HISTOIRE DE L'ENSEIGNEMENT

 

IV

 

XVIIe siècle

 

Seul un esprit éduqué peut comprendre une pensée différente de la sienne, sans la cautionner pour autant

                                                                                                 Aristote

 

Il est plus facile d'enseigner que d'éduquer, parce que pour enseigner, il suffit de savoir, alors que pour éduquer, vous devez l'être.

                                                                                                                                          Albert Hurtado  SJ

 

 

 

Nous arrivons au XVIIe siècle, "le Grand Siècle". Cette appellation pompeuse, mais reconnue par tous les historiens, fait en général référence à Louis XIV et à son règne. Ce serait oublier toutes les initiatives prises par d'autres pour faire évoluer la société française : Louis XIII et Richelieu, les congrégations religieuses, les écrivains, les peintres, les sculpteurs… L'enseignement se complexifie, le nombre des disciplines étudiées augmente tout comme celui des établissements  nouvellement créés en direction des plus pauvres ou des plus érudits. Cette évolution n'est pas faite pour simplifier la rédaction de cette suite d'articles : nous avons l'impression de devoir atteindre des sommets jusque-là simplement jamais abordés par notre association. Comme nous l'avons déjà dit, ce n'est pas en quelques pages que l'on peut traiter un sujet qui est à l'origine de milliers d'ouvrages. Alors patience et, surtout, indulgence.

 

Que se passe-t-il au niveau des dirigeants du royaume ? Une première initiative vient… du privé. En 1620, un petit groupe d'amis se réunit chez Valentin Conrart, écrivain et conseiller du roi : lecture de poèmes et commentaires d'ouvrages littéraires se font dans le secret. Un secret tout relatif car, à cette époque, l'espionnage va bon train à la demande du cardinal de Richelieu. Dans le petit groupe d'humanistes se trouve l'abbé Bois Robert, alors aumônier du roi et favori du cardinal, qui évoque devant ses maîtres ces soirées d'hommes de lettres. L'idée fait son chemin : les réflexions qui s'y développent peuvent être un moyen d'influencer l'opinion. Ainsi naît l'Académie Française, agréée par lettres patentes du roi Louis XIII, le 29 janvier 1635 et enregistrée par le Parlement le 10 juillet 1637. Son but : proposer un dictionnaire, une grammaire et une rhétorique de la langue française. La première édition du dictionnaire ne paraît qu'en 1694 ! "Les mots y sont classés par racines et non suivant un ordre alphabétique rigoureux. C'est l'orthographe ancienne qui est adoptée : ainsi la réforme de l'orthographe de Louis de L'Esclache (Les véritables régles de l'ortografe francéze, 1668) échoue comme celle de Meigret au XVIe siècle. L'académie a été lente à composer son dictionnaire : elle a été devancée par Richelet et Par Furetière. En raison du privilège de la compagnie, ces deux dictionnaires doivent paraître à l'étranger, celui de Richelet à Genève en 1680, celui de Furetière, après la mort de l'auteur en 1690. Comme Furetière était lui-même académicien, son activité indépendant lui attira l'inimitié de ses confrères, et il fut exclu de l'Académie en 1685".

A côté de cette académie "généraliste", concernant tous les français, d'autres sont créées dans ce même siècle et s'attachent à des domaines particuliers dont l'enseignement doit profiter :

- L'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, fondée en 1663 par Colbert pour "composer les inscriptions et devises des monuments élevés par Louis XIV et des médailles frappées en son honneur". Aujourd'hui, "elle s'attache principalement à l'étude scientifique des monuments, des documents, des langues et cultures des civilisations de l'Antiquité, du Moyen-Âge et de l'âge classique ainsi que des civilisations européennes".

- L'Académie des Sciences, fondée en 1665 par Colbert. A l'origine, elle ne concerne que les mathématiques et la physique. Aujourd'hui, elle comporte deux sections. La première concerne les mathématiques, la physique, les sciences mécaniques et les sciences de l'univers ; la deuxième, la biologie cellulaire et moléculaire, les biologies animale et végétale, la biologie humaine et les sciences médicales, la chimie.

- L'Académie de Peinture et de Sculpture, fondée en 1648, celle de Musique en 1669 et celle d'Architecture en 1671 sont réunies en 1816 pour donner naissance à l'Académie des Beaux-Arts. A leurs thèmes d'origine se sont ajoutés la gravure, les créations artistiques dans le cinéma et l'audiovisuel et une section des "membres libres".

