HISTOIRE DE L'ENSEIGNEMENT

 

II

 

Du début du VIe siècle à la fin du XVe siècle

 

Seul un esprit éduqué peut comprendre une pensée différente de la sienne, sans la cautionner pour autant

                                                                                                 Aristote

 

 

Notre premier chapitre de "L'Histoire de l'Enseignement" a été consacré essentiellement à la découverte de l'écriture, depuis Sumer vers 3500 av. J.-C. jusqu'à l'écriture latine. Durant cette période, l'enseignement est relativement constant d'un pays à l'autre, d'une culture à l'autre. Il est le plus souvent réservé aux garçons des familles les plus riches. A de rares exceptions près, les filles doivent se contenter d'un enseignement dispensé par la mère, orienté vers les tâches qui incomberont à la future maîtresse de maison.

Ce deuxième chapitre est consacré à une période beaucoup plus courte, qui englobe le Moyen-Âge pour se terminer vers la fin du XVe siècle.

Nous sommes donc arrivés en 476 : c'est la chute de l'Empire Romain d'Occident, qui fait suite à un déclin ou à une évolution. Les hypothèses de cette fin se sont multipliées au fil des siècles : politiques, économiques, commerciales, sociétales, sanitaires, militaires… Pendant longtemps, elle fut attribuée exclusivement aux invasions des barbares venus de l'Est, dès le IIIe siècle. Ces invasions ont pour conséquences la destruction de villes, le mélange des populations et donc des cultures, mais aussi le recul de structures bien établies, comme l'Eglise catholique. Cependant, celle-ci devient la seule entité unificatrice : le christianisme est religion officielle de l'Empire romain depuis le IVe siècle. Malgré les différences de cultures et de croyances, un rapprochement va s'opérer entre rois barbares et évêques encore en place. Concrètement, on assiste à des faits déterminants : le mariage de Clovis, roi des Francs, avec Clotilde, une princesse catholique, son baptême sous l'influence de Rémi, évêque de Reims, la venue de clercs du Midi de la France pour occuper les évêchés de l'Est, le travail obscur des moines pour transformer les coutumes barbares des francs, comme la traduction, dans leurs langues, de chants, de sermons, de prières (Pater et Credo). Ces moines sont bénévoles ; ils ne sont pas payés. Ils vont faire redécouvrir l'enfant et son importance complètement bafouée par les romains, avec, en particulier la pratique de l'exposition, le droit de vie et de mort, de vente… Reprenant l'Evangile, ils sont tous bienveillants et condamnent la violence : "Il n'appartient pas au premier venu de réprimander" ou encore "Il [l'enfant] ne persévère pas dans la colère. Il n'est pas rancunier. Il ne se délecte pas de la beauté des femmes. Il dit ce qu'il pense". Certains jeunes moines sont même admis au conseil de la communauté "car souvent le Seigneur révèle à un plus jeune ce qu'il a de mieux à faire". Si l'école romaine survit tant bien que mal, cette nouvelle conception va faire le succès de l'enseignement catholique dans les monastères. Bien sûr, avec une orientation non cachée : que ces enfants deviennent des hommes au service de Dieu et ce, quelles que soient leur culture et leurs coutumes. L'enfant est admis dès l'âge de 7 ans, pour apprendre à lire et écrire. La classe comporte une dizaine d'enfants. Le moine est à la fois professeur et maître d'internat (cela rappelle étrangement les moines bouddhistes). L'enseignement est essentiellement religieux et de même niveau, quel que soit le lieu, car, à côté de cette école monastique, sont créées, au même moment, dès le VIe siècle, des écoles paroissiales dans les campagnes (curé) et épiscopales dans les villes (évêque). Les techniques pédagogiques utilisent les textes sacrés, en particulier le livre des "Psaumes", qui sont appris par cœur. L'observation des légendes situées sous les portraits des saints permet à l'enfant de distinguer les lettres. La copie d'ouvrages permet l'initiation à la structure de la langue. En milieu rural, les techniques doivent être simplifiées, s'appuient sur des gestes de la vie courante, comme les chants et les danses.

Les châtiments corporels sont toujours très fréquents malgré les mises en garde de nombreux abbés et évêques.

Le rôle de l'Eglise est ici déterminant : l'enseignement des moines aboutit à une culture commune des peuples européens évangélisés, au moins pour un temps.

L'enseignement en ce VIIe siècle reste, tout de même, très restrictif à la demande même des autorités religieuses, en particulier du pape. Un des plus grands esprits du VIIe siècle, le pape Grégoire le Grand, ayant appris que Didier, archevêque de Vienne, avait, dans une des villes autrefois les plus lettrées de la Gaule, entrepris de relever les études en enseignant lui-même la grammaire, lui écrivit : « Mon frère, on m'a dit, et je ne puis le redire sans honte, que vous avez cru devoir enseigner la grammaire à quelques personnes. Apprenez donc combien il est grave, combien il est impie qu'un évêque traite de ces choses que doit ignorer même un laïque. Ç'a été pour moi un sujet de mécontentement et de tristesse, parce que les louanges de Jupiter et les louanges du Christ ne peuvent sortir ensemble d'une même bouche. S'il m'est démontré que j'ai été induit en erreur et que vous ne vous êtes pas préoccupé de ces frivolités, de ces lettres séculières, j'en  rendrai  grâce  à  Dieu, qui n'aura pas laissé souiller votre cœur par les félicitations impures des pervers ».

