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BALANCES A BRAS EGAUX

 

 

Il n'est pas question de présenter, ici, une étude détaillée sur la pesée et la balance à bras égaux. Des spécialistes, scientifiques ou historiens, ont déjà réalisé ce travail avec des connaissances que nous n'avons pas nous-mêmes. Nous nous contenterons d'indiquer les principales étapes de cet instrument de mesure et de ses compléments indispensables, les poids.

Les balances ont été inventées dès l'Antiquité : des textes chaldéens, des gravures égyptiennes nous le prouvent. Elles servent à peser aussi bien les marchandises que les bonnes et mauvaises actions du pharaon au moment de son départ dans l'au-delà. Les fléaux sont en bronze, en bois ou en pierre.

 

 

Les Romains utilisent une balance à fléau, précise à 10 g près, qui traversera les âges jusqu'au XVIIe. En 1670, Gilles Personne de Roberval apporte un profond changement en plaçant les plateaux au-dessus du fléau. Lavoisier, au XVIIIe siècle, Béranger au XIXe modifient le fléau améliorant ainsi la justesse de la balance.

Ces balances nécessitent l'utilisation de "poids" (aujourd'hui, on dit "masses marquées"). Les plus anciens sont en pierre dure, puis en bronze ou  en plomb,  Ils servent surtout d'étalon. Au Moyen-Age, ils sont encore en pierre pour les masses élevées, mais aussi en fer, en fonte. Pour les produits couteux, chez le bijoutier ou l'apothicaire, on utilise la pile à godets, dite aussi pile de Charlemagne. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les poids en fonte remplacent les poids en pierre. D'abord de forme rectangulaire, carrée, cylindrique, ronde…, ils deviennent le plus souvent hexagonaux au XIXe siècle. A la même époque, apparaissent des poids en laiton, d'abord sous la forme de cylindres avec bouton de préhension à la partie supérieure. Au XXe siècle, au cours de la guerre de "14 – 18", l'importante demande de laiton pour la fabrication des munitions nécessite l'utilisation d'alliage gris (zinc et plomb).

Quant à l'histoire des unités de poids (masse…), elle est très complexe. En Occident, la première unité connue, mais sûrement pas la première existante, est romaine, la "libra" - qui deviendra la livre -, équivalent à 321 g pour certains, 327 g pour d'autres, divisée en 12 onces. Le pouvoir romain tente d'uniformiser les valeurs de ces unités, mais d'une contrée à l'autre (et les contrées sont nombreuses, éloignées, dans des continents différents), on trouve une grande diversité. En 789, Charlemagne essaie de réinstaurer une mesure commune à tous ses peuples. En vain. Les tentatives de François 1er, Henri II…Louis XVI échoueront de la même manière. Pour une même unité, il n'y a pas d'équivalence d'une ville à une autre, pour le plus grand profit des marchands aux dépends des "producteurs". Les droits seigneuriaux sont aussi un obstacle à cette unification : dans certaines conditions, les marchands sont obligés de payer des taxes pour faire peser leurs produits par un office, le "poids-le-roi". C'est après l'abolition de ces mêmes droits, en 1790, que le Système Métrique fait son chemin, non sans difficultés. Institué le 18 germinal An III, il n'est définitivement appliqué qu'à partir du 1er janvier 1840.

 

Les outils anciens présentés font revivre 300 ans de l'histoire de la mesure des poids : du XVIIe siècle aux années 1950, environ.

Pour commencer, deux grandes balances à bras égaux. Elles servent, sans doute, au meunier ou au boucher.

 

   

 

 

 

 

 

Balance à bras égaux
Pyrénées orientales
Fléau L 122   chape (étrier) 88 aiguille 38   crochets 24 x 9   poids 19,5 kg

 

   

 

En complément, voici cette même balance avec deux plateaux en cuivre d'environ 70 cm de diamètre. La photo a été prise lors d'une exposition en 2007.

 

 

   

 

 

 

 

 

     

 

     

    Balance à bras égaux
    Maine et Loire               sur fléau : recto   //  D  C  //    verso  //  17  48  //
    Fléau 107  chape 66  aiguille 10  crochets 18 x 10  poids 10 kg

 

Beaucoup plus petites et légères, ces deux balances dites "de ménage" peuvent être utilisées dans les commerces de détail : épicier, fromager…
 
   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Balance à bras égaux
Rhône                                 J.B    poinçon "A la bonne foi"

Fléau 32  chape 14  aiguille 6  chaînes 30  plateaux 21

 

   

 

     
Balance à bras égaux
Pyrénées orientales                                    ( guirlandes)
Fléau 25  chape 8,5  aiguille 5,5  chaînes 47  plateaux 20

 

 

Encore plus petite, la balance de changeur ou de "prêteur". L'utilisation de ce type de balance remonte à la fin du Moyen-Age. Elle permet de vérifier que la monnaie est bien "sonnante et trébuchante". Sonnante par le bruit qu'elle émet en tombant par terre et surtout trébuchante par la mesure du poids de la pièce à l'aide de cette petite balance appelée aussi trébuchet. Si le poids est exact, on dit que la pièce a un bon aloi, d'où l'expression "être de bon aloi". Pour toutes ces raisons, les poids utilisés dans ces coffrets sont dits "monétaires".

