HISTOIRE DE LA GANTERIE

 

 

 

Difficile de parler de la ganterie dans une vallée où il n'y avait pas d'élevage de chevreaux ou d'agneaux. Les eaux du Mont Pilat auraient pourtant été propices au traitement du cuir et à l'installation de tanneries : nous avons vu qu'il y en avait une à Saint-Chamond. Par contre, à l'évidence, la matière première manquait, même si la région stéphanoise a fourni des peaux d'agneau aux ganteries millavoises. Bien sûr, et comme dans la plupart des régions de France, nous trouvons des fabrications de gants en dentelles, en tissus (coton, soie…).

Notre région a tout de même brillé en ce domaine grâce aux gantiers de Grenoble en concurrence avec une autre ville, Millau, en région Occitanie, donc mitoyenne de notre région Auvergne-Rhône-Alpes.

Par définition, un gant est un objet fait de peau, d'étoffe (coupée, tissée, tricotée) ou de tout autre matériau (métallique, de synthèse, non tissé, ignifugé, etc.) qui épouse la forme de la main et des doigts ou couvre la main jusqu'au poignet ou plus haut et qui est utilisé comme accessoire de l'habillement, comme protection, et dans diverses activités.

Les premières représentations datent du paléolithique supérieur, il y a 20 à 40000 ans, ce que semblent montrer des peintures rupestres, près de Marseille (exagérations locales bien connues ou réalité ? Nous n'avons pas pu vérifier). Quelle en était leur utilisation ? Contre le froid, contre le soleil, contre les blessures dans la forêt ..? Des gants militaires ont été retrouvés en Egypte, datant du XIVe siècle avant J.C. Pour certains auteurs, les gants seraient d'origine perse ; ils sont cités dans la Bible et par Homère. Cet objet de l'habillement a donc, à son origine, un rôle protecteur. Ce sont, d'ailleurs, plutôt des mitaines ; le cuir est utilisé avec les poils, à l'intérieur ou à l'extérieur. Il enveloppe globalement les doigts de la main comme une moufle. A partir du VIIe siècle, il acquiert une autre fonction et marque la supériorité d'un personnage, laïc ou religieux : gants de pourpre, ornés de pierreries, à doigts séparés plus tard. Au cours du Moyen-Âge, il participe à l'acte juridique, notamment dans le cadre d'échanges. Sur le plan militaire, il fait partie intégrante de l'armure. Il est donc fabriqué par …l'armurier ! Au XIIe siècle, il est fait de peau épaisse renforcée ou non de mailles de fer, jusqu'à devenir, à partir du XIVe siècle, l'appareil complet de plates articulées qui demeure en honneur jusqu'au XVIIe siècle. Les gantelets se divisent en miton ou gantelets à doigts non séparés, et en gantelets à doigts libres dont un des types primitifs est le "gagne-pain". Dans la vie civile, le gantier utilise des peaux fines, du velours, de la soie… Le gant est aussi un moyen de provoquer l'adversaire, de lui demander réparation d'une offense : un gant relevé (ramassé au sol) est synonyme d'acceptation du duel. Il est utilisé par les fauconniers, les veneurs (gants à peau épaisse : cerf, chien) et des artisans ; pour protéger paume et doigts de la morsure du fil ou du contact des outils, bourreliers, cordonniers, relieurs, selliers, chapeliers s'équipent d'un gantelet appelé aussi manicle.

A la demande de Louis IX (Saint Louis), les gantiers soumettent leurs statuts vers 1268 au prévôt de Paris, Etienne Boileau. Ils sont intégrés au Livre des métiers, titre LXXXVIII. Le droit de s'établir nécessite l'achat de la fonction qui bénéficie, en partie, au grand chambrier du roi. Assistés d'apprentis sans limitation du nombre, ils confectionnent les gants de peau : chamois, buffle, cerf et …chien. L'utilisation d'autres matériaux est réservée aux chapeliers de coton, qui deviennent au XIVe siècle chapeliers de gants de laine et de bonnets. A Paris, chaque maître ouvre sa boutique un dimanche sur six. Ils sont 24 maîtres gantiers vers 1268, 21 en 1292, 42 en 1300.