Que faire devant cet aveuglement, cette incompétence ? Un début de solution va venir de l'étranger. D'une part, et paradoxalement - le Vatican en fait partie géographiquement -, de l'Italie, imprégnée de la culture latine et moins touchée par les invasions ; d'autre part, de l'Irlande, non envahie, et imprégnée de traditions de l'Eglise d'Orient, avec, notamment, des références à la culture et à la langue grecques. Les monastères créés dans cette île développent plus que tout autre à cette époque une éducation culturelle beaucoup plus large. Ces moines s'installent progressivement sur le continent ; dans le sens inverse, des moines bénédictins, très "papistes", envahissent l'île. La rencontre ne se fait pas sans heurts, mais aboutit à une compréhension réciproque et à l'élargissement du domaine éducatif, dans tous les monastères du continent, vers des études séculières (astronomie, dialectique, versification, étude du grec…)

Cet enseignement n'est pas réservé à une élite. Y-a-t-il, pour autant, égalité entre tous les petits écoliers ? On peut en douter car les connaissances des maîtres ne sont pas les mêmes.

Cette recherche d'égalité, nous la retrouvons à la fin du VIIIe siècle avec Charlemagne qui n'a pas "inventé" l'école, comme le dit la chanson, mais a cherché à la faire progresser en améliorant le niveau de formation des maîtres. Sa motivation est double. Tout d'abord religieuse afin que le clergé, et donc les fidèles, soient en mesure de mieux étudier les Saintes Ecritures. Dans son capitulaire (ordonnance) de 789, Admonitio generalis, Charlemagne exige que le programme des écoles paroissiales, épiscopales et monastiques concerne le chant, la grammaire, le calcul, mais aussi les psaumes, et ce, dans des ouvrages qui ne soient "ni mal écrits, ni mal traduits". Ces documents doivent être contrôlés par des "hommes capables". Cette exigence se confirme dans un courrier où il reconnaît recevoir des lettres des gens d'Eglise, témoignant d'une dévotion sincère, "d'un sens droit, mais d'un discours inculte". Admonitio generalis est à l'origine de la création de nombreuses écoles et de l'enseignement universitaire de tout le Moyen-Âge, avec, entre autres, l'étude du latin pour traduire les textes religieux. La meilleure connaissance de cette langue aujourd'hui dite morte a une conséquence inestimable, encore de nos jours : la traduction et donc la conservation de la littérature classique romaine. Sur les 700 ouvrages connus (les textes eux-mêmes ou des références), 150 ont été traduits par les moines de cette époque. D'autres l'ont été plus tard. Une majorité a disparu complètement.

L'autre motivation est politique et sociale : les prêtres doivent être supérieurs à leurs fidèles pour que la foi soit maintenue ainsi que l'unité de l'Eglise et de l'Empire ; par ailleurs, l'écriture et la lecture permettent d'accéder aux écrits impériaux, d'en faciliter la diffusion et l'application. Parmi les moyens utilisés pour développer cette connaissance, la dialectique, l'art de démontrer, de réfuter :"C'est la discipline des disciplines, celle qui enseigne à enseigner, qui apprend à apprendre, en elle la raison découvre et démontre ce qu'elle est, ce qu'elle veut, ce qu'elle voit". Ainsi s'exprimait Rabin Maur, un professeur de cette époque, élève d'Alcuin, érudit et conseiller de Charlemagne.

Charlemagne ne s'est pas intéressé seulement à l'enseignement des enfants. Bien qu'il ne sache pas écrire lui-même, il s'entoure d'érudits disséminés dans l'Empire, pour provoquer des échanges d'idées, promouvoir l'étude des textes de l'Antiquité, développer un enseignement concernant les sciences humaines. Ainsi naît l'Ecole du Palais. Cette école est ambulante : elle suit et elle est la cour, présente ou future. Elle est destinée à parfaire les connaissances d’étudiants grâce à l'intervention de ces maîtres de la pensée. L'idée du temps est de dispenser des connaissances encyclopédiques reprenant tous les acquis de l'Antiquité. Ce projet prend naissance dès le VIe siècle avec Boèce et Cassiodore, puis, et surtout, au VIIe siècle, avec Isidore de Séville : son ouvrage, "De originibus", sera le livre de référence de tout le Moyen-Âge, plagié à plusieurs reprises, même par les plus grands comme Alcuin. Encore une fois, le christianisme semble avoir joué un grand rôle dans cette évolution : soif de vérité et désir de former un être complet sans esprit d'exclusive.

Pour atteindre cet objectif, l'enseignement est divisé en 7 disciplines ou "7 arts libéraux", eux-mêmes répartis en deux groupes :

- le trivium ou arts des lettres : grammaire, rhétorique, dialectique ; l'enseignement se fait par la lecture de textes, leur commentaire et la discussion entre maître et élèves. Le trivium avait pour objet d'enseigner à l'esprit l'esprit lui-même, c'est-à-dire les lois auxquelles il obéit en pensant et en exprimant sa pensée, et, par contrecoup, les règles auxquelles il se doit soumettre pour penser et s'exprimer droitement. Plus simplement, il concerne le raisonnement, le langage, l'être humain. Il concerne le plus grand nombre.

