HISTOIRE DE L'ENSEIGNEMENT

 

I

 

Du IVe millénaire avant J.C.  au Ve siècle de notre ère

 

Seul un esprit éduqué peut comprendre une pensée différente de la sienne, sans la cautionner pour autant.

                                                                                                                                                              Aristote

 

" Enseignement » et « éducation » sont deux mots presque synonymes qui pourraient s’employer l’un pour l’autre. Il existe cependant entre eux une légère nuance de sens : l’enseignement désigne avant tout la transmission des connaissances intellectuelles ; le mot « éducation », qui a pu s’employer à propos d’animaux, désigne le fait de mener un être à l’accomplissement de ses qualités propres ; pour l’homme, ces qualités humaines concernent l’esprit, le caractère et l’aptitude à la vie en société. Naturellement, enseignement intellectuel et formation morale ne vont jamais tout à fait l’un sans l’autre."

 Mme Jacqueline de ROMILLY, déléguée de l’Académie française, le 28 octobre 2008.

 

Qu'est-ce que l'enseignement ? Est-ce seulement dispenser des "connaissances intellectuelles", de l'écriture à la lecture en passant par le calcul, l'histoire…? A notre humble avis, certainement pas. C'est oublié tout l'enseignement pratique, manuel qui, dans l'histoire de l'humanité, a précédé l'enseignement dit "général". Sur cette base, il faut remonter à l'homme de Néandertal, il y a plus de 400 000 ans, voire même avant. A priori, à cette époque, pas d'enseignant spécialisé. Les connaissances, essentiellement pratiques, simplement pour survivre, sont transmises d'une génération à l'autre au sein de la famille ou de la tribu. On retrouve ce processus dans de nombreuses espèces d'animaux. Cela ne veut pas dire qu'aucune connaissance intellectuelle n'est transmise. L'observation joue certainement un grand rôle : alimentation (reconnaître les comestibles), écologie, climatologie, astronomie, médecine, pharmacie, arts de la chasse, de la guerre…, mots étranges pour cette époque, mais déjà d'actualités ! La survie est alors le maître-mot. On le retrouve chez l'Homo-sapiens avec des variantes liées, en grande partie, à la façon de trouver sa subsistance : le chasseur-cueilleur devient agriculteur-éleveur.

Aujourd'hui, cet enseignement existe toujours, soit au sein de la famille, soit au sein de structures où sont transmises les connaissances intellectuelles générales, pratiques, manuelles, voire morales. Nous pensons aux L.E.P et à l'excellence, aux Compagnons du Devoir.

 

Mises à part les fresques murales, nous n'avons pas d'éléments qui nous permettent de remonter très loin, et pour cause, la transmission est orale ou "concrète" (nos travaux pratiques). Il n'y avait pas d'écriture (du moins, jusqu'à preuve du contraire). L'écriture, la base de l'enseignement des connaissances intellectuelles, mais aussi l'aide indispensable à la mémoire humaine à notre époque. C'est ce que nous allons voir dans ce premier chapitre.

L'histoire de l'enseignement débute bien avant celle de notre Pays du Gier. Il nous est apparu intéressant d'élargir l'étude de ce thème et de remonter… au Déluge, c'est-à-dire au IIIe millénaire avant notre ère. A cette époque vivent les derniers mammouths laineux sur une île proche de la Sibérie. Mammouth et enseignement, deux mots qu'un ministre a su rapprocher en d'autres temps et pour des raisons bien différentes.

Les recherches archéologiques et anthropologiques nous amènent à SUMER, en Basse-Mésopotamie (sud de l'Irak actuel), dans le prolongement nord-ouest du Golfe Persique. C'est là qu'apparaît la "Civilisation" avec toutes ses composantes : "l'organisation sociale et politique ; l'établissement de villes et d'Etats ; la création d'institutions, d'obligations et de droits ; la production organisée de la nourriture, du vêtement de l'outillage ; la mise en ordre du commerce et de la circulation des biens d'échange ; l'apparition des formes supérieures et monumentales de l'art ; les débuts de l'esprit scientifique ; enfin et surtout, invention prodigieuse et dont on ne peut guère mesurer l'importance, la mise au point d'une écriture systématisée, permettant de fixer et de propager le savoir." Nous sommes dans les années 5000 – 4500 avant notre ère. 1000 à 1500 ans plus tard, ce nouvel état des relations humaines, fruit de l'ensemble des cultures environnantes (Proche-Orient)  est à son apogée. C'est à cette date qu'apparaissent les Sumériens, indigènes en pleine évolution ou conquérants ou immigrés. Nul ne sait leur origine. Cette période est dite proto-literate ou encore proto-histoire, entre la préhistoire et l'histoire.

Sumer est considérée comme le territoire où est née la Civilisation. Elle l'est aussi pour l'écriture : les deux font un tout, l'une dépend de l'autre, mais nous ne sommes ni des archéologues, ni des anthropologues. Il y aurait sûrement beaucoup à dire sur ce sujet.