Une cinquième académie sera créée un siècle plus tard, en 1795, l'Académie des Sciences Morales et Politiques comprenant six sections : philosophie, histoire et géographie, morale et sociologie, législation, droit public et jurisprudence, économie politique et, enfin, une section dite "générale".

En cette même année 1795, ces cinq académies sont réunies sous le vocable de "L'Institut de France". Installées dans le Palais du Louvre, elles sont transférées en 1805 dans l'ancien "Collège des Quatre-Nations", pensé et financé par Mazarin, construit par Colbert. Ce collège est alors destiné à des élèves gentilshommes.

Le Jardin du Roy, consacré en grande partie aux plantes médicinales, s'ouvre au public en 1640. Il est à l'origine de la création de chaires de botanique, de chimie et d'anatomie auxquelles l'accès est libre. Ces chaires sont en concurrence directe avec celles de la faculté de médecine. L'enseignement y est fait en français, mais n'aboutit à aucun diplôme. Indépendant de l'Université, il dépend uniquement du roi.

L'évolution de l'outillage, notamment au niveau de l'armée, nécessite des écoles techniques spécialisées : écoles d'artillerie, de navigation… qui prendront un essor encore plus important au XVIIIe siècle.

Dernière création de ce siècle, la Comédie Française. Elle résulte de la fusion progressive de 3 troupes de théâtre. La première, dite de l'Hôtel de Bourgogne, dirigée par Valleran-Lecomte, hérite des Confrères de la Passion et devient "Troupe Royale" en 1628 : les spectacles passent des Mystères, aux farces et aux tragédies. La deuxième du Théâtre du Marais, rivale de la précédente, s'installe en 1600 au Jeu de Paume du Marais ; dirigée par Mondory, elle interprète des farces et des pièces à machines. La troisième est la Troupe de Molière ; installée à Paris à partir de 1658,  elle devient la "Troupe de Monsieur" et s'installe à partir de 1661 au Palais-Royal. En 1673, à la mort de Molière, cette troupe fusionne avec celle du Marais et s'installe à l'Hôtel Guénégaud. Celle-ci fusionne à son tour avec l'Hôtel de Bourgogne pour créer, à la demande de Louis XIV, en 1680, la Comédie Française.

En parallèle, le nombre des collèges augmente lentement : une majorité d'entre eux est laïque, dépendant des facultés des arts ou gérés par des particuliers. Quant aux élèves, ils sont souvent boursiers. Ces facultés disposent de deux types de collèges. Ceux de plein exercice conduisent au baccalauréat avec comme enseignement, en 6ème, la lecture, l'écriture, l'orthographe la grammaire latine, l'histoire ancienne et le calcul ; en seconde, la classe d'humanité, l'élève apprend les auteurs anciens et la composition de textes ; la 1ère est consacrée à la rhétorique ; autant de matières déjà abordées au XVe siècle. Viennent, ensuite, 2 ou 3  années au cours desquelles l'élève aborde la philosophie, la morale, la physique et la métaphysique. Les petits collèges se contentent d'enseigner la lecture, l'écriture et le calcul et ne permettent pas d'accéder à un enseignement secondaire, tout comme les petites écoles de campagne, très hétérogènes d'une région à une autre. Les maîtres ne suivent pas une formation particulière, comme au siècle précédent. L'instruction des filles ne progresse pas ; celle des garçons est privilégiée, en particulier lorsque la commune ne peut entretenir deux écoles, la mixité étant encore rejetée. A noter qu'en 1686, Mme de Maintenon fonde un pensionnat, la Maison de Saint-Cyr, destiné aux filles de la noblesse pauvre.

Académies et Comédie Française ne peuvent, bien sûr, pas être considérées comme des établissements destinés, en priorité, à l'enseignement. Il n'empêche qu'elles ont joué un rôle certain dans l'évolution de la société sur de multiples plans : philosophique, linguistique, scientifique, littéraire, moral, ou, tout simplement, humain. Par contre, on peut déplorer l'absence de progrès pour l'enseignement du petit peuple. En effet, universités, corps savants et écoles techniques précédemment évoqués concernent l'enseignement supérieur. Ils sont donc destinés à la formation de privilégiés (Jardin du Roy) ou réservés à des adultes qui ont fait leur preuve dans leur domaine (académies).

