PAYS DU GIER
HISTOIRE DES ARMURIERS
Tout avait bien commencé pour notre pays du Gier. Dès le début du XVe siècle, les fourbisseurs locaux exportent des haches de guerre. Un siècle plus tard, les premiers armuriers (abus de langage : on devrait dire arquebusiers, les armuriers fabriquant les armures) fabriquent des arquebuses, des hallebardes…1
La présence de charbon et de minerai de fer suffisent, dans un premier temps, à faire naître le travail des métaux. Du minerai de fer à faible teneur est présent dans les carrières de grès exploitées, ça et là, pour la construction des maisons. La plus importante mine de fer se trouve au Parterre à quelques centaines de mètres du château.1
J. Combe, dans son ouvrage sur Saint Martin la Plaine, rappelle un évènement historique qui devait être le point de départ de la spécialisation dans l'armement de Saint Etienne et de la vallée du Gier. A Marignan, au soir du 15 septembre 1515, le roi François 1er prend avis auprès de ses conseillers :
Ces damnés Suisses d'Uri et d'Unterwald, affirma le Connétable de Bourbon, nous ont donné bien du fil à retordre.
- A quoi cela peut-il tenir ? demanda le roi. Ce n'est pas qu'ils soient plus braves que nous, Messieurs, et même que nos gens.
- Sire, insinua Genouillac, peut-être sont-ils mieux armés.
- Le fait est, dit François 1er, qu'au point de vue armes, nous retardons un peu en France. Mon frère d'Autriche a les forges de Styrie et du Hartz, mon cousin d'Espagne, avec qui je me brouillerai, peut-être, a Tolède, le Grand Turc, avec qui je conclurai, sans doute, une alliance, a Damas. Il me faudrait quelques bonnes forges ou quelques fonderies.
- Sire, dit M. de la Palice, il est non loin de mon pays roannais, une vallée où vous n'aurez aucune peine à établir des forges puisqu'elles existent déjà.
François 1er dit en souriant :
- Il ne s'agit donc que de les organiser et de les développer de bonne façon.
- M. de la Palice a, comme toujours, raison, déclara Bayard. J'ai vu, provenant de la Vallée du Gier, d'excellentes arbalètes, arquebuses et hallebardes et, même, d'autres armes.
- Est-ce de cette région, Chevalier, demanda François 1er que vous tenez votre épée.
- Oui, Sire.
- Il suffit, je ne l'oublierai pas.2
Vrai ou histoire romancée d'écrivain ? Notre vallée était bien partie pour voir s'installer une industrie prospère. Le roi y envoya un expert, pour mettre en place une fabrique royale d'armes. Pour notre grand malheur, ce Sieur Georges Virgile porta son choix sur Saint-Etienne "en considération des mines qui produisaient en abondance une qualité de charbon, des carrières qui donnaient d'excellentes pierres pour le polissage et l'aiguisage des métaux, de nombreuses chutes d'eaux utilisées ou à utiliser, de la population importante de forgerons et d'ouvriers habiles à façonner toutes sortes d'ouvrages.2"
Sans doute, quelques artisans continuèrent à produire quelques armes dans notre vallée, riche, aussi, en chutes d'eaux et en main d'œuvre qualifiée.
A la fin du XVIIe siècle, on trouve sur la commune d'Izieux (traversée par le Gier) des aiguiseurs de lames d'épée.3
Sous la Première République, à Saint-Martin-la-Plaine, François Marrel fournit des boulets ramés aux arsenaux de Grenoble et de Toulon2 : on est, déjà, loin des arquebuses.
Au XIXe siècle, l'armement change de dimension ; l'artisanat disparaît peu à peu. L'industrie prend le pas. Sous l'impulsion de Jackson, Pétin et Gaudet, naît, en 1854, La Compagnie des hauts Fourneaux, Forges et Aciéries de la Marine et des Chemins de Fer, qui va se spécialiser, notamment, dans le blindage des navires. A la fin du siècle, elle devient la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine et d'Homécourt qui trouve dans les guerres de 14-18 et 40-45 une source de développement considérable (canons, obus…). La fin de la guerre est, aussi, synonyme de la fin de la vie de cette entreprise dans l'armement.
En 1971, le ministère de la Défense crée le Groupement Industriel des Armements Terrestres (GIAT) qui devient GIAT Industries en 1990, regroupant une dizaine d'établissements sur le territoire national. Celui de Saint Chamond est spécialisé, sur le plan militaire, dans les tourelles, le montage des véhicules blindés légers, le montage des armes de petit calibre. Dans le cadre d'une diversification, certains ateliers s'intéressent à l'aérospatiale, à l'océanographie, à l'astronomie…En 2004, le site de Saint Chamond ferme définitivement ses portes.4
Ainsi finit l'histoire des armuriers du Pays du Gier, mais aussi de Saint-Etienne. Bien sûr, il reste quelques armuriers sur Saint-Etienne. La concurrence étrangère, européenne, est cependant trop forte. Que restera-t-il de tout ce savoir-faire dans 20 ans ?
Notre intérêt pour le Pays du Gier et l'artisanat expliquent l'absence d'historique soit pour des entreprises proches, comme la Manufacture Royale d'Armes de Saint-Etienne, créée en 1764, soit pour le changement de nom de Saint Etienne en Armeville, par décision de la Convention, en 1793.
Rhône Pistolet de voyage XVIIIe siècle
1 R. Defay, Le Jarez d'hier et d'aujourd'hui, n° 37 et 38, Amis du vieux Saint Chamond, Reboul imprimerie 2001
2 J. Combe, Saint Martin la Plaine, Ed. Dumas, 1960
3 J. Lapourré, Histoire de la ville d'IZIEUX, Imprimerie de la Loire Républicaine, Saint Etienne, 1921 (Réédition par
les Amis du Vieux Saint Chamond, Reboul imprimerie, 1990)
4 G. Chaperon, Saint Chamond, au fil du temps, Actes graphiques, 2010