HISTOIRE DE L'ENSEIGNEMENT

 

VII

 

XXe siècle...

 

Seul un esprit éduqué peut comprendre une pensée différente de la sienne, sans la cautionner pour autant.

                                                                                                                                           Aristote

Il est plus facile d'enseigner que d'éduquer, parce que pour enseigner, il suffit de savoir, alors que pour éduquer, vous devez l'être.

                                                                                                                                           Albert Hurtado  SJ

 

Ce dernier chapitre sur l'enseignement ne sera pas comme les autres. D'abord, parce que nous avons l'habitude de ne pas dépasser le XIXe siècle, ensuite, et surtout, parce que l'enseignement devient un domaine beaucoup trop compliqué, avec des résultats on ne peut plus décevants.

Chaque ministre, croyant détenir la vérité, modifie ce qu'a organisé son prédécesseur ; les syndicats, pas toujours réalistes (y'a qu'à) font de même ; les enseignants ne savent plus comment enseigner, peut-être par manque de formation et/ou de stage ; la société a énormément changé et confond allègrement (en souvenir d'un de nos célèbres ministres, M. Allègre, qui, avec son franc-parler,  s'est prononcé sur le mammouth !) éducation et enseignement : la famille ne joue pas toujours son rôle.

Tout cela fait qu'en ce début 2021, les grands problèmes ne sont toujours pas réglés et les résultats escomptés ne sont pas au rendez-vous.

Nous retiendrons deux dates :

- 9 décembre1905, avec la séparation de l'Eglise et de l'Etat, ou, plutôt, des églises et de l'Etat, qui a pour but de séculariser ce dernier. A l'origine, le député socialiste Aristide Briand.

- 24 juin 1984 : une manifestation jamais vue par son ampleur et sans doute jamais égalée pour repousser la loi Savary dont le but était d'intégrer l'enseignement privé au service public.

Nous avons largement évoqué la vie des instituteurs au XIXe siècle. Les institutrices ont eu beaucoup plus de difficultés que leurs homologues masculins. Au XXe siècle, on est plus qu'étonné de voir la lenteur de l'évolution de leur statut. Pour preuve ce contrat de 1923 :

 

     

 

 

Nous terminerons par deux documents où se mêlent humour, ironie, réalité (?).

Le premier nous vient d'un groupe de normaliens de Grenoble :

 

Le titre : "Dans tout ceci l'important pour l'élève est que son concept onirique à tendance kafkaïenne puisse coexister avec la vision sublogique qu'il se fait de l'existence intrinsèque".

"Un groupe de normaliens de Grenoble a fait parvenir au Figaro-Magazine une étude… humoristique sur l'évolution d'un problème mathématique au sein des écoles primaires françaises au cours des 25 dernières années. Ce texte est paru dans le courrier des lecteurs du journal, il nous a paru intéressant de le porter à votre connaissance.

Enseignement 1960 : Un paysan vend un sac de pommes de terre pour 100 F. Ses frais de production s'élèvent au 4/5 du prix de vente. Quel est son bénéfice ?

Enseignement traditionnel 1970 : Un paysan vend un sac de pommes de terre pour 100 F. Ses frais de production s'élèvent aux 4/5 du prix de vente, c'est-à-dire 80 F. Quel est son bénéfice ?

Enseignement moderne 1970 : Un paysan échange un ensemble P de pommes de terre contre un ensemble M de pièces de monnaie. Le cardinal de l'ensemble M est égal à 100 et chaque élément p E M vaut 1 F. Dessine 100 gros points représentant les éléments de l'ensemble M.

L'ensemble F des frais de production comprend 20 gros points de moins que l'ensemble M. Représente F comme un sous-ensemble de l'ensemble M et donne la réponse à la question suivante : Quel est le cardinal de l'ensemble B des bénéfices ? (à dessiner en rouge).

Enseignement rénové 1980 : Un agriculteur vend un sac de pommes de terre pour 100 F. Les frais de production s'élèvent à 80 F et le bénéfice est de 20 F. Devoir : souligne les mots "pommes de terre" et discutes-en avec ton voisin.

Enseignement réformé 1990 : Un peizan kapitalist privilégié sanrichi injustement de 20 F sur un sac de patat, analiz le teskt et recherche les fote de contenu de gramère, d'ortographe, de ponctuassion et ensuite di ce que tu pense de set maniaire de s'enrichir.

 

Le deuxième est plus récent : parodie ou réalité ? Ce texte est inspiré d'un article de Paul Renard, publié en août 2016, dans "Humeurs du moment".

Le titre : Qu'est-ce un bloc mucilagineux à effet soustractif ?

