LES MÉTIERS DE L'IMPRESSION

 

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HISTOIRE DE LA STÉNOGRAPHIE

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STÉNOTYPIE

 

 

Bien que ce ne soit pas à proprement parler une technique d'impression, la sténographie permet d'enregistrer des paroles au fur et à mesure qu'elles sont prononcées, en utilisant des signes abréviatifs et conventionnels. Le texte imprimé sur une bande de papier est illisible pour un non initié. Il est ensuite retranscrit, le plus souvent à l'aide d'une machine à écrire.

Si les principes modernes remontent à la fin du XVIIIe siècle, les premières recherches pour accélérer l'écriture d'un discours sont beaucoup plus anciennes. A partir des années 700 av. J.-C., les scribes égyptiens adoptent l'écriture hiératique, plus rapide à graver sur les tablettes que les hiéroglyphes, pour rédiger des contrats, des textes juridiques... Le démotique apparait rapidement pour des textes religieux, administratifs ou littéraires : il ne disparaît qu'au Ve siècle de notre ère (voir notre article sur l'enseignement n° 1, de 3500 à 500 av. J.-C.)  Dès la fin du Ve siècle av. J.-C., les discours de Socrate sont "enregistrés" grâce à des termes abrégés. Au 1er siècle av. J.-C., il en est de même pour ceux de Cicéron. On retrouve cette utilisation de l'écriture rapide au début de notre ère et tout au long du Moyen-Âge : elle peut même faire l'objet d'un enseignement particulier destiné aux enfants. Tous les moyens sont bons : abréviations, signes spéciaux, symboles divers, suppression de consonnes, voire de syllabes,  points, accents… Les premiers essais de standardisation sont d'origine anglaise, au début du XVe siècle. A la fin de ce même siècle, Timothy Bright propose un système composé de 500 symboles. John Willis s'en inspire et publie en 1602 un traité qui sera réédité à 13 reprises. 29 signes géométriques donnent une écriture phonétique. Ce principe de base est utilisé, aujourd'hui encore, avec bien sûr, de nombreuses modifications. Nous sommes toujours en Angleterre : en 1786, Samuel Taylor imagine des symboles géométriques (droites, courbes, cercles, portions de cercles…).

En France, Jacques Cossard publie en 1651, la "Méthode pour escrire aussi vite qu'on parle", plus ou moins copiée sur celle des anglais. En 1792, Pierre Bertin reprend les symboles de Taylor, en l'adaptant au français. Il rédige le "Système universel et complet de la sténographie", qui n'est en fait qu'une traduction du manuel de Taylor. L'impulsion vient de l'Assemblée Nationale qui décrète que les débats des différentes assemblées politiques doivent être imprimés pour être connus du plus grand nombre. Au début du XIXe siècle, la sténographie se révèle indispensable dans l'archivage des affaires judiciaires, des débats scientifiques ou politiques, des entrevues journalistiques… La méthode initiale va subir des modifications tout au long du siècle. On retient le travail d'Hippolyte Prévost, élève de Bertin, qui crée des terminaisons, quelques signes initiaux pour représenter des voyelles, et les règles d'incompatibilité. Ses travaux sont poursuivis jusqu'en 1866 par son élève Delaunay. Parallèlement, Conan de Prépéan introduit la représentation des voyelles dans le corps des mots. Aimé Paris réduit l'alphabet à 16 signes en 1821, en utilisant un grand nombre d'angles aigus ; Emile Duployé s'empresse de réduire ce nombre d'angles en modifiant l'alphabet suivant en cela les recommandations de Condorcet : sa méthode, perfectionnée, prend le nom de "métagraphie". Au final, plusieurs méthodes sont utilisées au XXe siècle, en France : celles de Prévost-Delaunay, de Duployé et d'Aimé Paris-Guérin, sans oublier la brévigraphie de Raoul Duval, vers 1920.