Qu'est-ce que l'écriture ? A quoi sert-elle ? Jusqu'à ce milieu du IVe millénaire, l'homme s'en est passé. Alors ? En premier lieu, on peut dire qu'elle est un moyen d'archivage de données que la mémoire humaine ne peut mémoriser : listes diverses, documents comptables…particulièrement utiles dans la gestion de nouvelles structures sociétales comme les cités. Au-delà de cette mémorisation, elle permet un classement de l'information : type d'objet, fonction, nombre, lieu, le plus courant. Plus tard, en Egypte et à Babylone, le classement concernera des listes dites onomastiques soit hiérarchiques (divinités, gouvernement, peuple), soit linguistiques, c'est-à-dire comportant des symboles ou des signes identiques. Cet usage de l'écriture suppose de nouvelles capacités intellectuelles, ou du moins le développement, l'orientation de celles-ci. Reste à savoir à quel niveau : d'une civilisation, d'un groupe de lettrés, de tout individu ou l'inverse, à savoir de tout individu, d'un groupe de lettrés et finalement d'une civilisation ?

Autre questionnement possible : la culture orale est-elle l'enfant pauvre, celle des pays dits analphabètes, voire sous-développés ? Comme nous le verrons plus loin, il n'en est rien : elle a fait les beaux jours de civilisations plus tardives, l'écrit n'étant utilisé que pour conserver la trace d'actes ou de déclarations précieuses.

Alors "écrit" ou "oral" ? L'écrit ne serait qu'un moyen de communiquer, une aide pour penser, pour se souvenir de ce qu'on a dit ou de ce que l'on a à dire. Sur un plan intellectuel, sans doute inconscient à terme, il montre que "le langage est composé de mots (et non d'une succession de sons formant message) et que ces mots ne sont pas des choses, mais des signes qui se combinent selon des règles". Quant à l'oral, il peut être accompagné d'une gestuelle, d'intonations… qui peuvent donner des précisions sur le discours lui-même. Pour les transcrire, l'écrit doit utiliser des subterfuges comme une ponctuation, l'utilisation de mots, de formules.

L'écriture n'est pas unique : ce serait trop simple. Les spécialistes distinguent trois grands systèmes :

  • Les systèmes idéographiques : à chaque signe, correspond un objet (pictogramme) ou une idée (idéogramme) ; le nombre de signes est considérable ; l'apprentissage de la langue est très long, mais la connaissance de la langue n'est pas indispensable.
  • Les systèmes syllabiques : à chaque signe est associé un phonème (élément sonore.
  • Les systèmes alphabétiques : à chaque signe correspond un son décomposé ; la combinaison de plusieurs signes permet d'obtenir un son. Les multiples possibilités de cette combinaison permettent de réduire ce nombre de signe : en français, 16 voyelles et 20 consonnes suffisent.

Après ces considérations simplifiées philosophico-anthropologiques (que les professionnels nous pardonnent !), revenons à la première écriture découverte à Sumer. Inventée vers 3500 avant J.C., cette écriture graphique est dite cunéiforme car ses signes sont formés de coins résultant de la combinaison de traits horizontaux, verticaux, obliques ou triangulaires. Comment l'intelligence humaine a pu réaliser cette invention et dans quel but ?  Deux hypothèses ont prévalu dans un premier temps. Pour les uns, le but est simplement, de représenter, par le dessin, des objets sans qu'il n'y ait de relation avec le langage. Pour d'autres, il s'agirait de remplacer des jetons utilisés jusque-là pour comptabiliser des produits agricoles. Des études plus récentes ont montré que la découverte de l'écriture a été concomitante avec celle d'un support, la tablette en argile, et d'un stylet, en roseau, le calame. Ce dernier, d'abord taillé pointu ou arrondi, l'a été par la suite en biseau. Cette dernière forme interdit la réalisation  de courbes, ce qui induit l'écriture cunéiforme. A partir de là, les sumériens vont d'abord dessiner des signes, peu nombreux, représentant des objets réels, sans rechercher une ressemblance particulière. Ce sont les signes primitifs. Ceux-ci vont ensuite être triturés, accentués, combinés entre eux donnant des signes dérivés. La succession de ces deux types de signes qui peuvent encore se complexifier permet de préciser une idée, un état, une action… A ces signes, il faut en ajouter d'autres qui correspondent à une écriture phonétique.

 

   
 
Écriture sumérienne
 

 

Nous arrêtons là ce descriptif très incomplet qui montre les arcanes de cette invention dont l'origine est peut-être plus complexe que l'on ne croit. Archivage et comptabilité ne semblent pas être les seules motivations. Le partage de savoirs dans une société multilingue peut en être aussi à l'origine ; tout aussi hypothétique est un désir de compréhension, par la transcription, des présages divins. Cette écriture disparaît dans les textes communs au début du IIe millénaire avant notre ère, mais persiste beaucoup plus tard pour les textes sacrés, la littérature, les sciences. L'écriture cunéiforme  subsistera dans de nombreuses autres régions du Proche-Orient : l'élamite, en Iran, le hurrite, en Syrie et bien d'autres.

