuir, le col décoré d'une bande brodée descendant jusqu'aux pieds, maintenue aux épaules par des fibules. Une grande écharpe, la palla, recouvre les épaules, peut servir de couvre-chef. Ses deux pans retombent, l'un devant, l'autre derrière. Leur coiffure est arrangée en chignon. À partir du IXe siècle, des fils de perles et de pierreries se mêlent aux cheveux. Il est habituel, pour des raisons de convenance de porter soit un voile court, le ricinum, agencé en forme de turban, soit un grand voile, le mafors, couvrant le corps de la tête aux pieds. Les vêtements de dessous sont en lin pour les plus riches, un lin importé bien que sa culture ait débuté au Ve siècle en Gaule. Pour les vêtements de dessus, le tissu peut être à grosse trame. La laine sert pour les pantalons et les culottes ; les braies sont décorées de motifs végétaux. Les chaussures sont en cuir léger ou en chanvre, maintenues par des bandelettes montant jusqu'au genou. Les Francs apprécient particulièrement les chaussures luxueuses : c'est le cadeau par excellence d'un fiancé à sa promise ! Enfin, les parures marquent cette période avec un nouveau style qui se démarque des influences orientales au profit  des influences germaniques.

À partir du milieu du VIIIe siècle, les Carolingiens vont développer un habillement nouveau, fastueux pour les grands seigneurs, avec renforcement des influences du christianisme et réintroduction des influences méditerranéennes. Les noms restent les mêmes, les formes évoluent : une tunique de fil portée à même le corps, une tunique de laine par-dessus ; des braies et des chausses en toile teinte, souvent écarlate (haut-de-chausses : culotte ou bas allant jusqu'au genou ; bas-de-chausses : culotte ou bas descendant jusqu'aux pieds à jambes séparées). Pour l'hiver, un long gilet de fourrure, le rock ou pellicium, et un manteau constitué d'un lai de tissu (laine) pliée en deux, retenu sur l'épaule droite par une fibule, drapé à gauche et descendant jusqu'aux pieds. Les souliers sont en cuir, maintenus par des courroies très longues, enveloppant les jambes. Les cheveux sont coupés à la romaine. Les parures sont de plus en plus luxueuses, faisant réagir Charlemagne qui se contentait, en dehors des cérémonies, d'une peau de mouton et d'une saie. Ces successeurs n'eurent pas la même humilité ; on doit tout de même à Charles le Chauve la création de gants en fourrure et sans doigts, les moufles.

Les carolingiennes portent une robe de dessous traînante à manches plates, surmontée d'une robe de dessus flottante à manches courtes et larges, et ceinturée, s'arrêtant à mi-jambe et un manteau pouvant servir de capuche. Les couleurs sont chatoyantes, les ornementations luxueuses.

Suivant le niveau de richesse, ces vêtements sont en laine, en lin plus ou moins fin et même en soie, cette dernière étant d'origine byzantine ou ibérique, suite à l'invasion des Arabes en Andalousie. L'Église s'insurge contre l'utilisation des tissus de soie trop luxueux, "employés à l'imitation des Sarrazins".

A la fin du 1er millénaire, des historiens considèrent que l'amalgame entre celto-gaulois, latins et francs est à peu près réalisé. Commence alors la période dite "romane". Pour les deux sexes, on retrouve le même type de vêtement : une tunique, le bliaud, (du germanique blialt, étoffe ; c'est la gonelle des carolingiens) longue avec manches courtes, blousant sur la ceinture, sert de vêtement de dessus recouvrant une autre tunique, le chainse en lin ou chanvre. Sous le bliaud, on porte le doublet fait de deux épaisseurs de toile de lin. Les manteaux sont en pelleteries, petit gris et menu-vair (écureuil), avec pendeloques. Les chausses sont maintenues par des jarretières. Les souliers en cuir se terminent en pointe recourbée. Les mains ne sont pas oubliées, avec profusion de gants plus ou moins fantaisistes.

  

     
                              Braies collantes, bliaud jusqu'au genou, manteau agrafé sur l'épaule (XIe siècle)  

 

 

   
                                                            Moissonneurs et vendangeurs (XIe siècle)  

  

Au terme de ce deuxième article consacré à l'histoire de l'habillement, un constat évident revient : ce premier millénaire de notre ère n'a pas produit beaucoup de peintures et de sculptures, autant de témoignages indispensables. Nous en avons trouvés, bien sûr, mais, souvent, ce sont des manuscrits, des gravures, des tableaux réalisés beaucoup plus tard, aux XIVe ou XVe siècle, avec des interprétations parfois erronées, donc inexploitables. Dans de nombreux autres articles, nous avons fait le même constat d'une documentation très pauvre pour cette période.

Difficile, donc, de résumer cette lente évolution du costume durant ces 1500 dernières années. "Ce que l'on peut retenir de cette tentative de haute fantaisie dans le costume laïque, c'est peut-être une première aspiration à se libérer d'un certain conformisme d'esprit religieux ; mais il faudra attendre encore un siècle et demi pour assister à l'apparition d'un habillement marquant un individualisme laïque indépendant". Certains des plus anciens costumes, comme ceux des gaulois, ont laissé des traces importantes, d'autres, comme ceux des romains, ont progressivement disparu même si l'on peut retrouver des drapés, des plis à l'époque romane. Les parures ont pris un essor considérable grâce au savoir-faire des orfèvres, aux nouvelles techniques et… au pouvoir d'achat des dirigeants, laïques ou ecclésiastiques.  Enfin, les mélanges de couleurs obtenues par une meilleure maîtrise du tissage et des teintures apportent une gaîté de vivre, même si, pour notre époque, cela peut paraître quelque peu exagéré, encore que..!

 

 

 FIN

 

 

Bibliographie
Grand dictionnaire encyclopédique Larousse, imprimerie Jean Didier, mars 1985
G.G. Toudouze, Le Costume Français, Librairie Larousse, 1945
F. Boucher, L'Histoire du costume, Flammarion, 1983
M.Valtat, Le vêtement témoin de l'évolution historique et du mode de vie, édition SITAS
M.Zamacoïs, Le Costume, Voir et Savoir, Ed. Flammarion, 1936
Félix Gaffiot, Dictionnaire abrégé LATIN-FRANÇAIS, imp.Brodard et Taupin, 1936
Encyclopédie par l'image, Histoire du costume, librairie Hachette, 1924
Histoire de France, librairie Larousse, 1986