- le quadrivium ou arts des chiffres : arithmétique, géométrie, astronomie, musique. Ce groupe correspond à la notion d'encyclopédie, à la connaissance de toutes choses rencontrées dans la nature. Il est réservé aux esprits supérieurs.

Ces sept disciplines avaient déjà été proposées par Saint Augustin au début du Ve siècle dans le De Doctrina Christiana.

Cette évolution de l'enseignement prendra le nom de "Révolution carolingienne" : contemporaine de Charlemagne qui l'avait initiée, elle s'effondre au cours des deux siècles suivants, faute d'un nouveau projet élaboré au plus haut niveau de l'Empire, faute aussi d'un chef qui unit les peuples. Ceux-ci, une nouvelle fois se déchirent ; les invasions nordiques sont un obstacle au développement intellectuel. L'élément le plus important est dès lors la simple survie.

 

A plusieurs reprises, nous avons évoqué l'éducation des filles, le rôle de la femme dans la famille, un rôle a priori limité jusqu'à la fin du IVe siècle. Tout change avec l'avènement du catholicisme qui met en avant l'égalité femme – homme, contrairement à ce que prescrivait le droit romain. La nouvelle religion joue un rôle déterminant dans l'évolution de la situation de la femme dans la société. A l'évidence, les filles de la haute société apprennent à lire et écrire pour des raisons d'abord religieuses qui débouchent sur des innovations collectives. Combien de monastères féminins ont-ils été créés entre le VIe et le XIe siècle !? Nombre de ces monastères ont reçu des enfants, filles ou garçons, de toute condition sociale, pour leur apprendre à lire et écrire. La première formation est le chant, l'interprétation de psaumes, essentiellement. Cela permet de découvrir et de mémoriser des mots qui sont retrouvés plus tard dans la lecture et l'écriture. Ces jeunes filles poursuivent leur instruction auprès de précepteurs ou, à partir du XIIIe siècle, pour une minorité, à l'Université. Adultes, elles s'adonnent à la lecture. Nombreuses sont celles qui s'attachent à la copie des psautiers, à leurs enluminures. L'enseignement semble être entièrement tourné vers la religion catholique. En réalité, cela n'est pas tout-à-fait vrai. La liste est très longue, de ces femmes qui, religieuses, consacrèrent leur vie à l'Eglise, mais qui, laïques, sont aussi les témoins de leur époque, des précurseurs. Nous en citons quatre qui nous ont particulièrement étonnés, qui ont vécu aux IXe et XIIe siècles. Régine Pernoud évoque leur vie dans son livre "La femme au temps des cathédrales".

Dhuoda, sans doute membre d'une noble famille, écrit dans les années 840 le "Manuel pour mon fils", le premier traité d'éducation en général ignoré sans doute parce que trop précoce, arrivant sept siècles avant ceux de Rabelais et Montaigne. Ce manuel, écrit en vers et en prose, est inspiré par la Bible avec pour premier conseil "Aimer". Aimer qui que ce soit, proche ou non, avec comme corollaires la patience, le pardon, la compassion, le soutien, la fidélité… Autre conseil, prier et lire, le seul moyen d'évoluer et de grandir. En réalité, il s'agit là plutôt d'un manuel d'éducation, de morale de vie. Par contre, la qualité de l'écriture, de l'expression, l'énoncé des préceptes montrent que Dhuoda a reçu un enseignement des plus complets. Elle ne s'est pas contentée de lire les Ecritures. Elle s'est également nourrie d'œuvres d'écrivains, de poètes, de grammairiens. Elle savait également utiliser le grec et l'hébreu.

Herrade de Landsberg : "Les touristes qui, aujourd'hui, visitent le monastère de Sainte-Odile en Alsace peuvent contempler sur les murs du couvent la copie agrandie des miniatures d'un manuscrit disparu, le fameux Hortus deliciarum, Jardin des délices". Cet ouvrage, constitué de 324 feuillets, résume ce qui était nécessaire à l'instruction de ses moniales. Outre des extraits de la Bible, des textes des Pères de l'Eglise et d'autres auteurs, il "se présentait comme une somme de savoir à l'usage du temps, il était illustré d'une série de miniatures… A travers les dessins d'outils agricoles, d'attelage et ferrure des chevaux, d'une roue de pressoir, d'armes, de vêtements et même d'automates manœuvrés par des ficelles, c'est tout une partie de la vie quotidienne au XIIe siècle qui a survécu dans ces quelque 336 miniatures…".

Hildegarde de Bingen (1098 – 1179) : Religieuse à 15 ans, fondatrice de couvents, sujette à des visions surnaturelles, érudite, écrivaine, elle s'intéresse à tout, ce qui lui vaut d'être consultée par les plus grands de son époque, pape, empereur, évêque, abbés… Ses écrits concernent bien sûr la théologie, mais aussi la médecine, l'alphabet qu'elle veut réformer, la poésie, la musique (elle compose des hymnes https://www.youtube.com/watch?v=v6qFCYRQKVA&index=27&list=RDNFN2Wot7VSo, des symphonies interprétées encore de nos jours). Sur le plan scientifique, elle aurait évoqué une possible loi de l'attraction, l'action magnétique des corps, la circulation du sang…

Héloïse, épouse d'Abélard et abbesse, est considérée par certains comme la fondatrice de la littérature française. Ses lettres sont à la fois érudites et érotiques, évoquent la sexualité féminine, découvrent l'amour passion à l'opposé ou en complément de l'amour courtois, source de la littérature du Moyen-Âge. Elle innove en se consacrant à des domaines non religieux, connaît les auteurs antiques, parle le latin, le grec, l'hébreu… Elle est, sans aucun doute, l'exception inoubliable de cette époque, avec son érudit et séducteur de mari, Abélard. Elle inspirera six siècles plus tard Jean-Jacques Rousseau, dans la "Nouvelle Héloise".