Entre le XIIIe et le XVe siècle, les gantiers sont appelés cirotecarii (de chirotheca). Les gants sont encore, à cette époque, l'apanage de l'homme, même si certaines femmes de haut rang commencent à en porter, en particulier en chevreau, un cuir mince et souple : c'est le cas de Marie d'Anjou, reine de France, épouse de Charles VII. Ils sont indispensables pour être élégant. Les jeunes damerets les passaient à leur ceinture. Sous Charles IX, on peut voir des gants montant jusqu'au coude : un code de maintien est attaché à la façon de les porter, de les quitter… Les gants d'Espagne sont, de loin,  les plus renommés ; viennent, ensuite, ceux d'Allemagne. C'est en ce XVIe siècle que les femmes commencent vraiment à se parer de cet accessoire, peut-être à l'initiative de Catherine de Médicis. Le gant peut être parfumé, brodé, souvent avec crevés qui permettent d'apercevoir les bagues. Au siècle suivant, l'inventaire des biens d'Anne d'Autriche montre qu'elle en possède trois cents paires. Sous Louis XIV, les longues gardes évasées sont bordées de franges de soie. A partir de Louis XV, les parements ne demeurent en honneur que dans les gants militaires, où le crispin de buffle sert à garantir le poignet contre les coups de sabre.

Petite parenthèse :

Les gants sont parfumés pour ôter l'odeur forte du cuir. Les gantiers, fabricants de parfums et de divers articles d'hygiène, ont le titre supplémentaire de parfumeurs, en 1614, essentiellement à Paris. De cette époque, datent les boîtes à gants, bien différentes de celles de nos véhicules, qui contiennent des fleurs séchées odorantes. En 1689, nos gantiers parfumeurs deviennent gantiers poudriers-parfumeurs grâce à la fabrication de la poudre à poudrer, au grand dam des barbiers, des merciers et des amidonniers. La matière première en est la farine et l'amidon, tamisés et parfumés. Cet usage remonte à la fin du XVIe siècle et concerne toute la hiérarchie sociale, du roi Henri III, fardé comme une vieille coquette, le visage empâté de blanc et de rouge, les cheveux couverts de poudre musquée, aux filles les plus pauvres qui saupoudraient de poudre de bois pourri qu'on trouve parmy les vieux bastimens aux poutres et pièces de bois sur lesquels il n'a point pleu. Une femme veuve cessait de se poudrer, au moins momentanément. Cette mode perdure ainsi plus de deux siècles : "L'usage modéré de la poudre tient autant de la bienséance qu'à la commodité, et il a été regardé comme de première nécessité chez tous les peuples policés".  Ainsi s'exprimait, en 1786, Jean-François Sobry, éditeur, écrivain et … commissaire de police.

Fermons la parenthèse.

Au XVIIIe siècle, les gants ne vont plus être parfumés. Ils se portent longs ou mi-longs, venant prolonger les manches courtes des robes. La Révolution met un terme à ce signe de richesse en interdisant le port des gants longs, en autorisant l'utilisation, sans excès,  de gants courts surnommés Amadis. Sur un plan économique, cette interdiction entraine faillites et chômage dans la région grenobloise où le nombre de ganteries a été multiplié par 5 durant ce siècle des Lumières. Il faut attendre l'Empire et Joséphine de Beauharnais qui relance la mode des gants longs, avec retour des manches courtes : elle en utilise près de mille paires par an ! L'autorisation impériale relance ainsi la production et la consommation tout au long du XIXe siècle : " les tiroirs d'une élégante en contiennent une appréciable quantité : gants de suède pour le bal ou les visites, gants de daim pour monter à cheval, gants de chevreau pour aller aux courses, gants blancs ou beurre frais pour le soir, gants de couleur pour le jour, sans compter les nombreuses paires choisies trop étroites par coquetterie et qui se déchirent au premier essayage…". La décoration ne comporte plus seulement les trois nervures sur le dessus de la main, mais aussi des broderies de soie de différentes couleurs ou en or, ou encore des rubans…