Inventer une écriture ne suffit pas. Il faut la transmettre de génération en génération, quitte à la faire évoluer au fil du temps. C'est le rôle de l'école, ce qui nous ramène au titre de cet article : l'enseignement. Si Sumer et sa culture sont à peine connues vers 1850, des découvertes archéologiques permettent aux anthropologues d'avancer très rapidement : le sol conserve des dizaines de milliers de tablettes d'argile riches d'informations multiples. Si les unes concernent des documents administratifs, notamment sur la vie économique, d'autres présentent des listes de mots à apprendre par cœur pour les utiliser plus facilement. Au milieu du IIIe millénaire avant notre ère, ces tablettes nous permettent de découvrir qu'il existe des milliers de scribes appartenant à tous les niveaux de la hiérarchie sociale, de l'administration de base au service du roi en passant par le service des temples. Comment sont-ils formés ? Il faut attendre mille ans, vers – 1500, pour trouver des tablettes comportant d'une part des devoirs plus ou moins bien rédigés, suivant l'âge de l'élève, d'autre part des documents écrits par des  enseignants, évoquant la vie scolaire, les programmes, les méthodes d'enseignement. Le but premier de cet enseignement est de former des scribes. Il s'adresse, ensuite, aux érudits en tout genre – théologie, littérature, botanique, zoologie, minéralogie, géographie, mathématiques, grammaire, linguistique…- qui, à leur tour, font progresser ces sciences.

Cette école, d'abord rattachée aux temples, devient laïque. Elle est plutôt fréquentée par des enfants de familles aisées : a priori, seuls les garçons y reçoivent une instruction. Le directeur, dit spécialiste ou professeur, est appelé aussi "le père de l'école", assisté par un professeur dit "le grand frère", en référence aux élèves dits "les fils de l'école". Le travail des élèves consistait à recopier des tablettes préparées par le directeur qui en faisait la correction et faisait réciter les leçons apprises par cœur. Il y avait aussi des cours de dessin, de sumérien. La discipline n'était pas oubliée : contrôle de présence, et fouet en cas d'insatisfaction … Grâce aux tablettes, on sait que l'enseignement portait soit sur les sciences et les moyens mnémotechniques, soit sur la littérature. A domicile, le père participait à l'enseignement en faisant réciter son fils.

En ce qui concerne les enfants des classes sociales défavorisées, essentiellement des paysans ou quelques artisans, l'apprentissage se fait à la maison : pas question d'apprendre à écrire, il faut apprendre un métier dès le plus jeune âge pour aider son père et, plus tard, entretenir sa famille.

Si les sumériens sont à l'origine de la première écriture, ils ne sont pas les seuls à s'être penchés sur cette invention : deux siècles plus tard, ce sont les égyptiens qui s'attaquent à ce difficile problème. C'est ainsi que naissent les hiéroglyphes, représentations symbolisant des éléments vivants ou non. Seules les consonnes sont représentées. Il en existe deux types : les hiéroglyphes proprement dits et les hiéroglyphes cursifs, ces derniers utilisés pour les textes funéraires. Le système hiéroglyphique semble être un moyen de communication écrite dans une région aux multiples idiomes ; il se développe essentiellement dans des textes inscrits sur des monuments. D'autres écritures, dites cursives ou rapides, sont créées ultérieurement (à partir de la 2ème moitié du IIIe millénaire), dérivant du système hiéroglyphique. La première est l'écriture hiératique qui sera utilisée jusqu'au IIIe siècle après J.-C. pour la rédaction sur papyrus de textes administratifs, épistolaires, romanesques, religieux, voire funéraires. A partir des années 700 avant J.-C, vient, ensuite, l'écriture hiératique anormale, utilisée dans la rédaction de contrats, de textes juridiques, remplacée rapidement par l'écriture démotique qui servira aussi à la rédaction de textes religieux, administratifs ou littéraires. Elle s'éteindra au Ve siècle après J.-C, après dix siècles de bons et loyaux services. Cette dernière écriture a deux avantages : elle comporte un nombre limité de hiéroglyphes contrairement aux hiéroglyphes initiaux ; et, par ailleurs, elle se rapproche de la langue parlée.

 

 

     
 
Hiéroglyphes égyptiens
 

                       

      

 

     
 
Écriture hiératique                                                                           Écriture copte
 

 

 

   
 
                                                                   Démotique en rouge   Copte en bleu
 

 

 

L'invasion grecque par Alexandre le Grand en 332 avant notre ère se traduit notamment par la disparition progressive des hiéroglyphes au profit de l'alphabet grec (voir ci-dessous). A la fin du IIIe siècle avant J.-C., sous l'impulsion des prêtres et leur volonté de conserver les traditions égyptiennes, une nouvelle écriture apparaît qui transforme des symboles hiéroglyphiques en mots rédigés en lettres grecques. Ce nouveau procédé donne naissance à une nouvelle écriture désignée successivement pré-vieux-copte I, pré-vieux-copte II et copte qui donne de plus en plus de place à la relation écriture – prononciation (encodage phonétique ou phonologique). Les voyelles qui n'étaient jusque-là jamais notées font partie intégrante des mots et sont clairement prononcées. Curieusement, cet "échange" se produit en sens inverse avec l'apparition dans l'écriture grecque de "lettres" (graphèmes) démotiques donnant des sonorités (phonèmes) égyptiennes spécifiques. Cette évolution trouve ses origines dans les milieux sacerdotaux et magiques. Elle atteint son apogée au début de notre ère, avec l'extension du christianisme. Si les prêtres des anciennes religions polythéistes perdent leur rôle religieux, ils conservent un pouvoir magique qui nécessite l'utilisation de formules dont la prononciation doit être conforme à la tradition.