 

Nous arrivons donc aux XIe - XIIe siècles. Le nombre des maîtres de grammaire ( dialectique et rhétorique s'effacent à cette époque, au moins pour un temps) dans les villes est croissant et accueille aussi les plus pauvres. Ils sont en majorité des religieux, mais les laïcs ont aussi leur place : il "suffit" de suivre pendant 5 à 7 ans l'enseignement d'un maître pour pouvoir ouvrir une école. Dans les campagnes, la progression marque le pas. Les écoles monastiques subissent un certain déclin, d'une part en raison de leur éloignement, d'autre part, peut-être, d'un rejet, du fait de leur richesse et de l'apparition de mouvements prônant un retour à l'Evangile originel, à la pauvreté, à la pénitence. C'est le cas notamment de Pierre Valdo, riche marchand lyonnais, qui, au XIIe siècle, se débarrasse de tous ses biens, prêche l'Evangile, et fait rédiger une bible en langue populaire. Ce mouvement réformiste, dit des Vaudois, malgré de nombreuses persécutions aux XVIe et XVIIe siècles, existe encore de nos jours : il préfigure, pour certains, les mouvements de la réforme de Luther et Calvin.

Comme nous l'avons vu dans le premier chapitre, l'importance du père dans les milieux moins favorisés est déterminante pour l'éducation du fils qui apprendra un métier où la lecture et l'écriture n'ont pas encore leurs places. Le rôle de la femme n'est pas négligeable. Durant les premières années, la mère transmet les valeurs religieuses, morales, sociales qui feront de l'enfant un être juste et croyant. En fait, c'est la famille tout entière qui prend en charge l'éducation et "l'enseignement pratique" de l'enfant.   

Nous avons dit à plusieurs reprises que les écoles sont paroissiales, épiscopales ou capitulaires ou cathédrales et monastiques comme l'a voulu Charlemagne, comme le confirme le Concile de Latran en 1179. L'une d'entre elles se distingue tout particulièrement, l'École Cathédrale de Notre-Dame, à Paris. Elle attire les étudiants de toute l'Europe grâce à l'un des plus grands maîtres de l'époque médiévale, Abélard qui enseigne la dialectique et la théologie. Parmi ses nombreux enseignements, retenons sa thèse sur les universaux et, plus encore, une confrontation entre la foi et la raison, sujet brûlant en cette époque mystique, mais qui montre aussi une liberté de pensée (déjà !), "une anxiété intellectuelle, une soif de savoir et de comprendre". Cette école est sans doute la plus réputée, vraisemblablement du fait qu'elle se trouve dans la ville où le roi a décidé de s'installer, sans doute, aussi, du fait de la qualité de l'enseignement d'Abélard. D'autres écoles cathédrales ont eu également un grand renom : celles de Lyon, créée en 799, Chartres, Langres, Laon, Orléans, Reims, Rouen.                           

D'autres structures scolaires apparaissent aux XIIe – XIIIe siècles : les unes sont financées par la seigneur local, les autres sont privées, dirigées par un maître soit salarié des habitants d'un village, soit directeur et propriétaire de l'établissement.

Dans tous les cas, l'enfant, fille ou garçon, intègre l'établissement scolaire vers l'âge de 7 ans. Les professeurs sont souvent aidés par les élèves les plus anciens (on retrouvera ce modèle aux XVIIIe –XIXe siècles). Riches et pauvres se côtoient. L'enseignement est gratuit pour les pauvres, payant pour les riches. Un bel avenir est ainsi possible pour tous. On peut citer l'abbé Suger, fils de serf, qui se distingue en de nombreux domaines, politique, artistique, diplomatique, aux côtés du roi Louis VII ; Maurice de Sully, fils de mendiant, à l'origine de la construction de Notre-Dame-de-Paris ; les papes Urbain VI et Grégoire VII, respectivement fils de cordonnier et de chevrier… Si les écoles destinées aux filles sont moins nombreuses, leur niveau n'est pas moindre : Ecritures Saintes et théologie, bien sûr, mais aussi lettres, grammaire, grec, hébreu, latin (nous l'avons déjà vu avec Dhuoda, dès le IXe siècle). L'enseignement de l'arithmétique, de la géométrie, de la musique, de la médecine, parfois même des travaux pratiques sur les métaux précieux permettent aux adolescents les plus doués, pas forcément les plus riches, d'intégrer l'Université, après dix ans d'études.