Si ces gants sont luxueux, ils ne sont pas toujours bien adaptés à la main. La découpe des "doigts" se fait soit aux ciseaux, soit à l'aide d'un gabarit, la découpe se faisant alors avec un tranchet en suivant les contours de la forme : les gants ne sont donc jamais identiques. Deux inventions du grenoblois Xavier Jouvin permettent alors de standardiser et d'améliorer la fabrication des gants : " Ayant étudié de très près à l'hôpital de Grenoble les mains des morts, il observa, en 1830, qu'il existait une proportion mathématique entre la longueur et la largeur de la main. Partant de ce principe, il établit des modèles qui portent son nom encore aujourd'hui. Grâce aux calibres Jouvin, l'ouvrier s'occupe uniquement d'obtenir la largeur demandée, la longueur est ensuite obtenue très facilement". A partir de ce constat, il réalise, en 1834, une classification des tailles de mains aboutissant à une suite de 320 pointures. Dix ans plus tard, Xavier Jouvin invente un emporte-pièce, la main de fer, qui permet une découpe parfaite de plusieurs gants (jusqu'à 6) en même temps, aux dimensions de la main : 32 pointures nécessitent 32 mains de fer. Phénomène sociétal ou relation de cause à effet, la mode du gant prend un nouvel essor à partir de cette époque. L'impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, donne l'exemple et use abondamment de cet accessoire vestimentaire : 144 paires dans une seule commande aux gantiers grenoblois : peau de suède (ou daim), couleurs beurre frais, blanche ou noire. Cette commande fait suite à un don des gantiers locaux de 25 douzaines (300) paires de gants brodés d'or et d'argent : un juste retour ! Grenoble produit alors 1 million de douzaines de paires de gants, dont 60 % partent en Angleterre !

D'autres modèles apparaissent en cette même période : gants à bouton-pression – la fermeture se faisait jusqu'alors par laçage, bouton de nacre -, gants lavables et gants bon marché - en agneau, façon chevreau - pour une démocratisation…

Avec le XXe siècle, arrivent des changements de mode liés en partie au désir de développer son commerce. Les bijoutiers veulent que leurs clientes exhibent leurs bagues : les gantiers répondent en fabriquant des gants sans doigts. Les tissus remplacent le cuir : les critiques de mode condamnent "ces vilains gants de fil" et les gantiers de peau lancent une campagne publicitaire d'envergure, en 1913, sur tous les grands magazines de l'époque.

Les gants de tissu dont le coût est moins élevé et la production plus variée en couleur, en décoration vont progressivement s'imposer. C'est ainsi qu'est créée par la ganterie de peau Perrin la société "Valisère ou Société anonyme grenobloise de gants d'étoffes" qui dispose d'une unité de fabrication de tissus. D'autres suivront.

La ganterie de peau n'est pas pour autant morte. La mode et les innovations se succèdent : gants fantaisie, gants de couleurs, gants noirs, gants longs, demi-longs, courts, gants assortis au sac et à la ceinture, jusqu'à la fin des années 1930.

Aujourd'hui, le gant a retrouvé son rôle protecteur en particulier contre le froid, les frottements contre des matières agressives. C'est le cas pour le sport, certains travaux du bâtiment… Utilisé surtout en hiver, et malgré une nouvelle tentative de réaliser des gants parfumés (gantier Agnelle et parfumeur Guerlain, dans les années 2010), il n'a plus ce rôle d'élégance tant recherché au cours des siècles précédents.

Ce désamour n'est pas sans conséquence sur les ganteries françaises. Trois sites étaient particulièrement importants : Grenoble, Millau et Saint-Junien. Au total, plusieurs centaines de gantiers participaient à la renommée de la ganterie française. La domination de ces sites s'explique par la proximité des élevages : chevreaux à Grenoble, agneaux (regords) à Millau. Si les gantiers parisiens furent les premiers à disposer de statuts, ils ne sont jamais parvenus à s'imposer, faute de matière première.

Saint-Junien s'est surtout concentrée sur la préparation des peaux d'agneau du fait de la pureté des eaux de la Vienne. Sa production de gants a été faible, de l'ordre de 10 % du total. A citer, également, d'autres fabriques à Niort, Chaumont, ou encore Allevard et La Mure (en Isère) et Saint-Affrique(Aveyron), ces dernières étant des annexes des grands centres.

On peut considérer que l'apogée de la ganterie française se situe entre 1850 et 1930.

Quel fut le premier centre de ganterie français : Grenoble ou Millau ? Nous n'avons pas trouvé de date précise. On doit se contenter de "Bas Moyen-Âge".

 