  

   

      

 

Le buraliste ou marchand de tabac avait aussi sa propre balance pour peser le tabac. Le modèle présenté date de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle. Les plateaux sont vraisemblablement en corne. Au centre du fléau, se trouve le poinçon primitif "A la bonne foi". Sur la base de la potence et la petite poignée en laiton des plateaux sont gravés les poinçons annuels de contrôle. Sur la base, au pied de la potence, une petite case permettait de ranger quelques poids.

 

 

   
 

Base 39 x 14,5 x 6   potence h 39   fléau L 28   plateaux diam. 13,5

 

 

   

 

 
                                                           Une vingtaine de contrôles annuels : A B …  

 

 

     
 

              Couronne de lauriers    F.B      A la bonne foi                          F (pour force) 100 K   (ou plutôt 1,00 kg ?)

 

 

 

La balance de précision suivante pouvait être utilisée par les bijoutiers ou des scientifiques.

 

   

   

   

 

 
Trébuchet
Rhône                            INSTRUMENTS DE PESAGE
                                               AUTOMATIQUES
                                                 M . CHENAT
                                           3, Rue Claudius Penet
                                       LYON IIIe - Tél. Moncey 38-97
Fléau 16  aiguille 16  plateaux 8 support des plateaux 17

 

 

Autres balances à fléau : les balances de Roberval. Les plateaux sont situés au-dessus du fléau.

 

   

 

 

 
Balance Roberval
Rhône                FORCE   2 KILOG
Socle 35 x 10,5 x 7   fléau 25   aiguille 7   plateaux 15

 

 

   

 
Balance Roberval
Rhône            FORCE   20 KILOG
Socle 50 x 13 x 8   fléau 39   aiguille 12   plateaux 26

 

 

Et pour terminer, provisoirement, le dossier des balances à fléau, la balance de Béranger.

 

   

 

   

Balance Béranger
Rhône                       USINES DE LA MULATIERE
                                                     LYON
                                    PORTEE                    10 KIL
                              ANNE MAISON         BERANGER
Socle 54 x 23 x 12,5   plateaux 24

 

 

     

 

 

LES POIDS

 

 

 

Bien que ce terme de "poids" soit obsolète, nous l'avons gardé car il correspond à l'époque qui nous intéresse. Ces poids sont indissociables des balances à bras égaux : ils permettent de peser tout objet en comparaison à une référence dont le poids est connu et, régulièrement, vérifié.

Les Piles à godets

Nous commençons par les plus anciens, les piles à godets, appelées au Moyen-Age piles de Charlemagne. Les premières piles sont composées de 14 éléments empilés dans un quinzième qui sert de boîte. A la fin du Moyen-Age, elles n'en comprennent plus que 8. Elles sont utilisées, le plus souvent, par l'orfèvre, le joailler, le prêteur, mais aussi l'apothicaire.

 

 

     

               

   
Pile à godets
Rhône                            16       

                                              


Cette pile est incomplète avec, seulement, 6 godets. Le total des poids devrait faire 16 (onces ?). En grammes, en omettant les chiffres après la virgule, la correspondance du plus grand au plus petit godet est respectivement de 8/121, 4/61, 2/30, 1/15, -/8, -/4, soit un total de 15,75/239.

Si l'on considère que 16 est l'équivalent d'une livre de Paris, le poids total correspond, ici, en réalité, à 1 marc de Paris, d'une valeur de 244,75 g, mesure utilisée pour peser l'or et l'argent. Toute information complémentaire sera la bienvenue. Cette pile utilise, de toute façon, les unités de l'Ancien Régime.

Une autre pile plus récente, également incomplète, avec 7 godets :

 

 

 

 

   

     

   
    Pile à godets
    Nord                            1 KILOG

         

Les poids sont de 500 g, 200 g, 100 g, 100 g, 50 g, 20 g, 20 g. Il manque celui de 10 g.