A l'origine, l'Université dépend directement de la papauté : ses premiers statuts datent de 1200 (droit de coalition, liste des auteurs et des ouvrages étudiés, études pour devenir enseignant…), à l'initiative du roi Philippe Auguste, confirmés par le pape Innocent III, en 1215. Elle est l'aboutissement d'écoles épiscopales créées dès le Xe siècle, mais devenues trop petites par rapport à l'afflux d'étudiants venant de toute l'Europe. A cela s'ajoute l'avènement des corporations artisanales (voir plus bas) qui permettent aux professionnels de se regrouper, de se défendre, de définir les droits et devoirs de chacun, d'instituer un monopole. Les maîtres de l'école suivent cette tendance ; leur regroupement est en partie à l'origine de la création des universités. Enseignants et étudiants ont une aura toute particulière ce qui leur confère une autonomie totale – scolaire, juridique, financière… - vis-à-vis du pouvoir laïc. Ils sont de sexe masculin et, en principe, catholiques. Les professeurs sont tous des religieux, mais l'enseignement est parfois spécialisé, parfois très diversifié, variable suivant la tradition locale : théologie, bien sûr, mais aussi sciences, mathématiques, musique, grammaire, dialectique... Il est dispensé dans des locaux non dédiés, épars dans la ville, loués par les maîtres ; le regroupement débutera au XIVe siècle ; les universités  ne deviendront propriétaires qu'au début du XVe. Les cours sont en latin, seule langue compréhensible par les étudiants venant de tous horizons. Il est surtout oral et fait référence, dans le débat qui s'en suit, à plusieurs disciplines. Cela explique la culture générale, voire encyclopédique, de certains étudiants de cette époque.  Cet enseignement oral a également deux conséquences étonnantes. La première est que la culture ne nécessite pas forcément la connaissance de l'écriture, de l'alphabet. C'est ce que R. Pernoud veut nous faire comprendre par cet exemple : " Dans un chapitre des Statuts municipaux de la ville de Marseille, datant du XIIIe siècle, se trouvent les qualités requises d'un bon avocat, et l'on ajoute : litteratus vel non litteratus, qu'il soit lettré ou non. Cela paraît très significatif : on peut donc être un bon avocat et ne savoir ni lire ni écrire, - connaître la coutume, le droit romain, le maniement du langage, et ignorer l'alphabet". La deuxième est l'importance de la prédication qu'elle soit dans les églises, sur la place du marché, sur les routes. Ici encore, pas d'écrits, mais une discussion, un débat, pouvant aller bien au-delà du seul enseignement religieux, pouvant concerner l'histoire, les sciences, les évènements récents ou historiques qui ont fait le pays, ou, tout simplement, l'expression orale. Parmi ces prédicateurs, citons Jean Gerson (1363-1429), d'origine paysanne, devenu théologien, chancelier de l'Université, qui n'hésite pas à rencontrer les plus modestes dans un souci pédagogique. Le but est, comme souvent à cette époque, d'évangéliser le petit peuple en évoquant des faits concrets de la vie de tous les jours à l'aide de mots simples regroupés dans le premier abécédaire jamais rédigé, "L'A.B.C. des gens simples".

Chaque université est spécialisée dans un domaine particulier : l'exemple de celle de Montpellier et de la médecine est connu de tous. De même, Paris et la théologie, Bologne et le droit (les frontières et les distances ne sont pas un obstacle pour les étudiants). L'acquisition de connaissances variées suppose donc des déplacements, de là des rencontres agrémentées de fêtes ou troublées par des drames ; à cette époque, la vie d'étudiant n'est pas un long fleuve tranquille…

L'université parisienne comprend 4 facultés : trois supérieures ou professionnelles (théologie, droit ou décret, médecine), une pour les plus jeunes, la Faculté des Arts. C'est en son sein qu'est désigné le dirigeant de l'université, le recteur. Comparable à notre enseignement secondaire actuel, elle délivre trois diplômes : la déterminance (vers 16 ans) qui deviendra le baccalauréat au XVe siècle ; la licence (vers 21 ans) et la maîtrise ès arts qui deviendra doctorat, qui permet au candidat d'enseigner dans la faculté des Arts et d'obtenir ultérieurement ces mêmes titres dans les facultés supérieures. Cette Faculté des Arts est également subdivisée en "Nations" regroupant élèves et maîtres suivant leur nationalité, leur langue, leur ethnie (français, picards, normands, anglais), sans doute pour des raisons extra-scolaires.

Examens et enseignements passent essentiellement par la discussion, le débat où chacun critique plutôt qu'il ne raisonne. Ce processus se retrouve dans la philosophie médiévale qu'est la scolastique, qui veut concilier la philosophie grecque, en particulier aristotélicienne, avec la théologie chrétienne. Dans cet esprit, sont abordés aussi bien les sujets religieux, comme la conciliation de la foi et de la raison, que les sujets très matériels comme, par exemple, la concession de franchises ou de privilèges. Cet enseignement, plus intellectuel et quelque peu passéiste plutôt que pratique et avant-gardiste, explique la stagnation des universités et leur quasi-absence dans l'évolution de la pensée, littéraire et scientifique.