Aujourd'hui encore, le copte, lointain souvenir des hiéroglyphes, est rencontré dans certains dialectes égyptiens.

 

Nos connaissances (avant tout) et les limites que nous impose la rédaction de cet article font que nous ne pouvons aller plus loin dans la description de cette écriture. Pour ceux qui veulent en savoir plus, nous conseillons de se rendre sur le site "Egyptos – L'Egypte antique des pharaons", rubrique "Alphabet phonétique des hiéroglyphes". Ce n'est, bien sûr, qu'un site parmi d'autres.

Que sait-on de l'enseignement de ces écritures ? Il est évoqué pour la première fois à la fin du IIIe millénaire avant J.-C. Comme à Sumer, il a concerné avant tout les enfants des classes les plus riches (nobles, prêtres, fonctionnaires du palais), appelés à devenir scribes auprès des puissants. Il est dispensé dans deux lieux dédiés, "l'école" ou "lieu d'instruction" et "la Maison de Vie". Les tablettes en argile sont remplacées par des éclats de calcaire ; le stylet est d'abord un morceau de bois fibreux écrasé à son extrémité (l'ancêtre du pinceau !), puis un roseau taillé à pointe fine. Les titres sont rédigés à l'encre rouge, le texte à l'encre noire, les illustrations avec des couleurs différentes. L'écriture enseignée est le hiératique suffisant pour les fonctionnaires de base. Les enfants destinés à "faire carrière" suivent ensuit un apprentissage sur les hiéroglyphes. De très nombreux tessons de poterie ou des éclats de calcaire ont été retrouvés comportant des lignes de signes à écrire (un bon souvenir !), parfois une ligne ou un texte moral ou religieux suivant l'âge et les compétences de l'élève. Les études de l'écriture et de la lecture pouvaient être prolongées par une formation en théologie, en médecine, en mathématiques… Le rôle du père n'était pas négligeable et concernait surtout les questions morales (équité, paix, vérité, justice). L'action du père était considérée comme un devoir civique ; il utilisait sa propre expérience, mais aussi des tablettes spécialement conçues pour l'éducation des fils.

Il semblerait que des enfants de classe sociale modeste aient pu suivre une formation pour des emplois de fonctionnaires administratifs ; on en retrouve également dans l'armée pharaonique, non comme soldats, mais comme serviteurs des aînés. L'apprentissage à la maison reste toutefois dominant. Quant aux filles, quel que soit le niveau social, les témoins de l'époque ne semblent pas s'être penchés sur cette question. On peut penser que l'enseignement était limité, avec, bien sûr, des exceptions possibles, et dispensé par la mère ou ses servantes (simple hypothèse !). Il devait concerner essentiellement les tâches dévolues à une maîtresse de maison et à une mère de famille…

 

Si l'alphabet grec devient la base de l'écriture en Egypte, il n'est pas le premier à être utilisé dans cette vaste zone géographique des pays méditerranéens, européens et du Proche-Orient. L'alphabet constitue une véritable révolution pour l'écriture et semble être le fruit d'une lente évolution (pour quelle raison ?) : nous sommes aux environs du XVIe siècle av. J.- C. Contrairement aux hiéroglyphes qui transcrivent des objets, des êtres vivants, voire des idées, et donc sont innombrables, l'alphabet transcrit des sons par des signes dont le nombre est très restreint, de 20 à 40 suivant la richesse phonétique de la langue. Ce petit nombre facilite, a priori, l'acquisition et la mémorisation. A ce jour (du moins en 2002), nul ne peut dire où, comment, pourquoi est né ce système. Les premiers "signes" sont découverts dans le Sinaï, mais retrouvés plus tard en Egypte, près de Louqsor. Leur interprétation reste longtemps hermétique jusqu'à la découverte d'un petit sphinx qui porte un texte en égyptien et en signes correspondant à des consonnes, tout comme dans l'alphabet sémitique (Afrique du Nord, Corne de l'Afrique, Moyen-Orient). Le dessin des signes semble inspiré par les hiéroglyphes égyptiens, mais le nouveau système est donc sémitique, consonantique, sans voyelles. Certains mots permettent de rapprocher ce texte à une langue parlée sur les côtes orientales de la Méditerranée, une langue qui donnera naissance, entre autres, au phénicien (Phénicie = Proche-Orient : Liban), au début du Ier millénaire av. J.- C. Cette langue et l'écriture se retrouvent logiquement dans les comptoirs phéniciens. Cet alphabet, après adaptation, avec notamment l'introduction de signes à consonance de voyelles, est ensuite emprunté par les Grecs.