Une autre méthode nait en 1837, en Angleterre, la méthode d'Isaac Pitman, une sténographie phonétique qui prend le nom de sténotypie, avec, pour base, les symboles de Samuel Taylor.

Ce procédé offre des possibilités jusque-là inconnues de saisir un discours, de 100 à près de 300 mots par minute. Cela suppose de la part du professionnel une énorme concentration, une attention qui ne peut être que de quelques minutes suivies d'une pause de 20 à 30 mn. L'enregistrement de débats parlementaires nécessite une équipe dont les membres se relayent toutes les 3 mn. Comme la dactylographie, la sténographie est d'abord un métier d'hommes, puis dès la fin du XIXe siècle, elle se féminise : dactylographe et sténographe ne sont qu'une seule et même personne. Un Syndicat général des sténographes et dactylographes est créé en 1889.

Impossible de traiter ici en détails toutes ces méthodes : nous n'en avons pas la connaissance et donc la compétence. Sites et forum sur Internet permettent de détailler le sujet : nous donnons quelques liens. Curieusement, ce procédé d'écriture rapide de la parole a été considéré comme un moyen moderne d'alphabétisation et d'éducation des masses. On retrouve cette notion dans le "Nouveau dictionnaire de la vie pratique" Hachette de 1923 :

"Un cours de sténographie permettant à ceux qui le suivent avec fruit, de pouvoir recueillir de 80 à 100 mots par minute, devrait exister dans tous les établissements d'enseignement secondaire :  en effet, grâce à ce procédé d'écriture, les jeunes gens appelés à suivre des cours d'une nature quelconque, pourraient recueillir non seulement la substance de ce cours, mais encore le mot à mot des certaines périodes plus particulièrement essentielles ou intéressantes. La seule mise au net en écriture courante constituerait pour l'étudiant une répétition efficace de la leçon qu'il aurait suivie".

Pas si bête ! On se souvient de ces cours pris à la va-vite dans ces amphithéâtres bondés. L'écriture s'en est ressentie : oubliés les pleins et les déliés, voire même la forme des lettres et la rédaction de documents souvent illisibles, y compris par leurs rédacteurs.

Sans doute, la sténographie a quasiment disparu dans ses utilisations originelles. D'autres techniques l'ont remplacée, notamment l'ordinateur et ses dérivés. Parmi celles-ci, la vélotypie qui permet d'afficher, en simultané, sur un écran de télévision,  le discours d'un homme politique ou autre, à destination des sourds et malentendants. Une technique qui réclame encore une grande concentration, une parfaite connaissance de la langue française et de l'orthographe, une grande dextérité. La méthode permet d'enregistrer des syllabes qui vont composer le mot. Chaque touche du vélotype correspond à une lettre, mais contrairement au clavier AZERTY, la vélotypiste appuie simultanément sur plusieurs touches, fait un accord de lettres  qui donne une syllabe. Par exemple, le mot "entreprise" est formé de "entre" et "prise", donc deux frappes seulement, au lieu de dix pour imprimer les dix lettres séparément. La France ne dispose que d'une dizaine de vélotypistes.

Près de 3 millénaires nous séparent de l'écriture hiératique égyptienne : le désir d'aller plus vite, de mieux communiquer, de reproduire avec exactitude les dires des "grands", quel que soit leur domaine, n'a fait que croître.

 

   
                                                                         Quelques signes utilisés en sténographie  

    

 

 

FIN

 

Bibliographie

Grand dictionnaire encyclopédique Larousse, imprimerie Jean Didier, mars 1985

Nouveau dictionnaire de la vie pratique, Librairie Hachette, 1923

La sténographie, Wikipedia, 2021

 

Autres liens intéressants (ils sont très nombreux) :

La brévigraphie, Wikipedia, 2021 

La vélotypie, SurdInfoService, 2021

 

 

 

A.R.C.O.M.A.  LA STÉNOGRAPHIE