Les gantiers grenoblois semblent développer leur artisanat avant leurs collègues de Millau, dès le XVIe ou le XVIIe siècle : on l'a vu, l'apprentissage y est plus renommé qu'à Millau. A la fin du XVIIIe siècle, le client le plus important est l'Angleterre. Révolution, guerres, taxes d'importation vont voir sa clientèle diminuer alors que, dans le même temps, la matière première, les peaux sont exportées en franchise. Le retour du libre-échange sous le second Empire, notamment avec l'Angleterre et les Etats-Unis, donne un second souffle considérable aux grenoblois. Même si la main de fer est dès lors utilisée dans le monde entier, la compétence des ouvriers permet d'obtenir une qualité inégalable. Encore faut-il savoir diversifier sa clientèle. En cette fin de XIXe siècle, la population ciblée est toujours la même : l'aristocratie et la haute bourgeoisie. Les peaux brutes de chevreaux viennent du Dauphiné et du Vivarais ; elles sont traitées à Annonay. Les ouvriers sont payés à la pièce. L'ouvrier principal est le coupeur. Sur la peau mégie et teintée, il réalise, après humidification de la peau, un étirage avec un couteau à déborder à patelle sans tranchant. Il procède, ensuite, à un dolage ou raclage au couteau - le doloir - qui lisse et amincit, puis le dépeçage qui consiste à couper dans une peau, après étirement et en tenant compte de ses défauts le plus grand nombre de rectangles (correspondant à la paume et aux quatre doigts de la main), de pouces et de fourchettes (bandes latérales des doigts). Ce travail est souvent effectué à domicile. A l'atelier, on fend les gants avec la main de fer et la presse à balancier. C'est, ensuite, aux couturières d'assembler les différentes pièces, toujours à domicile. Mis à part un petit investissement de départ le patron se contente de distribuer le travail : le nombre d'entreprises est ainsi multiplié par 3 durant le second Empire : de 60 à 180, auxquelles il faut ajouter des mégisseries, des teintureries. Pour sortir du lot, le seul moyen est de privilégier la qualité. Sur le plan commercial, le patron reste chez lui : il prépare un stock et attend le client. Des grossistes, alors, ont beau jeu d'acheter à des prix bas, surtout en période de surproduction.

Cette période faste subit ses premiers soubresauts en 1872.  La première alerte vient de l'étranger : Autriche,  Luxembourg, Belgique, puis Italie, Allemagne qui produisent des gants moins chers en agneau après traitement donnant à cette peau l'aspect de celle du chevreau, beaucoup plus chère. Cela est aussi vrai pour les gants d'étoffe. A cela, il faut ajouter une production locale croissante, en particulier aux Etats-Unis, jusque-là gros importateurs et l'application d'un protectionnisme (déjà !). Enfin, l'importation de ces gants bon marché attire la clientèle française modeste. Justement cette clientèle cherche à suivre la mode très changeante : posséder plusieurs paires de gants suivant l'activité, oui, mais au moindre coût. Les gantiers grenoblois continuent, pourtant, à privilégier la qualité qui n'est plus exigée par cette nouvelle clientèle. Enfin, se pose le problème des coupeurs, des ouvriers très qualifiés, au salaire élevé (!?) qui refusent une diminution de leurs avantages. Ils menacent de rejoindre l'activité industrielle naissante en quête de personnel. La seule solution est alors de vendre la production pourtant luxueuse à prix réduit.

Heureusement, sous l'impulsion d'un des leurs, Valérien Perrin, les gantiers grenoblois vont enfin réagir, au tout début du XXe siècle. D'abord, par une concentration des entreprises, suite à de nombreuses faillites. Les ouvriers travaillent désormais dans l'usine, très rarement à domicile. La politique commerciale évolue également : plutôt que d'attendre le client, un grossiste, on va au-devant de l'acheteur potentiel, on vend dans ses propres magasins, en France comme à l'étranger. Mais ce n'est pas tout. Si le chevreau reste la matière première d'excellence, d'autres peaux sont dès lors utilisées, venant presque du monde entier : agneau, mouton, pécari, renne… Enfin, avec l'apparition de machines-outils, la production s'accélère, la rentabilité augmente : ébourrage, écharnage, habillage, foulonnage, palisson, teinture qui reste, en partie, manuelle, dolage, couture avec des exceptions, broderie, dressage… Les gantiers grenoblois ont ainsi remonté la pente, sans négliger les gants d'étoffe qui attire la clientèle la plus modeste.

Cette renaissance ne dure pas longtemps, malheureusement. En perte de vitesse jusqu'à la fin des années 1940, les gantiers grenoblois semblent se relever entre 1947 et 1952. La concurrence étrangère, en particulier italienne, grâce à des produits moins chers, met quasiment fin à cet artisanat devenu industrie. En 2021, Grenoble ne compte plus que deux gantiers : Lesdiguières, fondée en 1885 et FST Handwear.