D'où vient, en fait, l'écriture grecque ou, plutôt, les écritures grecques ? Comme toujours, les découvertes archéologiques permettent de remonter dans le temps. Cela commence par la découverte de sceaux gravés sur un marché d'Athènes (parfaitement illégal aujourd'hui), au début du XXe siècle. Lors de fouilles en Crète, des tablettes d'argile   aux gravures identiques sont retrouvées ; d'autres, dans des couches plus profondes, donc plus anciennes, présentent des signes différents. Ces deux écritures sont composées de syllabes à lire horizontalement, de gauche à droite. La plus ancienne est appelé linéaire A, la deuxième linéaire B. De la première dérive le syllabaire chypriote qui permettra de déchiffrer certains signes du linéaire B (!) : une interconnexion évidente ! 40 ans après cette première découvertes, des tablettes sont mises à jour dans le Péloponnèse, donc sur le continent : le graphisme est du type linéaire B. Pour autant, s'agissait-il de la langue grecque ? La preuve en est venue par une tablette où figuraient tout à la fois le dessin d'un vase tripode et des syllabes qui, regroupées, donnaient le mot tripode en grec archaïque. De ces découvertes, on peut conclure que, dans le secteur de la mer Egée, trois systèmes d'écritures se sont succédé :

- au début du IIe millénaire av. J.-C., l'écriture pictographique crétoise (sceaux de pierre dure, tablettes d'argile) ; les signes peuvent avoir une valeur phonétique. Elle est utilisée comme marqueur de propriété ou en comptabilité.

- au milieu du IIe millénaire, av. J.-C., le linéaire A, crétois, de style syllabique prend le relais. Il est utilisé en comptabilité et pour les textes religieux. Par contre, la langue transcrite reste inconnue.

- vers le XVIe siècle, le linéaire B apparaît en Crète et en Grèce continentale. Toujours de type syllabique (des idéogrammes sont aussi utilisés pour symboliser des objets ou des animaux dans les registres comptables), il comprend 87 signes (à comparer aux milliers de hiéroglyphes égyptiens) composés de cinq voyelles et de leur combinaison avec douze consonnes. Il est utilisé pour la comptabilité et l'administration, au palais royal. Il faut ici noter le travail remarquable d'un architecte, Michael Ventris, amateur passionné par les langues anciennes. Dans un premier temps, il regroupe les travaux réalisés par des spécialistes, travaux majeurs, mais qui n'ont abouti qu'à des suppositions. Sans se préoccuper de la valeur phonétique des signes, il cherche d'abord à en comprendre l'agencement, la fréquence d'utilisation. Le syllabaire chypriote, déjà décrypté, comporte quelques signes communs. M. Ventris constate que certaines suites de signes apparaissent sur des tablettes crétoises, non sur des tablettes grecques. Il suppose que cela correspond à des noms de lieux et le confirme en consultant les listes qu'il a enregistrées. D'hypothèses en découvertes, notre "amateur" conclut que cette écriture transcrit un grec archaïque. Confirmation en est donnée par des fouilles archéologiques qui mettent au jour de nouvelles tablettes dont une présente un ensemble de signes illustré par des idéogrammes.         

 

   
 

      Linéaire B

 

 

Cette écriture disparaît vers 1200 av. J.-C. en même temps que la direction palatiale du pays.

Compte-tenu de l'utilisation de ces écritures, il semble que l'enseignement n'ait guère changé, réservé aux classes dirigeantes, aux comptables, aux administrations royales. Malgré le grand nombre de tablettes découvertes, ce thème n'a, apparemment,  pas été développé.

Le linéaire B disparaît. Le phénicien va le supplanter (voir plus haut) : cela va demander une adaptation et plusieurs siècles. Comme on l'a vu, l'alphabet phénicien ne comprend que des consonnes (situation paradoxale puisque l'étymologie latine du mot "consonne" signifie "qui sonne avec", sous-entendu une voyelle) ce qui ne rend pas facile la lecture, voire même dans certains cas, la compréhension du texte. La langue grecque, par contre, nécessite l'utilisation de voyelles. Le génie grec est, ici, d'introduire les voyelles réduisant à 25 le nombre de signes à connaître.

Cette "révolution" se serait déroulée dans les années 1000 – 900 av. J.-C., sans doute dans des lieux d'échanges de marchandises ou, simplement, de rencontres, de voyages, dans les secteurs de la Méditerranée orientale et du Proche-Orient. La raison d'être de ce système semble moins évidente. Deux théories s'opposent :

- une nécessité commerciale, comptable, d'archivage, voire généalogique, cultuelle… Aucun de ces thèmes n'a été retrouvé sur les supports (essentiellement des vases) datant de cette époque.