Cette pile est intéressante par les poinçons gravés dans le fond des godets. C'est dans le poids de 500 g que l'on trouve le plus grand nombre : 11. A côté des poinçons de contrôle habituels (lettres A, B, D, F, …), on trouve 3 poinçons  : 2 primitifs, 1 inconnu.

 

       
              Couronne royale
              1831 - 1848
   N couronné : Napoléon III ?
            1850 - 1870 ?
         ?????????  

 

On peut donc considérer que cette pile est de la 1ère moitié du XIXe siècle, sans doute postérieure au 4 juillet 1837, date à laquelle l'affichage en grammes est seul autorisé. Mais, encore une fois, tout complément d'information est le bienvenu.

De la deuxième moitié du XIXe siècle (?), et sans poinçons, voici une troisième pile de 500 g.

 

 

 

   

 

     
 Pile à godets
 Isère                             500 grammes

 

Les poids sont de 200 g, 100 g, 100 g, 50 g, 20 g, 10 g, 10 g. Manque un huitième de 10 g.

 

A titre "préventif", voici une 4ème pile à godet, fabriquée de nos jours et achetée trop rapidement sur un site bien connu d'Internet.

 

     

                                                                                                                       Pile à godets
                                                                                                 Gironde

 

Elle est composée de 7 poids, dont le petit, au lieu de 8. La finition est très insuffisante ; il n'y a aucun chiffre, mais la photo était alléchante !

 

Les Poids en fonte

Voici quelques poids en fonte que les plus de 50 ans ont bien connus. Les seules différences résident dans l'appellation utilisée : KILOG, HECTOG, ou les deux à la fois.

 

 

   
  15,5 x 8,5  

 

 

   
              10,5 x 5                   8,3 x 4                     4 x 1,8  

 

 

   
                       4 x 1,8                      3 x 1,5  

 

 

     
                                                                                                6,5 x 3  

 

                                                                                                                                     

Les Poids en laiton

Ces poids sont rangés dans des boîtes en bois rectangulaires, percées de trous à la taille des éléments de la série.

Sur chacun d'entre eux, figurent, outre le poids, deux lettres : initiales du fabricant ? L Z, P V,  F F, R L, D J, J.V, D D, E.J, H.B. Les deux boîtes que nous vous présentons sont, malheureusement, recomposées, comme nous a permis de le voir un bon nettoyage

 

   

 

   
  Boîte 10,5 x 5 x 3  

 

 

Poids LZ 100g (la bonne foi) ; F (couronne de laurier)F 50g (la bonne foi) ; FF 20g (la bonne foi) ; DJ 10g (couronne royale : 1831 – 1848) ; FF 5g (la bonne foi) ; FF 2g (la bonne foi) ; FJ 2g (la bonne foi) ; J.V 1g (la bonne foi).

 

 

   
  Boîte 13 x 5,7 x 3,8  

 

 

Poids PV 200g ; PV 100g ; PV 100g ; PV 50g ; PV 20g ; ? 10g ; R.L 10g ; R.L 5g ; ? 2g ; ? 2g ; ? 1g.

 

Contrairement à la série précédente, les poids PV portent des poinçons primitifs, deux couronnes royales utilisées sous Louis-Philippe et de nombreux poinçons de contrôle sous forme de lettres : le poids de 200g en comporte 30, dessus-dessous. Ci-dessous le deuxième poids de 100g, avec ses deux couronnes, en bas de part et d'autre du P.

 

 

     
           Dessus : 11 poinçons de contrôle                                                    Dessous : 23 poinçons de contrôle  

 

 

Les Poids en laiton chromé

 

   

 

   
 

     Poids  200g, 100g, 50g, 20g, 10g, 5g.

 

 

         
  Couronne royale     T     la bonne foi  

 

Ce type de poids était utilisé dans les métiers de bouche pour des raisons d'hygiène. La couronne correspond-elle à l'époque de Louis-Philippe (1831-1848) ?

 

 

Des Poids particuliers

                                                            

   
                           Poids postal pour peser le courrier
                     Loire                   30 GRAM  POSTES
                     2,2 x 2
 

 

 

     
     Poids bancaires et/ou notariaux
   Rhône        1000 et 500 FRANCS OR
   4 x 4 et 3,5 x 3,5
 

 

 

     
     Poids en alliage gris
   Loire               100   50   10 GRAMMES J.V
   4 x 2,5     3 x 2    1,4 x 1
 

 

 

     
             Poids en cuivre (aucun poinçon) ?
         Loire                    Z7   200 g
         4,6 x 2,8
 

      

 

 

FIN

 

A.R.C.O.M.A.  NOS BALANCES A BRAS EGAUX ET POIDS