A l'éducation Nationale, on est envahi par des '' personnes en cessation d’intelligence''.

Qu'est-ce qu'un Bloc mucilagineux à effet soustractif ?

L’éducation  nationale [mais pas seulement] fait des progrès dans la transmission de la langue française !

Il est vrai que les femmes de ménage étaient devenues des "techniciennes de surface" et les aveugles des "non-voyants ", et les sourds, depuis longtemps, des "malentendants".

Poursuivre à la lettre nos nouveaux enseignements...Voilà qui devrait ravir les amoureux de la langue française... Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne s'agit pas d'une " évolution de la langue ", mais de "prospective positive modernisée d'un mode de communication orale".

Déjà cet été, j’ai adoré les campings qui ne veulent plus qu’on les appelle campings, parce que ça suscite instantanément, dans l’esprit des gens, l’image de Franck Dubosc en moule-boules ou de Roger et Ginette, à l’apéro, avec casquette Ricard et claquettes Adidas. Donc les professionnels de la branche demandent que l’on dise désormais :"hôtellerie en plein air"… Ha ha, ça change tout !

J’ai aussi appris que je n’étais pas petit mais "de taille modeste"   et qu’un  nain était une " personne à verticalité contrariée". Si, si !

Mais rendons à César ce qui lui appartient,   l’empereur du genre reste le milieu scolaire et ses pédagos à gogo. J’étais déjà tombé de ma chaise, pendant une soirée de parents lorsque la maîtresse a écrit, sur le tableau, que nos enfants allaient apprendre à manier " l’outil scripteur" au lieu de tenir un crayon. Je me suis habitué au fait que les rédactions sont des "productions écrites",   les sorties en groupe, des "sorties de cohésion" et les élèves en difficulté ou handicapés,  des "élèves à besoins éducatifs spécifiques". Mais cette année, sans discussion aucune, la palme est attribuée au Conseil supérieur des programmes en France et à sa réforme du collège.

Z’êtes prêts ?...

Allons-y.
Donc, demain, l’élève n’apprendra plus à écrire, mais à "maîtriser le geste graphomoteur et automatiser progressivement le tracé normé des lettres". Il n’y aura plus de dictée, mais une "vigilance orthographique". Quand un élève aura un problème, on tentera une "remédiation". Mais curieusement le meilleur est pour la gym…Oups pardon !!! pour l’ EPS (Éducation physique et sportive) . Attention, on s’accroche : courir, c’est "créer de la vitesse", nager en piscine, c’est "se déplacer dans un milieu aquatique profond standardisé et traverser l’eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête", et le badminton est une "activité duelle médiée par un volant". Ah ! C’est du sportif, j’avais prévenu !... Les précieuses ridicules de Molière, à côté, c’est de l’urine de jeune félidé (je n’ose pas dire du pipi de chat).
Alors, les amis, ne perdons pas ce merveilleux sens du burlesque et inventons une nouvelle catégorie : la "personne en cessation d’intelligence", autrement dit, le con. Signé Martine Meunier, mère d’une élève. Ah ! non, re-pardon, Martine Meunier "génitrice d’une apprenante".

Ben oui, un " outil scriptutaire ", c'est un  stylo,  un " référentiel bondissant ", c'est un ballon, et, pour finir et revenir à l’objet de ce courriel, un " bloc mucilagineux à effet soustractif ", c'est… une gomme !

Je pense que les "zzzélites"  qui ont inventé de telles conneries, n’en resteront pas là, avant d’être tous en hôpital psychiatrique pour, voyons, voyons… ah ! oui j’y suis : "remédiation de cessation d’intelligence".

 

Difficile à croire pour un esprit cartésien. Etonnant, affligeant, consternant, désarmant ou… simplement comique : les qualificatifs ne manquent pas. On doit juste se demander s'il s'agit là de la réalité ou, simplement, d'un descriptif humoristique de la transformation intellectuelle de notre société. Donc, à vérifier !

 

Nous terminons là cette série d'articles sur l'évolution de l'enseignement, d'abord au niveau mondial, puis rapidement dans notre pays, la Gaule et la France. Nous sommes conscients qu'il ne s'agit là que d'une approche très simple de ce sujet qui, comme nous l'avons déjà écrit, mériterait des dizaines de volume pour être correctement traité.

Espérons qu'un jour, politiques, syndicats, enseignants et parents d'élèves se rejoindront sur un projet commun qui permettra à notre pays, la France, de retrouver une place digne de son histoire. "J'ai fait un rêve…".

 

 

 

FIN

 

 

Bibliographie

L'Echo d'AMPUS