- un moyen de transmission et d'expression durable en termes poétiques. La poésie est le langage préféré des intellectuels grecs de cette époque : l'hexamètre est à la base de leurs discours, de leurs sentences, de leurs contes. Ils s'affrontent dans des jeux, des chants… pour le plus grand plaisir des puissants, des rois qu'ils accompagnent. Cette écriture est donc privilégiée pour  glorifier et distraire une élite,  du moins dans ses débuts. Elle permet également d'identifier un propriétaire, voire même un fabricant, ce qui laisse supposer qu'elle a fait l'objet d'un enseignement dans des couches sociales moins favorisées. Cet art poétique est seul utilisé : la prose n'arrive qu'à la fin du VIe siècle, avec l'historien Hérodote. Quant à l'écriture alphabétique, elle  ne passe dans les domaines public et religieux  qu'à partir du VIIe siècle av. J.-C.

La cible de l'enseignement grec reste toujours la même : l'élite, religieuse ou laïque. Cet enseignement est tourné vers ce qui rend l'homme beau, d'esprit et de corps.  Dès le plus jeune âge, l'élève doit donc apprendre l'écriture, la lecture, la musique, la poésie, le calcul. Cet enseignement que l'on pourrait dire préparatoire est prolongé pour les adolescents par un cycle d'humanisme (pour les plus anciens d'entre nous, se souvenir que la classe de seconde était dite des "Humanités") : un temps de réflexion, notamment sur la sagesse, sans toutefois oublier les mathématiques et, pour le corps : la gymnastique, la natation, pour certains l'athlétisme, le maniement des armes. Jeunes adultes, les élèves sont enfin soumis à un cours de rhétorique (là encore, c'était le nom donné à la classe de première), c'est-à-dire l'art de s'exprimer, de l'éloquence, de la persuasion, un savoir indispensable pour les futurs dirigeants du pays et les philosophes. La liste des penseurs (philosophes !?) grecs est impressionnante : Aristote, Socrate, Platon pour ne citer que les plus connus du grand public qui s'affrontent sur de nombreux thèmes, en particulier le sophisme, un art oratoire qui cherche à convaincre sans toujours tenir compte de la vérité.

Pour les plus jeunes, l'enseignement est dispensé dans une pièce plus ou moins dédiée. Le maître est assis dans un fauteuil, les élèves sur des tabourets ou des bancs. Pas de bureau pour écrire. Les supports sont des tablettes à deux pages en bois recouvertes de cire molle. Le stylet est muni d'une pointe d'un côté, d'une boule à l'autre extrémité pour effacer, remettre la cire en place. Les châtiments corporels sont fréquents, à la moindre erreur, à la moindre fausse note. Cette recherche permanente du beau, de l'excellence se traduit par des sentences qui surprennent :

- Platon : "Dans les exercices du corps, nos jeunes gens se proposeront surtout d’augmenter leur force morale […] Quant à ceux dont le corps est mal constitué, on les laissera mourir ".

- Aristote : La première éducation doit être celle du corps, avant celle de l’âme (musique, littérature). Il exige que les enfants fréquentent le moins possible la société des esclaves et désire qu’on ne les emmène pas aux farces satiriques et à la comédie. En revanche, ils apprendront pendant trois ans les arts libéraux dignes de l’homme libre : la gymnastique, la grammaire, la musique et le dessin (Wikipedia).

Cet enseignement est celui d'Athènes. Celui de Sparte est dispensé par l'Etat ; il donne une place encore plus importante au corps par des exercices quasi militaires. Le mot "spartiate", encore utilisé de nos jours, est synonyme d'habitudes de vie rigides et austères.

 

L'alphabet grec va s'exporter grâce à l'émigration de grecs vers l'Italie, au VIIIe siècle av. J.-C. Les premiers à le recevoir sont les Étrusques qui dominent alors le centre du pays et le centre-ouest de la botte. Là encore, l'écriture reste le privilège de l'élite, même au-delà de la mort comme en attestent les découvertes archéologiques : nécessaire à écriture, encrier gravé, abécédaires, écritoire (tablette de Marsiliana) retrouvés dans des tombes, autant de signes de fierté de pouvoir proclamer, même mort, que l'on sait ou a su écrire et lire. Pour mieux répondre à l'organisation des sons dans la langue étrusque, cet alphabet est légèrement modifié et passe de 25 à 26 lettres. Ecrire une langue est une chose, savoir la lire et la comprendre en est une autre : c'est le cas de la langue étrusque dont l'origine reste mystérieuse. Les très nombreuses inscriptions découvertes sont trop courtes pour être utilisées, rarement bilingues. Deux langues pourraient s'en rapprocher, l'une en Italie du nord, l'autre dans une île de la mer Égée !

A partir du IIIe siècle av. J.-C., les Étrusques sont dominés par les Grecs puis par la République Romaine qui adopte cet alphabet après en avoir modifié certains signes. Beaucoup plus simple à mémoriser, ce système d'écriture est aussi plus facile à enseigner. Il est pratiqué par des artisans comme le montre une fresque du Ier siècle de notre ère, découverte à Pompéi,  qui représente un boulanger et son épouse exhibant parchemin, stylet et tablette.

 

 

   

 

Il est important de noter l'influence de l'écriture phénicienne. Au Proche-Orient, elle inspire l'écriture araméenne qui, à son tour, se mêle aux écritures sémitiques comme le syriaque, l'hébreu et l'arabe. En Egypte et en Europe, elle est à l'origine d'une part de l'écriture grecque, et de là au copte et au russe, d'autre part à l'écriture étrusque qui donnera notre écriture latine.  