Le travail de la peau d'agneau remonte au XIIe siècle à Millau : divers registres citent des pelletiers (travail et négoce des fourrures), des boursiers et des parcheminiers. L'apprentissage des gantiers est évoqué à partir du XVIe siècle. "En 1750, Antoine Guy, un Millavois qui avait fait son apprentissage à Grenoble et voyagé en Allemagne et en Suisse, amena à Millau 11 ouvriers du Dauphiné apportant de meilleurs procédés de coupe et de fabrications de gants". Il semble que ce soit en ce XVIIIe siècle que les gantiers de Millau deviennent autonomes. Certains vont même partir à l'étranger : la délocalisation commence, en Pologne. Mais le véritable bon en avant est lié à l'invention de la main de fer par Xavier Jouvin, un grenoblois. Dès 1849, le brevet tombe dans le domaine public, améliorant la qualité, donc l'utilisation et la production des gants. Bien que moins nombreuses, les ganteries millavoises vont progresser plus rapidement que leurs homologues grenoblois, peut-être grâce à une politique commerciale plus moderne. La fabrication répond à des commandes de grossistes, parfois étrangers, de grands couturiers parisiens. Il n'y a donc pas de stock à brader. Les ganteries les plus importantes n'hésitent pas à faire de la publicité dans les revues féminines, à proposer des expositions, à installer des vitrines dans les grands hôtels, à livrer à domicile par voie postale… C'est ainsi que Millau prend la première place devant Grenoble en 1931 avec une production de  292 000 paires de gants contre 269 000. Cette réussite tient essentiellement au marché français, les marchés étrangers s'adressant surtout aux grenoblois.

Les peaux d'agneau proviennent du causse voisin, mais aussi, beaucoup plus tard,  du sud de la France : Toulouse, Perpignan, Nîmes, l'Afrique du nord, via Marseille… Parmi les fournisseurs étrangers, citons l'Espagne, l'Italie, plus rarement des pays méditerranéens, moyen-orientaux ou d'Amérique du sud (pécari). D'autres peaux ont pu être utilisées comme le renne, l'antilope, mais de façon anecdotique.

La main d'œuvre est locale, très spécialisée : les successions des ouvriers se font de père en fils, de mère en fille. Là encore, l'ouvrier principal est le coupeur, toujours un homme. Il semblerait que celui-ci exerce seul les trois premières phases de la fabrication, alors qu'à Grenoble celles-ci puissent faire appel à deux ou trois ouvriers très spécialisés. Il exerce après un apprentissage de 18 mois, effectué dans l'entreprise elle-même et terminé par un examen théorique et pratique. Comme à Grenoble, l'assemblage et les finitions très variées sont réalisées par des femmes. Il faut compter trois femmes pour un homme, ce qui montre l'importance de la qualité de cet assemblage. Toujours en 1931, les ganteries grenobloises occupent 5200 femmes et 1700 hommes, contre 2800 et 1000 à Millau. L'atelier semble avoir une place plus importante qu'à Grenoble : le travail y est effectué à 25 % pour les femmes, à 50 % pour les hommes.

Comme on l'a vu pour Grenoble, la mode, la guerre, les concurrences internationales vont toucher profondément la profession. De 66 ganteries en 1931, il n'en reste que trois : Causse Gantier Millau fondée en 1892, L'Atelier du Gantier depuis 1989 et Maison Fabre Millau créée en 1924 qui respectent toujours la tradition de la qualité française et diversifient leurs productions soit dans la production des gants, soit dans la réalisation d'autres accessoires vestimentaires : sacs, ceintures…

Sans doute, y aurait-il beaucoup plus à dire. Internet propose de très nombreux sites dédiés à ces entreprises. Nous espérons simplement avoir donné un résumé fiable de l'évolution de la demande et, donc, de la production des gants au fil des siècles, dans de entreprises qui allient artisanat et industrie.

 

 

 

FIN

 

 

Bibliographie

A.Franklin, Dictionnaire Historique des Arts, Métiers et Professions exercés dans Paris depuis le treizième siècle H. Welter éditeur en 1906 réédition Bibliothèque des Arts, des Sciences et des Techniques, 2004

Grand dictionnaire encyclopédique Larousse, imprimerie Jean Didier, mars 1985

D. Boucard, Dictionnaire des métiers, éd. Jean-Cyrille Godefroy, 2008

D Boucard, Les outils taillants, éd. Jean-Cyrille Godefroy, 2000

Fédération de la Ganterie Française, Gant de France

GFC 2020 Le gant, un héritage des siècles passés,

L-E Courrier, La ganterie à Millau, Persée, 1934

G. Veyret-Verner, L'évolution de la ganterie grenobloise depuis le dernier tiers du XIXe siècle, Persée, 1941

J. Martin, Les gantiers de Grenoble, 2019 l