Les préoccupations des étudiants sont les mêmes qu'à notre époque : le choix des études, l'argent, la nourriture, le logement, l'obligation, pour certains, de trouver un petit travail. Les plus riches vivent en ville avec leur serviteur ; les moins favorisés sont accueillis dans des collèges libres et payants ou charitables et gratuits (hospitia) - le premier, le Collège des Dix-Huit, à Paris, en 1180. Dans les premiers, les étudiants peuvent bénéficier de bourses ; leurs contributions sont fonctions de leurs moyens financiers. Dans les seconds, les élèves y sont nourris, logés, vêtus. Tous y sont à l'abri, moralement et matériellement. Ils n'ont pour seules obligations que des petits travaux d'intérêt communs, le plus souvent religieux ou hospitaliers. Les hospitia charitables sont financés par des dons, des fondations. La gestion matérielle est partagée avec les étudiants. Leurs maîtres, des universitaires, ne sont, au début, que des répétiteurs ; ils peuvent tout au plus apporter une aide personnalisée, complémentaire, puis, à la demande de l'Université, ils vont progressivement donner de véritables cours. Le prieur, élu par les étudiants, mais dont la charge doit être confirmée par la Faculté des Arts, est chargé d'organiser des répétitions, des "disputes". Le niveau d'enseignement est tel que le collège devient un véritable concurrent pour les Université papales. Des étudiants riches y vivent moyennant finances, attirés par les maîtres ; ils sont bien sûr accueillis à bras ouverts. La discipline qui y est imposée empêche tout débordement : finis (ou presque !) les soirées de débauche, les combats dans les rues…  Les universités exigent progressivement que les étudiants vivent dans ces établissements, véritables internats, qui accueillent, également, les enseignants. Une réglementation de plus en plus dure va peser de façon uniforme sur tous les collèges, sans tenir compte des particularités de chacun. L'aboutissement est une véritable claustration comparable à celle des monastères, sans doute en relation avec un nouvel état d'esprit politique au niveau du royaume : le désir d'uniformisation (droit, institutions, morale) et de soumission des provinces sous la coupe de la monarchie centrale. Le collège de la Sorbonne en est l'un des meilleurs exemples : maître à l'Université de Paris, clerc du roi, Robert de Sorbon acquiert des maisons, vers 1257, pour accueillir les étudiants les plus pauvres. Avec l'aide de Louis IX (Saint Louis), il agrandit le domaine. Aujourd'hui, la Sorbonne est un établissement pluridisciplinaire reconnu universellement : arts, langues, lettres, sciences humaines et sociales, médecine et métiers de la santé, sciences et ingénierie y sont enseignés.

Au fil des années, les rois vont avoir mainmise sur les universités, tant sur le plan organisationnel que sur les questions scolaires, avec ou contre l'assentiment des enseignants et des étudiants, et du pape, suivant les circonstances. A la fin du XVe siècle, la plupart de ces établissements sont sous l'autorité royale.

 

Dans les pages précédentes, nous avons surtout évoqué l'enseignement que l'on peut qualifier "d’intellectuel". Dans le monde de la paysannerie et de l'artisanat, des professions manuelles, les connaissances ne sont pas innées. On a vu le rôle du père chez les paysans. On retrouve ce rôle chez les artisans qui forment leur progéniture au métier donnant naissance à de véritables dynasties. Pour ceux qui veulent rentrer dans ces métiers, les difficultés sont plus grandes. Il faut trouver un maître qui accepte de former cet apprenti, de le nourrir, de le loger en compensation d'un travail exécuté et d'un dédommagement financier. Sans en avoir trouvé la preuve formelle dans nos lectures, il paraît évident que l'apprentissage a existé de tout temps. Existait-il des contrats écrits ? Et si oui, étaient-ils les mêmes d'un maître à l'autre pour une profession donnée ? Une réponse partielle nous est donnée dans le Livre des métiers. En 1268, à la suite de nombreuses controverses entre professionnels, le prévôt des marchands Etienne Boileau décide de regrouper dans un document les règlements de toutes les corporations de Paris, que ceux-ci soit rédigés ou non. Tous sont acceptés sans discussion. Dans un premier temps, 120 corporations ont répondu à cet appel. D'autres rejoindront ce premier contingent au fil des années. Des modifications de ces textes pourront survenir à tout moment sur demande des corporations. Ces règlements comportent les droits et les devoirs des maîtres, la surveillance de leur travail par des jurés… et l'apprentissage. Celui-ci varie d'une profession à l'autre : durée, obligation du maître vis-à-vis de l'apprenti et inversement, jugement des différends, éventuellement la nécessité de savoir lire et écrire – exigée uniquement chez les libraires et, ultérieurement, chez les imprimeurs… Au terme de ces années de formation, l'apprenti passe devant les jurés, membres élus de la corporation, pour contrôler ses capacités à devenir ouvrier ou compagnon.

Il est impossible, ici, de reprendre toutes les situations possibles, tous les cas envisagés et l'évolution de ces métiers artisanaux : ce n'est d'ailleurs pas le sujet de cet article. Nous ne pouvons qu'inciter les personnes intéressées par cette question de consulter le "Dictionnaire historique des Arts, Métiers et Professions exercés dans Paris depuis le XIIIe siècle", d'Alfred Franklin, éditions Bibliothèque des Arts, des Sciences & des Techniques. Voir en particulier les rubriques "Corporations", "Apprentissage" et "Le livre des métiers", mais aussi tous les métiers pour lesquels l'auteur indique les obligations du maître (horaires de travail, succession pour épouse ou enfant, obligations financières), le nombre d'apprentis accueillis simultanément, la durée de l'apprentissage…

Nous avons cité le mot de compagnon ; en réalité, il n'apparaît qu'au XVe siècle. Là encore, nous retrouvons un enseignement pratique qui vient parfaire les années d'apprentissage. Cet enseignement complémentaire est aussi un frein, voire un obstacle, pour ces ouvriers déjà très qualifiés pour ouvrir leur propre atelier et ce, à la plus grande satisfaction des maîtres en place.