L'enseignement romain est largement inspiré de la culture grecque. Il  a pour but de construire un hommes libre, épanoui, un lettré plus qu'un scientifique, un philosophe plus qu'un technocrate, un sage plus qu'un expert. Sur ces qualités individuelles repose le bien-être de la cité.

L'enfant suit le chemin des jeunes grecs. Au VIIe siècle av. J.C., dès l'âge de 7 ans, il apprend à lire, à écrire, à calculer : c'est le temps de l'école primaire, du paedagogus, un esclave souvent grec, qui accompagne l'élève, est aussi un répétiteur et un éducateur moral. Le maître d'école est le primus magister ou magister ludi litterarii. De simples tabourets ou bancs pour les élèves ; pas de pupitre ;  un stylet pour écrire sur des tablettes à 2 planchettes de bois réunies par des charnières, couvertes de cire molle. Ces tablettes servent de "cahiers de brouillon". Plus tard, il pourra copier des textes sur des rouleaux de papyrus ou du parchemin. Le maître propose des jeux qui attirent l'attention des élèves, provoquent l'émulation. Comme en Grèce, , à partir du IIIe siècle av. J.C., les études se poursuivent à partir 11 – 12 ans par les "Humanités" : c'est l'enseignement secondaire dirigé par le grammairien (grammaticus) qui explique les textes classiques à travers la connaissance du grec et du latin. Au programme, Térence et Virgile pour la poésie, Salluste pour l'histoire et Cicéron pour l'art oratoire. Finalement, à partir du Ier siècle av. J.C., de 15 à 20 ans, l'élève apprend du rhéteur l'art oratoire, la Rhétorique, mais aussi la géographie à l'aide de cartes représentant le monde connu de l'époque.

Les filles, enfin, ne sont pas oubliées et sont scolarisées jusqu'à 13 ans, contre 15 ans pour les garçons. Leur mère les prend en charge pour les instruire des tâches qui les attendent à la maison.

La discipline fait appel aux châtiments corporels : férule sur la main, verge sur les fesses et fouet sur les mollets.  Le procédé est accepté par les parents, mais fait aussi l'objet de critiques de certains enseignants. C'est le seul moyen pour le maître de se faire respecter. Celui-ci est rétribué par les parents. Ce n'est qu'un "technicien de l'instruction", parfois esclave, souvent d'origine grecque. Le niveau de l'enseignant est très variable. Les uns sont très cultivés, exerçant leur métier avec passion, ne demandant aucune rétribution. D'autres, au contraire, ne sont pas à la hauteur de la tâche, notamment les maîtres d'école, ce qui leur vaut des représentations  moqueuses et ironiques sur des stèles.

Les établissements scolaires passent progressivement sous la coupe du service public jusqu'à la chute de l'empire et l'affirmation de l'autorité de l'Église.

L'éducation est le fait des parents qui peuvent aussi faire appel à un précepteur. Cela peut mal commencer. Comme les Grecs, le Romains pratiquent encore "l'exposition", c'est-à-dire l'abandon des jeunes enfants condamnés à mourir s'ils ne sont pas reconnus par leur père dans les huit jours qui suivent leur naissance. Si l'enfant est reconnu, il reçoit dès lors toute l'attention et l'affection de ses parents. L'éducation est morale et religieuse. Elle  incite l'enfant  à se dévouer à la communauté.

Comme nous l'avons déjà précisé pour les cultures précédentes, ce système concerne essentiellement les classes dirigeantes. La population est alors essentiellement agricole, où l'éducation est pratique, concrète dans le seul but de survivre. La relation parents-enfants domine : écriture et lecture ne sont pas la priorité.

 

Grecs, Romains, et les Gaulois !? Pour mémoire, les Gaulois, nos ancêtres (c'est ce que l'on nous a appris à l'école et ce qu'a chanté Henri Salvador) sont des Celtes venus d'Outre-Rhin (Europe centrale), vers le VIIe siècle av. J.-C. Au total, ce sont près de soixante peuples ou tribus qui se déplacent. Ils seront suivis, une dizaine de siècles plus tard, par d'autres tribus, toujours d'Outre-Rhin. De leur système éducatif, nous ne savons que peu de choses. La raison en est simple : la transmission est orale ; le Gaulois refuse l'écriture utilisée dans les échanges commerciaux, mais sans excès : écrire, c'est figer une activité. Hors les échanges commerciaux ne cessent d'évoluer. Il est donc préférable de s'abstenir ! Le Gaulois récalcitrant, c'est le druide, qui concentre toutes les connaissances de l'époque : il est prêtre, homme politique, juriste, historien, astronome, astrologue, cosmologue, écologiste, poète, devin, magicien, sorcier et enseignant. Par contre, morale et philosophie ne font pas partie de son domaine de prédilection, contrairement à ce qu'en a dit Jules César dans son ouvrage "La Guerre des Gaules". Le druide est, en même temps, l'un des rares éléments d'unification de ces peuplades. On se souvient de l'assemblée annuelle des druides dans la forêt des Carnutes, près d'Orléans, durant laquelle sont réglés les problèmes, privés ou publics, entre tribus. Il transmet son immense savoir dans des lieux non dédiés, trouvés dans la nature : forêt, caverne…Ses élèves font partie de l'aristocratie, et seront, un jour, druides, dirigeants ou chef de guerre. Pour ces peuples conquérants, réputés parfois pour leur barbarie, leur cruauté, leur bravoure, la formation de combattant est primordiale. Elle commence dès l'enfance par l'initiation à la chasse, par le dressage d'animaux (chien, faucon) utilisés d'abord contre des bêtes sauvages, et plus tard contre l'ennemi. Le lancer du javelot fait aussi partie de cette formation.