 

L'Eglise continue à jouer un rôle prépondérant au niveau des écoles primaires et secondaires. Nous avons vu au XVIe siècle la création de la Compagnie de Jésus dont le succès ne fera que croître au cours du siècle. Trois raisons peuvent l'expliquer : "la décadence des universités, la gratuité de l'externat et l'adaptation de l'enseignement aux goûts de l'époque". A défaut d'être autorisés à délivrer un grade officiel, les Jésuites confèrent à leurs élèves une lettre testimoniale qui acquiert rapidement une plus grande valeur que les diplômes de bachelier ou de licencié ès arts.

Hasard ou relation de cause à effet, bien d'autres congrégations vont intervenir dans l'enseignement. Il n'est pas question de dresser ici une liste exhaustive, pas plus que de développer l'histoire de chacune d'elles. Nous en privilégions quelques' unes. Que les autres nous pardonnent : nous pensons que toutes ont eu et ont encore un rôle capital dans l'évolution de la connaissance dans de nombreux pays, sur tous les continents.

Congrégation de l'Oratoire, les Oratoriens, fondée en 1611 par Pierre de Bérulle. Celui-ci s'inspire de la Congrégation de l'Oratoire formée à Rome en 1575 par Philippe Néri. Le premier collège est fondé à Dieppe en 1614. Leur soutien au jansénisme et au cartésianisme leur vaut l'hostilité de Louis XIV, des évêques et des Jésuites. Leur enseignement semble plus moderne que celui des Jésuites. Il est dispensé en français et concerne la morale, l'histoire, la géographie, les mathématiques, les sciences. Le but reste aussi le service de l'Eglise.

Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes, les Salésiens ou Lassaliens, fondé à Reims, en 1680, par Jean-Baptiste de La Salle. Il convient de s'arrêter sur cet institut. Si son fondateur est prêtre, il en refuse les honneurs et s'associe à des laïcs qui ont comme lui le désir de vivre avec les plus pauvres et de les instruire. Ils vivent en communauté ce qui leur permet de se s'entraider, reçoivent une formation pédagogique commune ce qui les rend "interchangeables". Leur mode de vie doit être conforme à celui de ceux qu'ils reçoivent, dans la pauvreté, dans l'humilité, mais il doit être surtout un exemple à imiter. Cet enseignement ne peut se faire que dans les villes pour accueillir un maximum d'enfants. A la campagne, l'enseignement continu ne peut exister du fait d'une population dispersée, des rythmes saisonniers… Ces établissements scolaires reçoivent pauvres et riches, mais sont gratuits pour tous, un moyen de garder son indépendance pour la communauté. L'enseignement est simultané, c'est-à-dire concerne plusieurs élèves de même niveau, à l'encontre de l'enseignement individuel généralement pratiqué à cette époque. Les raisons en sont pédagogiques, mais aussi matérielles, comme le manque de livres. Mais le suivi de chaque enfant, de sa famille, de ses difficultés est aussi la règle. Pour que l'école fonctionne bien, il faut respecter quelques règles : la discipline, dans le calme, la répétition qui permet aux plus faibles de se "reconnecter", la cohérence de la pédagogie en retenant les meilleures innovations, les programmes qui doivent être utiles et pratiques, donc en français, et, enfin, un frère surnuméraire pour pallier à l'absentéisme. Bien sûr, cet enseignement est aussi religieux, mais sans prosélytisme. Le tout veut être une préparation à la vie avec des notions de partage et de respect de l'autre. J.B. de La Salle s'est aussi rendu célèbre par la rédaction d'un livre "Les règles de la bienséance et de la civilité chrétiennes", réédité à de multiples reprises et toujours d'actualités. Nous en parlons dans l'article consacré aux "Arts de la table", rubrique "Vie domestique".

L'Ecole de Sorèze, fondée à Sorèze (Tarn), en 1682 par le prieur bénédictin Dom Jacques Hody, pour concurrencer l'Académie protestante de Puylaurens. L'enseignement y est gratuit. Malgré sa renommée, et pour des raisons obscures, elle ferme en 1722. Nous la retrouverons au XVIIIe siècle avec des fonctions très spécifiques.