 

Nous aurions souhaité parlé d'un autre enseignement, celui des Compagnons du Devoir. Plus qu'un enseignement, il s'agit d'un art de vivre qui vise à l'excellence en de nombreux domaines : professionnel avec le sens du travail bien fait et du devoir, d'abord, mais aussi éducatif, moral, éthique, relationnel, religieux…, le tout accompagné de certains rites. Peut-être ferons-nous un article spécifique ? Mais, il faut bien le comprendre, le sujet est très complexe, entouré de légendes et de secrets. Cette association de professionnels semble remonter à l'Antiquité. Lui sont attachés un bâtiment, le Temple de Jérusalem  (sous l'égide du roi Salomon, entre – 1000 et – 900 av. J.C.) et des professionnels du bâtiment : Hiram, fondeur-architecte, maître Jacques, tailleur de pierre, Soubise, architecte du temple. Ces personnages sont entourés de légendes et pas toujours identifiés. L'association fait l'objet d'interdits de la part des rois - dont Charlemagne, en 779 -  qui font cependant appel à elle pour construire leur château. L'Eglise ne lui est pas plus favorable : le serment sur les Evangiles se mêle avec des pratiques occultes, des codes, un vocabulaire particulier. Les mots-mêmes de "Compagnon et Compagnonnage" n'apparaissent que vers 1719. Les francs-maçons interfèrent dans cet historique très complexe, pas toujours à bon escient. Contrairement aux corporations officielles dont nous avons parlé plus haut, le Compagnonnage ne sollicite aucune approbation officielle de ses statuts : les adhérents y sont libres. Sans doute est-ce là la raison qu'il soit considéré comme une société secrète. En 1994, il existe 3 sociétés compagnonniques : l'Association ouvrière des compagnons du Tour de France ou du Devoir ; la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment et autres activités ; l'Union compagnonnique des compagnons du Tour de France des Devoirs unis. Retenons un seul mot pour ces professionnel(le)s : l'excellence.

 

Et dans notre Pays du Gier :

Nous ne disposons que de quelques informations. Nous savons simplement que François Baschelas, bachelier des escoles de Saint-Chamond, est présent à la signature d'une franchise entre Jean II de Saint-Chamond et les notables de cette ville, le 19 février 1496. Cela signifie qu'il y a plusieurs écoles en activité au XVe siècle. Comme nous l'avons vu plus haut, ce titre est obtenu vers l'âge de 16 ans, donc au bout d'une dizaine d'années d'études. Cela suppose également qu'il y a des écoles primaires et au moins un collège. Saint-Chamond est, à l'époque, la grande ville du sud de la Loire. Nous n'avons trouvé aucune référence à des écoles dans les monographies des villages du Pays du Gier. On peut supposer, sans l'affirmer, que les curés  peuvent jouer un rôle, même modeste, pour une minorité. Pour les familles fortunées, les enfants sont instruits par des précepteurs ou envoyés dans des internats à Lyon. Les congrégations installées à Saint-Etienne (moines cisterciens de l'abbaye de Valbenoîte), à Saint-Croix-en-Jarez (Chartreux), à Cellieu (abbaye de Jourcey, monastère mixte dirigé par les religieuses et relevant de l'ordre de Fontevraud), à Valfleury (bénédictins) n'ont pas pour vocation l'enseignement.

 

L'évolution de l'enseignement au cours de ce millénaire ne peut être traitée sans que soit évoquée celle de notre langue, le passage du latin aux langues dites romanes, en l'occurrence le français. Nous disons bien évoquée !

L'étude de la poésie latine a permis aux linguistes de découvrir que le rythme des mots dépend de la prononciation de chaque syllabe, soit par sa durée (brève ou longue), soit par son accentuation plus ou moins forte suivant son emplacement dans le mot. Suivant que cette accentuation est forte ou faible, la syllabe perdure ou disparaît pour donner le mot français. Ainsi, Civitate, - ville, cité -, donne cité en français. CI, en début de mot, est en position forte, et reste ; VI, non accentué avec une consonne peu sonore, disparaît ; Ta est accentué, persiste et mute ; TE est en fin de mot, en position faible, disparaît.

Le latin que se sont évertués à nous apprendre nos vieux maîtres (il en existe encore quelques jeunes !) est dit classique. C'est celui des élites, des grands écrivains romains : Cicéron, Tite-Live, Virgile, Plaute, Horace… Nous en gardons les traces par leurs écrits traduits partiellement dans le célèbre dictionnaire Gaffiot. Ce latin a-t-il jamais été parlé par le peuple ? Certains en doutent. Très tôt après la chute de l'Empire romain, peut-être même avant, le latin parlé évolue vers le latin dit vulgaire dans lequel viennent se mêler des mots des langues des envahisseurs. Comment cette langue nouvelle, la nôtre, est-elle apparue ?

- la loi du moindre effort : on ne prononce plus une syllabe peu sonore, non indispensable à la compréhension du mot. De nos jours, combien disent photo pour photographie, réa pour réanimation…

- disparition des déclinaisons (rosa, rosae, rosam, rosis, rosarum…!) grâce au placement des mots dans la phrase et à l'utilisation des prépositions (à, de, pour, par, sans, dans, en, sur, avec, chez, vers, sous : que de souvenirs).

- remplacement de mots peu évocateurs par d'autres plus familiers : edere, manger est remplacé par manducare, bouffer.

