PAYS DU GIER
HISTOIRE DES COUTELIERS
Dans sa description la plus large (un manche, une lame tranchante), les couteaux existent depuis la plus haute antiquité. Plus près de nous, nos ancêtres ségusiaves forgent leurs couteaux, leurs épées, leurs armes blanches… D'après Franklin, la première allusion au coutelier se trouve dans le dictionnaire de Jean de Garlande, dans la première moitié du XIIIe siècle : il y est considéré comme marchand, et non fabricant, de couteaux de table, de poche, de stylets pour écrire… Pour la fabrication, deux communautés se complètent : les fèvres-couteliers, pour forger les lames et les couteliers, faiseurs de manche. Ces derniers travaillent différents matériaux, ce qui les autorisent à fabriquer des peignes : feseeurs de manches à coutiaus d'os et de fust et d'yvoire, et faisierres de pignes d'yvoire, et enmancheeurs de coutiaus. Ces deux corporations déposent leurs statuts, vers 1268, auprès d'Estienne Boileau, prévôt des marchands de Paris. Vers la fin du XVe siècle, elles sont réunies et rejointes par les esmouleurs de grandes forces ou rémouleurs.
A la fin du XVIe siècle, de nouveaux statuts élargissent le champ d'action des couteliers. Ils "étaient autorisés à fabriquer des lames d'épées, de dagues, de pertuisanes, de hallebardes et autres bâtons servans à le deffense de l'homme, des forces, des ciseaux, des instruments de chirurgie, des étuis de mathématique, des couteaux, des canifs… Ils pouvaient dorer et graver tous les objets de leur fabrication, et des lettres patentes du 15 mars 1756, accordées à la suite de discussion avec les orfèvres, les autorisèrent à fondre et employer les matières d'or et d'argent dans leur ouvrage. Aussi s'intitulaient-ils officiellement couteliers-graveurs et doreurs sur fer et sur acier".
Franklin recense une cinquantaine de couteaux différents, suivant la forme, le métier…
Jusqu'au XVIIe siècle, le couteau à trancher (la viande) est un objet rare, mais aussi luxueux. En France, lors d'un repas, 2 ou 3 couteaux suffisent pour tous les convives, contrairement à ce que l'on peut voir en Italie ou en Suisse. Le luxe se voit dans les foyers les plus riches, avec des variantes suivant les fêtes : couteau à manche d'ébène pendant le carême, d'ivoire pour Pâques, d'ébène et d'ivoire pour la Pentecôte.
Comme on peut s'y attendre, notre Pays du Gier, riche en forges et en mines de charbon, a hébergé quelques couteliers. Rien à voir, toutefois, avec notre presque voisin, la ville de Thiers, capitale du couteau, encore aujourd'hui. Une fois de plus, on ne trouve pas d'histoire, à proprement parler, de ces artisans.
Gérard Chaperon, en exploitant les registres paroissiaux, nous en cite deux, situés dans le centre de Saint Chamond : en 1664, François Jalabert, coustellier et, en 1670, Baptiste Coignet, coutelier, Grande Rue. Dans un espace temps aussi court, on peut penser qu'il y en eut beaucoup d'autres, dès le moment où les mines de la vallée furent exploitées.
J. Lapourré, dans son livre sur Izieux, commune rattachée aujourd'hui à Saint-Chamond, nous parle d'aiguiseurs de lames d'épée, dès la fin du XVIIe siècle, qui utilisent la force hydraulique de la rivière Gier. A propos de ce métier, Bernard Plessy reprend un texte des Souvenirs stéphanois, de M. Fournier, décrivant le travail de ces ouvriers : "Les aiguiseurs de sabres, qui se tenaient accroupis devant la meule et recevaient de très près la fatale poussière, étaient encore plus touchés [que les polisseurs de fusils]. Ils se protégeaient la bouche et le nez d'un mouchoir noué derrière leur tête. Faible moyen de protection qui n'empêchait pas le grès pulvérulent d'atteindre leurs poumons et d'y exercer ses ravages"
J. Combe cite, également, la coutellerie comme activité importante dans le Bassin stéphanois. Dans la vallée de l'Ondaine, "de l'autre côté de Saint-Etienne", en 1788, les coutelleries du Chambon-Feugerolles exportent leur production dans toute la France… Et du côté de notre vallée, à Saint-Martin-la-Plaine, il évoque quelques métiers artisanaux locaux (il y avait d'autres spécialités comme les chaînes, les boulons…), dont la coutellerie :
…"Les lingots de métal étaient d'abord traités dans les fenderies. Elles étaient situées à proximité de la route de Lyon au Puy, la seule praticable pour des tonnages assez élevés, au voisinage des mines de houille, dont elles consommaient une grande partie et sur des rivières déjà puissantes. Il y en avait 3 sur l'Ondaine et 8 sur le Gier". On trouvait également des ateliers beaucoup plus simples portant le nom de "martinets". Leur outillage consistait en un marteau mû par une chute d'eau et servant à étendre l'acier en plaques pour les armes blanches et la coutellerie. Les fenderies et les martinets de la vallée du Gier fournissaient la matière première aux industries de transformation, clincaillerie et armurie. La première industrie groupait une foule de branches : serrurerie, ferronnerie, clouterie, coutellerie, enfin production des ustensiles si nombreux et variés qu'on désigne encore aujourd'hui sous le nom de quincaillerie"
Claudius Chomienne, évoquant l'histoire de la famille Marrel de Saint-Martin-la-Plaine, nous apprend que l'aîné des fils Marrel organise avec son beau-frère, M. Boucher, une fabrique de fers à dessins et de fers à couteaux, à St Chamond, au lieu-dit de Langonand. On n'est plus dans l'artisanat, mais dans la Révolution industrielle du XIXe siècle. Cette fabrique fermera ses portes en 1898.
Bibliographie
Gérard Chaperon, Saint Chamond Au fil du temps, Actes graphiques, Saint-Etienne, 2010
J. Combe, Saint Martin la Plaine, Editions Dumas, Saint-Etienne, 1960
Alfred Franklin, Dictionnaire Historique des Arts, Métiers et Professions exercés dans Paris depuis le treizième siècle, H. Welter éditeur
éditeur en 1906 réédition Bibliothèque des Arts, des Sciences et des Techniques, 2004
J. Lapourré, Histoire de la ville d'Izieux, Imp. De la Loire Républicaine 1921, Réédition 1990 par les Amis du Vieux Saint Chamond
Reboul Imprimerie Saint-Etienne
Claudius Chomienne, Histoire de la ville de Rive-de-Gier, Le Livre d'histoire-Lorisse Paris 2003 – Réédition du livre paru en 1912
Bernard Plessy, La vie quotidienne en Forez avant 1914, Ed. Hachette 1981