Congrégation Notre-Dame, fondée dans les Vosges, en 1597, par Alix Leclerc avec le parrainage de Pierre Fourier. Leur première école ouvre en 1598, pour l'instruction des jeunes filles, pauvres ou riches. L'enseignement concerne la lecture, l'écriture et la connaissance de Dieu. En un siècle, 80 établissements en dépendent.

L'Ordre de Sainte Ursule, les Ursulines, fondé en 1535 en Italie par Angèle Mérici. A l'origine, il est constitué de laïques qui se réunissent ponctuellement, essentiellement pour des rencontres et des actes de dévotion. Elles ne prononcent des vœux et vivent en communauté qu'à partir de 1572. Elles arrivent en France, à Paris en 1608. Elles se consacrent à l'enseignement des jeunes filles et aux soins aux plus déshérités. 60 ans plus tard, elles dirigent plus de 300 établissements.

L'Ordre Notre-Dame de Bordeaux, fondé en 1607 par Jeanne de Lestonnac, nièce de Montaigne. Il se consacre à l'enseignement des jeunes filles et est d'inspiration jésuite. En 1640, il est à la tête d'une trentaine d'établissements.

D'autres congrégations s'occupent plus particulièrement des soins à donner aux plus pauvres, mais dispensent également un enseignement, peu ou prou, aux petites filles. Sans pouvoir être exhaustif, on peut citer :

- Ordre de la visitation de Sainte-Marie ou des Visitandines, fondé en 1610 par Jeanne de Chantal avec le soutien de Saint François de Sales, ou des Confréries de la Charité initiées en 1617 par Saint-Vincent-de-Paul, devenues la Compagnie des Filles de la Charité à l'initiative de Louise de Marillac et Marguerite Naseau, ou

- Congrégation des Dames de Saint Maur, fondée en 1666 à Rouen, par Nicolas Barré de l'Ordre des Minimes. Leur enseignement est gratuit, concerne les enfants pauvres. En 1674, elles ouvrent une école pour la formation des maîtresses.

- Congrégation des Frères de Saint-Charles, fondée à Lyon en 1666, par Charles Demia.

- Les petites écoles jansénistes de Port-Royal fondées en 1637 sont proches de celles des Oratoriens. Elles concernent peu d'élèves ; elles disparaissent en 1656 sous la pression du roi et de l'Eglise.

- Les écoles protestantes sont autorisées par l'Edit de Nantes en 1598, interdites par la révocation de ce même édit en 1698. Certaines, clandestines ou buissonnières, continueront d'exercer.

 

A côté des institutions religieuses, les écrivains, tout à la fois moteurs et témoins de l'évolution de la société, jouent un rôle certain dans l'enseignement. Ce XVIIe siècle est celui du classicisme défini par la discipline, l'ordre et la régularité. La préciosité du début du siècle fait place à la vraie culture, à la réflexion, à la discrétion, à la modestie, à la galanterie, à la mesure, à l'élégance extérieure et surtout morale. La littérature doit se consacrer à l'analyse et à la peinture de l'homme, à la nature humaine (on retrouve là les idées de Montaigne). Elle s'appuie sur une langue pure, simple, d'usage courant, négligeant les figures de rhétorique, adaptant au plus près expression et pensée.

En réalité, il est difficile de trouver dans cette littérature des préconisations sur l'enseignement lui-même. Il s'agit plutôt d'innover dans les pensées philosophiques, morales, religieuses, voire scientifiques, autant de thèmes qui concernent davantage les adultes et auxquelles doivent s'adapter les enseignants pour faire passer le message aux étudiants, plus qu'aux écoliers.

Descartes nous incite à apprendre différemment, à faire table rase de toutes nos connaissances livresques et à édifier notre savoir à la seule lumière de sa raison. C'est le fameux "Cogito, ergo sum". Cette connaissance concerne tous les domaines, y compris sa propre personne. Les philosophes antiques n'ont plus vraiment leur place. Les philosophes du XVIIIe siècle s'inspireront du cartésianisme, décrit dans le Discours de la méthode.

Mathématicien, physicien précoce, Pascal est aussi janséniste convaincu. Il alterne ouvrages scientifiques et religieux. Il distingue "les sciences d'autorité, comme la théologie, où toute vérité se trouve dans les livres sacrés, des sciences de raisonnement où la raison et l'expérience conduisent à la connaissance". Comme pour Descartes, la raison a donc un rôle majeur.