- apparition des mots étrangers : templum, le temple, a une connotation païenne ; il est remplacé par le mot grec ecclesia, assemblée.

- transformation des voyelles : accentuées, elles persistent, bloquées par des consonnes, elles disparaissent. A cette première cause, s'ajoute le phénomène de diphtongaison, c'est-à-dire la transformation d'une voyelle en deux voyelles liées qui ne redeviendront, plus tard, qu'une seule. Cette évolution s'est faite en deux temps : dès les IIIe – IVe siècles et surtout, pour le français, dans la deuxième moitié du Xe siècle. Le o ouvert (pomme) donne "ou" ; "a" donne a-é, puis é. Ce processus ne peut être systématisé. Ainsi, "Volere", vouloir, donne vouloir, mais aussi volonté, sans diphtongaison.

- transformation des consonnes : elle dépend des lettres, consonnes ou voyelles, qui l'encadrent. Elles peuvent devenir des voyelles. Se suivant dans un même mot, deux consonnes différentes peuvent devenir identiques (assimilation) et, inversement, deux consonnes identiques peuvent devenir différentes (dissimilation). Enfin, par accentuation de l'articulation, la consonne se transforme en une autre : ainsi, dans diurnu, le jour, le d devient dj, puis j pour donner jour.

- évolution de la conjugaison des verbes : elle repose sur l'utilisation des participes "être" et "avoir". On les utilise soit avant le verbe principal pour donner un temps composé, soit en suffixe pour créer un mot unique comme "j'aime-aurai" qui donne "j'aimerai".

- nasalisation : à la voyelle se rajoute la lettre "n" : an, un, in… Ce phénomène s'inverse à partir du XVIe siècle. Ainsi, femina, femme, devient fanme, puis femme par dénasalisation.

 

Ces changements sont perceptibles progressivement : en 813, le concile de Tours demande aux prêtres de rédiger leur sermon en langue romane ou "rustique" pour que les fidèles les comprennent. A partir de la deuxième moitié du IXe siècle, selon les historiens, la langue française écrite est née, au même titre que d'autres langues romanes comme le germanique (Cf Les serments de Strasbourg, en 842). Elle est à l'origine d'une littérature considérable dont Régine Pernoud, encore une fois, se fait l'écho dans son livre "Lumière du Moyen-Âge".

Que les linguistes nous pardonnent cet abrégé !

 

Cette période s'achève avec une volonté marquée d'enseignement pour toutes les classes sociales. L'Eglise a été omniprésente avec, bien sûr, un objectif intéressé, mais pas seulement. Toute la hiérarchie religieuse, curé de campagne, évêque, moine, pape, a cherché à donner à tous une éducation, à commencer pour les plus pauvres. Si une évolution est évidente dans les villes, il n'en va pas de même dans les campagnes : il faudra plusieurs siècles pour arriver à un niveau acceptable. Du côté des pouvoirs publics, l'influence de Charlemagne nous paraît évidente. Malheureusement, sa succession mouvementée à la direction de l'Empire a fait prendre un retard considérable à l'enseignement qui a stagné pendant près de deux siècles. La relance est venue à nouveau de l'Eglise, mais aussi de maîtres laïcs, puis enfin de directives royales qui ont permis d'uniformiser les programmes, de régler la vie des étudiants dans des établissements dédiés limitant toutefois la liberté des individus. Sans doute, ce désir de réglementation ne concernait pas que l'enseignement et touchait toute la société pour un mieux vivre ensemble. C'était dans l'air - et les nécessités - du temps. Etait-ce une bonne chose pour nos étudiants ?

Pour terminer, une dernière remarque concernant notre documentation : en dehors du livre de Régine Pernoud, nous n'avons trouvé aucune information particulière sur l'enseignement des jeunes filles. Cela est très curieux car on sait que c'est au cours de l'époque médiévale que la femme a eu le plus de libertés, a exercé de nombreuses responsabilités, a créé de très nombreux couvents et monastères - ce qui suppose des connaissances religieuses, bien sûr, mais aussi administratives, financières, domestiques, scolaires… - à l'origine d'un enseignement destiné aussi bien aux jeunes garçons qu'aux jeunes filles. Pourquoi ce silence ?

 

 

Bibliographie

A.de Fabrègues, L'Education en France, Famille et Education, revue de l'A.P.E.L.

Régine Pernoud, La femme au temps des cathédrales, Editions Stock, 1980

Régine Pernoud, Lumière du Moyen-Âge, Ed. Grasset, 1944 – 1981

Gérard Chaperon, Saint Chamond Au fil du temps, Actes graphiques, Saint Etienne, 2010

Gérard Chaperon, Cellieu, Actes graphiques, Saint Etienne, 1999

Antoine Léon, Histoire de l'Enseignement en France, Collection  Que sais-je ? P.U.F., 1967

François Retrazoller, Du latin au français, petite histoire de la langue française, Le Rotarien, 2005

Alfred Franklin, Dictionnaire Historique des Arts, Métiers et Professions exercés dans Paris depuis le treizième siècle H. Welter éditeur en 1906 réédition Bibliothèque des Arts, des Sciences et des Techniques, 2004

Jean-Pierre Bayard, L'esprit du Compagnonnage, Editions Dangles, 1994

Open Sciences Sociales    

L'évolution pédagogique en France

 

 

FIN