Nous l'avons vu plus haut, il est difficile de se faire une idée précise sur la vie des Gaulois. Jules César arrive bien tard pour nous en parler et son impartialité de conquérant nous laisse un peu sur notre faim.

Plus tard, les cultures gréco-romaines et gauloises vont se fondre, avec, toutefois, une importante influence grecque. Et ce, jusqu'à la chute de l'Empire Romain d'Occident, le 4 septembre 476 de notre ère.

Avant de terminer ce premier chapitre, il est important de revenir très brièvement sur le modèle phénicien et sur sa diffusion avec les modifications qui s'imposent en relation avec les langues parlées. En découlent les écritures de l'hébraïque ancien, de l'araméen à l'origine des alphabets arabe et hébreu moderne. D'autres écritures sont nées, toujours dans cette région du Proche-Orient, de l'est méditerranéen, comme l'akkadien du milieu du IIIe millénaire av. J.-C., écriture cunéiforme, internationale en son temps, sans doute en relation avec l'écriture sumérienne.

On ne peut que s'étonner en constatant ce bouillonnement intellectuel dans une région finalement restreinte de notre globe terrestre, qui a apporté en moins de 4000 ans un support extraordinaire de communication et de mémorisation des activités humaines. N'oublions pas, également, dans un tout autre domaine, que c'est encore là que sont nées les 3 religions monothéistes.

Bien sûr, d'autres régions sont à l'origine d'écritures : l'Inde (IIIe millénaire, puis IIIe siècle av. J.-C.), la Chine (XIIIe siècle av. J.-C., à l'origine du Coréen, du Vietnamien et, au Ve siècle, du Japonais, avec, dans tous les cas, une adaptation locale à la langue parlée), les écritures d'Amérique Centrale (Olmèque, dès la fin du IIe millénaire av. J.-C. ; Aztèque ; Maya au IVe siècle av. J.-C.) et, plus près de nous, l'écriture runique, née au Danemark, au IIe siècle ap. J.-C. Et sans compter les écritures qui sont encore de nos jours des énigmes.

La dispersion de l'Homo sapiens sur notre globe est sans doute à l'origine des très nombreuses langues parlées. Liés aux échanges commerciaux nécessitant une compréhension entre populations, des dialectes sont nés, multipliant ainsi le nombre de langues. Aujourd'hui, on peut considérer qu'il existe des dizaines de milliers de langues et de dialectes. Une dizaine est utilisée par des populations de plus de 100 millions de personnes. 5000 seulement sont écrites : une centaine est utilisée par 95 % de la population mondiale.

 

Que les archéologues, anthropologues, ethnologues, philologues, linguistes nous pardonnent cette incursion bien légère dans leurs domaines. Le sujet est tellement vaste et passionnant. Et qui sait si de nouvelles découvertes, de nouvelles interprétations ne nous permettront de remonter encore plus loin dans le temps ? Que pensez de la signification des fresques découvertes dans de nombreuses grottes, comme celle de Lascaux, datant de vers – 19 000 av. J.-C., surnommée la "chapelle Sixtine du Périgordien". Peintures, gravures, vitraux, voire fresques murales des cathédrales du Moyen-Âge permettaient au peuple analphabète de "lire" les écritures sacrées. Les scènes de chasse, les défilés de troupeaux… n'étaient-ils pas, en leur temps, une forme d'écriture, un moyen de transmettre !?

 

Dans les chapitres suivants, maintenant que nous savons écrire, lire, et même calculer (Ce sujet a été mis de côté. Nous y reviendrons plus tard. Les chiffres romains et indiens, diffusés par les arabes au Xe siècle, n'ont pas été les seuls à être utilisés), nous verrons, dans une deuxième partie, comment les enseignants et nos dirigeants ont transmis ce savoir entre le VIe siècle et la fin du XVe.

 

 

Bibliographie

S.N. Kramer, L'histoire commence à SUMER, Arthaud, 1957

Comment est née l'écriture, Sciences & Vie hors-série, n° 219, juin 2002

Rolling, Langues et écritures du Sumérien à Internet, Le Rotarien, octobre 2000

De Fabrègues, L'Éducation en France, Famille et Éducation, revue de l'A.P.E.L.

 

Wikipedia, Education dans l'Antiquité

L'éducation et l'enseignement en Gaule

Les enseignants en Gaule romaine

 

 

 

FIN