Poète satirique parfois virulent, historien, Boileau est un farouche défenseur des écrivains anciens. Il hait les précieux et les burlesques, prône le naturel, "le réalisme esthétique, la simplicité modeste et distinguée, une profonde connaissance de l'homme, un respect du métier et du public", tout ce qui fait l'homme honnête du XVIIe siècle.

La Fontaine : "Je me sers d'animaux pour instruire les hommes" dans une intention morale.

Molière s'intéresse plus à l'éducation des filles que des garçons. Ses propos sont toutefois équivoques. Dans les femmes savantes, il n'hésite pas à en limiter l'intérêt : "Une femme en sait toujours assez quand la capacité de son esprit se hausse à connaître un pourpoint d'avec haut-de-chausse. A côté de ces propos qui feraient descendre, à juste titre, toutes les femmes dans la rue en notre XXIe siècle, sa bienveillance apparaît sur la façon de les éduquer : "C'est l'honneur qui les doit tenir dans le devoir. Non la sévérité que nous leur faisons voir" (Ecole des maris). Une honnête liberté vaut mieux que l'ignorance : cela concerne la fidélité de l'épouse à son mari, l'inverse n'est pas évoqué !

                           Une femme d'esprit peut trahir son devoir
                           Mais il faut pour le moins qu'elle ose le vouloir,
                           Et la stupide au sien peut manquer d'ordinaire
                           Sans en avoir l'envie et sans penser le faire.
                           (Ecole des femmes)

Molière admet tout de même, du bout des lèvres, que l'éducation n'est pas un défaut : "Ni philosophe, ni helléniste, elle est vertueuse, sensée et même spirituelle ; elle sait regarder, comprendre, placer au besoin un mot juste, et c'est cette réserve intelligente qui fait tout son charme". Il le déclare avec à peine plus de conviction dans les Femmes savantes :

                            Je consens qu'une femme ait des clartés de tout,
                            Mais je ne lui veux point la passion choquante
                            De se rendre savante afin d'être savante…
                            Qu'elle sache ignorer les choses qu'elle sait

Bossuet adapte son enseignement à l'âge de son élève, le dauphin, dans une ambiance ludique et familière. Il enseigne la religion, mais aussi le latin, le français, l'histoire, la géographie, la philosophie, le droit romain, la physique, l'histoire naturelle, mais pas les mathématiques. Le but est d'obtenir une formation pratique, en utilisant éventuellement comme exemples des expériences ou évènements passés.

En dépeignant les hommes de son siècle d'après nature, La Bruyère, comme Molière, veut les aider à se corriger dans leurs défauts. Il s'attache plus au comportement de la nature humaine qu'à l'enseignement proprement dit. On retrouve cet objectif chez Molière, La Fontaine, La Rochefoucauld

Fénelon s'intéresse à l'éducation des filles dans son ouvrage le "Traité de l'Education des filles". Devenu précepteur du duc de Bourgogne, il rédige lui-même des livres pédagogiques permettant d'aborder les auteurs grecs, là encore de façon ludique ou romanesque.

Dernier point, la querelle des anciens et des modernes. Ces derniers revendiquent leur liberté vis-à-vis des anciens, Homère, Aristote…, affirment la prééminence des modernes sur les anciens, proclament la supériorité du siècle de Louis XIV sur celui d'Auguste… Pascal donne raison aux deux : "Ceux que nous appelons anciens étaient véritablement nouveaux en toutes choses, et formaient l'enfance de l'homme proprement ; et comme nous avons joint à leurs connaissances l'expérience des siècles qui les ont suivis, c'est en nous que l'on peut trouver cette antiquité que nous révérons dans les autres".

Arrêtons cette liste. Nous ne prenons que quelques exemples qui, malheureusement, ne concernent que les personnes dirigeantes ou les plus riches. Bien sûr, nous n'avons pas pu explorer toute la littérature de ce XVIIe siècle. Ce n'est d'ailleurs pas notre sujet.

 

Qu'en est-il de notre langue française ? Comme on l'a vu plus haut, si certains enseignants privilégient le latin, d'autres utilisent le français. Les médecins parlent toujours en latin ce qui leur vaut l'ironie de Molière et leur permet de se moquer des chirurgiens, des "manuels", qui s'expriment en français. Certains ouvrages sont édités en français comme "Le discours de la méthode" de Descartes.

Là encore, nous ne pouvons donner que quelques exemples sur l'évolution de notre langue au cours du XVIIe siècle.

L'orthographe : "aimoit" s'écrira ainsi jusqu'en 1835, mais se prononce "aimait" dès le début du siècle. Cette diphtongue "oi" se prononce d'ailleurs différemment suivant le mot : "ouè" dans moi, mais "oua" dans croire.

L'article défini est volontiers supprimé : "sans perdre temps", "voir différence".

Le pronom "il" est utilisé à la place de "ce" ou "cela" : "Et pourquoi, s'il est vrai, ne le dirais-je pas ?".

"En" et "Y" remplacent le pronom personnel.

En souvenir du passé, on conserve quelques latinismes : "Je devais" pour "J'aurais dû".

 

Et dans notre Pays du Gier.

A la Valla, la congrégation des sœurs de Saint-Joseph, créée à l'initiative d'un jésuite, arrivent en 1665 : leur fonction est de soigner les malades, d'instruire et d'éduquer les jeunes filles.

A Saint-Chamond, Jacques de Chevrières fonde en 1605 un séminaire ou école supérieure, avec maîtres et recteur. Le couvent des Minimes fondé en 1622 s'engage à donner des cours publics de philosophie et de théologie. Le Chapitre de la Collégiale Saint-Jean-Baptiste est composée en partie de scientifiques : c'est notre petite Académie des Sciences ! A la suite de legs conditionnés par des clauses très précises, l'Hôtel-Dieu de la ville s'engage à instruire les enfants pauvres. Ainsi naissent en 1675 les Petites-Ecoles des Pauvres. Après des débuts difficiles liées au manque de moyens par rapport aux nécessités de l'installation (locaux, matériel, personnel…), elles prennent un remarquable essor à partir de 1688. Elles sont divisées en Ecole des Garçons dirigées par un prêtre assisté d'un instituteur et en Ecole des Filles, dirigée par la supérieure des Ursulines.

A Saint-Etienne, en 1636, les Ursulines sont chargées d'instruire gratuitement les jeunes filles pauvres. Les dons n'étaient toutefois pas refusés et la vente des ouvrages manuels constituait un apport financier non négligeable. Autre acteur, le curé Guy Colombet qui créa de véritables écoles entièrement gratuites pour garçons, en 1679, la petite école, et en 1684.

A l'exception du séminaire et du Chapitre de la collégiale, on voit que l'enseignement concerne les plus défavorisés. Ce sont des petites écoles, donc l'enseignement doit se limiter à la lecture, à l'écriture, au calcul et, sans doute, à l'apprentissage de techniques en relation avec la proto-industrie locale : forge pour les garçons, les futurs cloutiers, couture, filage… pour les filles.  

 

Ainsi s'achève ce nouveau chapitre. L'évolution de la société et des pensées fait que notre approche peut paraître bien légère aux experts. Et, effectivement, elle l'est. Nous n'avons pas la prétention d'être exhaustifs : c'est d'ailleurs chose impossible d'abord par nos manques de connaissances, ensuite parce qu'il faudrait rédiger des milliers de pags inabordables. Simplement, cela incitera peut-être certains internautes à en savoir plus. C'est en tout cas ce que nous ferons lorsque nous en aurons le loisir.

Rendez-vous au XVIIIe siècle : cela va être de plus en plus difficile pour nous !

 

 

Bibliographie

A.de Fabrègues, L'Education en France, Famille et Education, revue de l'A.P.E.L., 1984

Antoine Léon, Histoire de l'Enseignement en France, Collection  Que sais-je ? P.U.F., 1967

A.Lagarde et L.Michard, Collection littéraire XVIIe siècle, Bordas, 1960

R.Turberg, L'Institut de France, Le Rotarien, 2003

G.Chaperon, Saint Chamond Au fil du temps, Actes graphiques, Saint Etienne, 2010

J.Condamin, Histoire de St Chamond, A.Picard 1890 réédition Reboul Imprimerie 1996

G.Clerjon, La Valla-en-Gier, histoire d'un village, autoédition, décembre 2012

S.Bertholon, Histoires de St Chamond, SA Imprimerie Théolier St Etienne 1927, Réédition 2004 par les Amis du Vieux Saint Chamond Reboul Imprimerie St Etienne

 

 

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